Chapitre 52

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Ken et Valentine étaient partis se dorer la pilule à l'autre bout du monde et ils étaient bien loin d'imaginer ce qui s'était passé à Paris pendant leur absence. Aux dernières nouvelles, Hakim et Maé avaient pu discuter, mais personne n'était au courant qu'ils avaient remis le couvert.

L'un comme l'autre avait la volonté profonde de passer sous silence, du moins momentanément, l'évolution de leur relation. Même s'ils savaient que tous respecteraient leur décision, et qu'en plus, la nouvelle était attendue comme le Messi, ils avaient vraiment besoin de se réapprivoiser avant que tout le monde s'en mêle. Plus que s'apprivoiser, ils avaient besoin d'être à deux, de ne voir personne d'autre. Le seul être autorisé à interrompre leurs roucoulements, c'était bien évidemment Malik. Lui aussi, était mis à l'écart de leur idylle, pour son bien. Alors quelques fois depuis leurs retrouvailles, Maé avait regagné sa chambre d'hôtel pendant qu'Hakim s'occupait de son fils. 


Les moments où elle était seule, devenaient de plus en plus anxiogènes. A peine avait-elle gagné sa chambre, qu'elle constatait avec aigreur qu'il lui manquait terriblement. Comment allait-elle réussir à se passer de lui des semaines entières alors qu'elle avait déjà mal au ventre quand elle restait quelques jours voire quelques heures seulement sans pouvoir le toucher ? Plus les jours passaient, plus ses certitudes étaient mises à rude épreuve. Elle ne voulait pas tout laisser en plan et tout abandonner, mais le Niger, c'était quand même vachement loin de Paris. Et à Paris, il y avait Hakim.

Ce jour-là, Malik était avec sa maman, et Maé avait tout le loisir de profiter de son amoureux.

C'était soir de match, et devinez un peu qui jouait contre qui ? Le PSG contre l'OM. Le pari était simple : celui dont l'équipe favorite perdait, devait porter pendant une journée entière le maillot de l'équipe adverse. Hakim n'était pas vraiment d'humeur joueuse quand il s'agissait de l'équipe de Paris, mais il était quasiment certain d'avoir bientôt l'occasion de voir Maé arborer les couleurs bleues et rouges de son club favori. Il ne prenait pas beaucoup de risque, les statistiques parlaient d'elles-mêmes : L'olympique de Marseille allait se manger une raclée, ça ne pouvait pas être autrement.

En attendant le coup d'envoi, Maé se remémorait un évènement avec amusement.

- T'es sûr que Fram nous a pas grillé hier ? Demandait la jeune femme

- Pff, il voit jamais rien celui-là, pire que Ken je crois.

- Non, pire que Ken ça n'existe pas.

- Heureusement qu'il a Valou lui...

La veille, ils avaient eu drôlement chaud aux fesses. La mauvaise habitude qu'avait Idriss de débarquer à n'importe quelle heure du jour et de la nuit chez son grand frère n'avait pas disparue.

Alors que Maé et Hakim commençaient à ne plus vraiment être concentrés devant le film qu'ils avaient choisi, pour des raisons évidentes de tension sexuelle indomptable, il s'était introduit dans l'appartement sans prendre la peine de s'annoncer. Maé avait à peine eu le temps d'aller se cacher derrière l'ilot de la cuisine, et par miracle, il n'avait pas remarqué sa présence. Pourtant, son sac traînait dans l'entrée et deux assiettes trônaient sur la table basse, mais il n'avait visiblement pas accordé d'importance à ces détails. Hakim avait eu le plus grand mal à se débarrasser de la sangsue qui lui servait de frère, ce qui avait bien failli provoquer leur chute. En effet, Maé avait été obligée de se pincer le nez pour ne pas rire bruyamment en entendant les supplications d'Hakim et l'insistance naïve de Framal. C'était drôle, surtout qu'elle avait laissé son cher et tendre avec une gaule monumentale, qu'il avait dû camoufler comme il avait pu.

- Faudra bien leur dire un jour... Reprenait Maé.

