Magdalena avait fait le déplacement depuis Marseille expressément pour passer du temps avec sa petite-fille. Elle se sentait un peu seule, elle savait Maé dans une situation délicate, alors elle avait pris un billet sur un coup de tête, et avait décidé de passer quelques jours dans la capitale. Et elle n'avait pas aimé du tout ce qu'elle y avait trouvé.
Maé n'était pas anéantie. Elle ne passait pas ses journées à pleurer. Elle ne luttait pas contre d'abominables insomnies. C'était peut-être pire encore. Elle devait vivre avec une petite boule au creux du ventre, un peu douloureuse mais surtout désagréable, qui l'obligeait à ressasser les évènements récents. Cette petite boule semblait lui rappeler en permanence qu'elle avait probablement foiré en beauté quelque chose qui aurait pu être grandiose.
Après quelques promenades, quelques visites et surtout de très nombreuses discussions, elles passaient leur dernière soirée ensemble. Le départ de sa grand-mère était programmé pour le lendemain après-midi. Alors une fois le diner terminé, attablées devant une tisane, Magdalena se décidait à prendre la parole et aborder enfin le sujet qui l'intéressait.
- On en est où de cette histoire de triangle amoureux ? Elle demandait en riant, sûrement pour que sa question n'ait pas l'air trop sérieuse.
- C'est absolument pas un triangle amoureux... En rétorquait doucement.
Un profond silence écrasait les deux femmes, durant de longues secondes. Elle s'était jusqu'alors gardée de tout commentaire, mais c'en était trop. Magda connaissait trop bien la jeune femme. Elle refusait de rester les bras croisés en la regardant perdre imperceptiblement sa joie de vivre. Elle espérait bien mieux pour la merveilleuse jeune femme qu'elle avait participé à élever.
Face à son silence, elle poursuivait.
- Tu sais Maé, quand on est jeunes, on a l'impression qu'on a beaucoup de temps devant nous. Et plus on vieillit, plus le temps passe vite. Si on me l'avait dit il y a 40 ou 50 ans, j'aurais fait des choix bien différents.
- Tu regrettes ta vie ? Demandait Maé à la fois curieuse et inquiète de sa réponse.
- Je ne regrette rien. Je te dis juste que j'aurais agis différemment. J'ai aimé tellement fort dans ma vie, et je ne parle pas que de ton grand-père... J'ai aimé un homme plus que ma propre vie, et je me demande souvent à quoi aurait ressemblé ma vie si je n'avais pas décidé de laisser mes sentiments de côté et choisi la facilité.
- Tu as aimé quelqu'un plus fort que Pépé ?
- Oui. Mais mes parents n'auraient jamais accepté que je fasse ma vie avec lui. J'étais déjà indépendante, j'avais tout un tas de combats que je souhaitais mener, j'avais l'impression d'être libre et forte, mais au fond, je restais attachée à leur avis. J'ai voulu faire en sorte de rester fidèle à l'image qu'ils avaient de moi. A l'époque, il aurait fallu que je m'enfuis, et je crois que je n'en avais pas le courage.
- Qu'est-ce que tu essayes de me dire au juste ... ?
- Tu dois bâtir ta vie sans te préoccuper de ce que l'on aurait voulu pour toi. Et surtout de ce qu'aurait voulu ton père pour toi. Tout ce qu'il a toujours voulu, c'est que tu vives une belle vie, et que tu sois heureuse. Tu n'as rien à prouver à Papa, ni à moi, et encore moins à ta mère. Si Jules ne te rend pas heureuse, si tu imagines ton bonheur ailleurs, tu dois réagir.
Cette discussion commencée presque innocemment, et qui au départ paraissait sans enjeu, se transformait en véritable sermon. Sa grand-mère était lucide et intelligente. Depuis sa plus tendre enfance, elle avait su l'accompagner et la guider vers ce qu'il y avait de mieux pour elle, comprenant ce qui tracassait sa petite fille sans qu'elle n'ait besoin de le lui confier. Elle avait dû jouer le rôle de mère et de grand-mère en parallèle. C'est elle qui lui avait appris à être une femme. Et ce jour-là, elle savait. Elle savait combien Maé voulait plaire à son père et combien elle souffrait en silence du manque de sa mère, elle savait que tous les choix qu'elle avait eu à faire jusque-là étaient fait pour qu'il soit fière d'elle. Elle avait compris depuis longtemps déjà qu'elle ne suivait pas sa propre voie, et qu'elle voulait à travers ses actes remercier son père de ne pas l'avoir abandonnée. Elle avait toujours fait en sorte de se montrer sous son meilleur jour, par peur de l'abandon, et par peur de le décevoir. Elle aurait pu mourir sur le champ, si elle avait vu dans son regard la déception, lui qui avait remué ciel et terre pour lui offrir un avenir convenable.
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EQUILIBRE INSTABLE [MEKRA]
Fanfiction"Pour croire avec certitude, il faut commencer par douter." HAKIM x MAE
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