BONUS 2

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D'abord il y avait eu les vibrations de son téléphone qu'il avait entendues au loin. 

Il avait passé de nombreuses nuits au studio à épauler Ken dans la finalisation de son album, Maé supportait mal la fin de sa grossesse, l'ambiance n'était pas au beau fixe, il avait besoin de sommeil. Alors il s'était laissé sombrer, sans trop s'en rendre compte dans son canapé, aux côtés de son fils, et n'était pas en état de se préoccuper du vrombissement de son téléphone sur la table basse.

Puis il y avait le flash. L'éclair de génie. 

Ce n'était pas vraiment le moment de se couper du monde. Il devait être joignable, au cas où il arrivait quelque chose à Maé. Alors les yeux encore collés et le cerveau embrumé, il se forçait à porter son bras jusqu'à son portable, pour voir qui essayait d'entrer en contact avec lui.

Son sang se glaçait, la panique le gagnait. Les appels manqués se comptaient en dizaines. Valou, Maé, même Ken s'était donné la peine d'utiliser son vieux Nokia pour l'appeler. Les messages étaient sans équivoque : c'était la merde.

Sa sieste, qu'il aurait estimé à une quinzaine de minutes, avait en réalité duré plusieurs heures. Complètement désorienté, il cherchait des indices qui auraient pu l'aider à revenir sur terre. Malik dormait encore paisiblement. Il n'avait pas le réflexe immédiat de regarder l'heure, mais il faisait nuit, c'était pas bon signe.

Sans plus attendre, il secouait sans ménagement son petit garçon, qui contrairement à son père, semblait rapidement comprendre ce qui se tramait.

- Maé est à l'hôpital, met tes chaussures, dépêche-toi.

Sans plus attendre, mais l'angoisse le gagnant, Malik s'affairait à enfiler ses baskets et à coller les scratchs pour les serrer convenablement. Son papa était un roc, fort et fiable. Il n'était encore qu'un tout petit garçon, mais il comprenait que ce qui se passait était un évènement important. S'il n'était pas en mesure de vraiment saisir tout ce qui était en train d'arriver, il arrivait à attraper au vol quelques informations. Le bébé était sur le point d'arriver, même s'il ne savait pas bien comment ça pouvait marcher une naissance. Elle était à l'hôpital, ce qui lui semblait être une mauvaise chose, lui qui imaginait ce lieu comme l'endroit où on se rendait quand on était blessé. Et puis la nervosité de son père le rendait nerveux également. La naissance, l'hôpital, le réveil en panique, tous ces éléments lui faisaient peur.

- Malik bouge toi, je t'en supplie, on a pas le temps de traîner la !!! Le reprenait son père qui le voyait hésitant et craintif.

- Papa ? L'appelait le petit garçon, la voix tremblante. Elle va pas mourir hein ?

- Dis pas des choses pareilles ! Prend ton sac on y va !

Paniqué, angoissé, pressé par le temps, Hakim trainait son fils par le bras, en courant jusqu'à sa voiture. Ses petits pieds touchaient à peine le sol, tellement les foulées que lui imposait son père étaient grandes.

Ça pouvait arriver d'une minute à l'autre, si ce n'était pas déjà le cas. La moindre seconde de gaspillée pouvait s'avérer être une catastrophe dans sa vie. Il n'avait pas le droit d'être en retard, il devait être là, et pleinement conscient. S'il arrivait trop tard, il savait qu'il ne pourrait pas s'en remettre. Aussi vite qu'il le pouvait, il fonçait chez Idriss pour déposer Malik après avoir pris quelques secondes pour le prévenir, le cœur battant et les mains tremblantes. Il était terrorisé. La peur de ne pas parvenir à son but à temps lui rongeait le bide. Si on ne parlait pas de l'homme Bresson, on aurait pu penser apercevoir une larme rouler contre sa joue.

EQUILIBRE INSTABLE [MEKRA]Où les histoires vivent. Découvrez maintenant