- Je sais mais tant qu'ils ne savent rien, on est tranquilles. Disait Hakim calmement en triturant les cheveux de Maé

- Ils vont en penser quoi, tu crois ?

- Ça dépendra de la réponse que tu auras eue de l'assoc'...

- Ils vont péter un câble quand ils sauront que je repars...

- Ça t'inquiète tant que ça ?

- Rien que d'y penser j'en ai la boule au ventre...

- Maé on a dit qu'on allait réussir à gérer ça, ils n'auront rien à dire.

- T'as raison, tout va bien aller. Elle répliquait, comme pour se rassurer elle-même.

Le match venait de débuter, et Hakim se moquait d'avance de Maé en l'imaginant porter son maillot. Le PSG dominait amplement la partie, les occasions d'ouvrir le score étaient nombreuses, mais malheureusement pour le jeune homme, elles ne se concrétisaient pas. Il rageait dans son coin, proférant quelques insultes, mixant l'arabe et le français, comme pour rendre ses mots plus virulents. Maé riait à gorge déployée tant le spectacle était drôle.

La soirée basculait véritablement quand, un peu aidée par la chance, l'équipe Marseillaise marquait un but au tout début de la seconde mi-temps.

- BUUUUUUUT, hurlait Maé, en sautant dans le salon les poings levés !

- Quel but de merde...

- But de merde, mais pour le moment, y'a 1-0 pour nous ! Elle le narguait sans retenue

- Le match est pas fini, il grognait

Non, le match n'était pas fini, en effet.

Score final : 3 à 1.

Qui venait de gagner ? L'OM. Qui devrait porter le maillot de l'ennemi pendant 24H ? Hakim. Qui jubilait ? Maé.

- Ma parole je mets pas ce torchon, ronchonnait Hakim en voyant Maé lui tendre le maillot que lui avait légué son père.

- Hakim c'était le pari ! T'es obligé !

- Non.

- Aller, t'as promis... Et puis au moins une fois dans ta vie tu auras une étoile sur ton maillot, elle se moquait ouvertement.

- Vous l'avez achetée! Il s'exclamait. Arrêtez de jacter à base de « à jamais les premiers » vous êtes des putains de tricheurs, vous avez toujours eu une équipe de chèvres.

- Mais bien sûr. Aller met le et on va se coucher !

- Tu fais chier...

- Attends, fait moi un sourire, je te prends en photo ! Elle le chambrait, morte de rire face à sa mine dégoûtée.

- Sur ma vie, que si tu me prends en photo avec ce maillot de merde, je te quitte.

- Aller, on arrête de dire des bêtises, et au lit !

Aussitôt dans le lit, il s'approchait de Maé sensuellement, l'attirant d'une main ferme contre lui. Il y mettait tout son cœur, les caresses, les baisers, et comme à chaque fois, Maé réagissait au quart de tour. Il se félicitait de l'effet qu'il lui faisait, la sentant déjà plus que fébrile sous ses paumes et ses lèvres. La température montait, la tension était à son comble, la jeune femme semblait déjà manquer d'air. Mais elle était moins bête que ce qu'il avait l'air de croire. Un éclair de lucidité la faisait s'éloigner de lui brusquement.

- Putain Hakim, je sais ce que tu essayes de faire ! T'es vraiment qu'un gamin !

- Mais...

- Y'a pas de mais ! Je t'enlèverai pas ce maillot !

- Mais Maé... Il suppliait.

- C'est mort, tu le gardes. Bonne nuit !

Elle se tournait brusquement dos à lui, repoussant ses mains qui tendaient dans un dernier espoir de la faire céder.

Il n'avait plus aucune issue. C'était la double punition. Il devait dormir avec ce torchon qui le grattait, et subir son érection sans pouvoir en faire quoi que ce soit. Quelle soirée de merde.Il finissait par trouver le sommeil, insultant silencieusement certains joueurs de l'obliger à recevoir ce châtiment. Sa réaction était démesurée et puérile, il en avait conscience, mais vraiment, c'était l'humiliation.

La sonnette de l'entrée qui hurlait à travers l'appartement réveillait le couple. Visiblement, la personne qui s'acharnait sur le bouton n'avait pas l'intention de lâcher l'affaire.

- Pitié, va voir ce que c'est ! Le suppliait Maé, en se bouchant les oreilles.

- Peu importe qui c'est, je le cogne ! Il grognait en se levant.

Il se levait péniblement, la tête embrumée, la bouche pâteuse et se dirigeait en traînant des pieds jusqu'à la porte.

- Fram qu'est-ce que tu veux ?! Il aboyait en lui ouvrant !

- Ouais je sais c'est tôt mais je... Qu'est-ce que tu fous avec un maillot de l'OM ?!

Il avait oublié ce détail. En baissant la tête, il observait sa tenue. En caleçon et ce satané maillot sur les épaules, il comprenait qu'Idriss allait les griller.

- Mais c'est celui de Maé !

- Bien vu Einstein...

- Sérieux, elle te rend fou cette fille ! Tu en es au stade de porter ses affaires pour survivre à votre rupture ? C'est les meufs qui font ça normalement, tu pars en couilles

- Fram...

- Non mais faut tourner la page maintenant mon frère, tu vas pas rester à broyer du noir pendant encore des années...

- Fram... Il insistait, dépité face à la naïveté de son cadet

- La vérité, faut lâcher l'affaire là, elle veut plus de toi, c'est comme ça, faut t'y faire !

- Bonjour Idriss, lançait Maé, en entrant dans la pièce, souriante.

Son entrée en scène avait l'effet escompté. Le jeune homme tournait la tête lentement, et l'observait les yeux ronds comme des billes. S'il avait vu un fantôme, il n'aurait pas eu l'air plus surpris. Il n'aurait jamais imaginé la trouver en short et en débardeur dans le salon de son frère, persuadé que la dernière interaction qu'elle avait eue avec son ainé s'était mal terminée.

Doucement, elle s'approchait de lui pour lui faire la bise, avant de prendre place à côté d'Hakim. Il plaçait son bras autour de ses épaules, confirmant définitivement qu'il ne rêvait pas.

- C'est quoi encore ce bordel ?

- Surprise...

- Je comprends rien...

- Ca change pas ça, se moquait Hakim.

- J'en ai marre putain, je suis toujours le dernier au courant !

- Calmos, t'es le premier et le seul à savoir. D'ailleurs tu es prié de la fermer. Expliquait Maé, amusée.

- Je pige rien... Ca dure depuis quand ?

- Un peu après le mariage de Nek. Clarifiait Hakim.

- Pourquoi vous avez rien dit ? On a toujours dis pas de secret...

- C'est un peu compliqué, on avait besoin de temps.

- Sérieux, tu la ferme ! On le dira aux autres plus tard.

Il ne dirait rien, ils avaient confiance en lui. Au fond, c'était agréable de partager leur secret, surtout que passé le stade de la stupéfaction, il semblait plutôt heureux pour eux. S'il avait eu vraiment de la rancœur envers Maé, il avait pris conscience que son frère ne serait jamais vraiment épanoui tant qu'il serait loin d'elle. 


La puissance de leur amour, visiblement à toute épreuve, le bluffait. Il n'avait jamais vraiment cru à la notion d'âme-sœur mais il devait constater que pour certains, c'était vrai. Il aurait bien aimé, d'ailleurs, connaître cette passion, mais il n'avait pas encore rencontré la bonne. Et quand il se souvenait de l'état de son frère quand Maé était partie, il se disait que finalement, c'était pas plus mal. C'était trop extrême, il préférait peut-être une relation plus simple et moins fusionnelle.

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Bonsoir!

Bon courage pour la semaine qui se profile!

Un peu de légèreté ne fait pas de mal, je les aime bien quand ils se chamaillent :D

J'espère que ça vous a plu, et je vous dis à très vite pour la suite!

XOXO

EQUILIBRE INSTABLE [MEKRA]Où les histoires vivent. Découvrez maintenant