« Cayenne, le 25 septembre.
Hakim,
Je profite d'une escale en Guyane, pour t'écrire cette lettre. J'aurais pu simplement t'appeler sur ton téléphone, mais malgré les longs mois qui se sont écoulés, je ne me sens toujours pas capable d'entendre ta voix, et je crois que je n'aurais pas supporté que tu m'ignores et ne me répondes pas. Je trouve ça bien, une lettre. Ça reste, et surtout j'ai le temps de réfléchir à ce que je veux te dire. Alors je t'écris, pour te souhaiter un bel anniversaire. Je sais que tu es entouré, et ça me console un peu de ne pas être auprès de toi.
J'ai eu à prendre la plus importante décision de ma vie, et aujourd'hui encore, je me demande si j'ai fait le bon choix. Ton silence n'aide pas, je ne te le cache pas. Cela va faire un an que je suis en mer, que je n'ai pas entendu ta voix, ni lu tes mots. Ton rire me manque, ta voix grave me manque, tes murmures aussi.
J'aurais vraiment voulu que tout se passe autrement, mais j'espère qu'un jour, tu comprendras. Si je suis partie, si vite, c'est parce que je savais que je n'aurais pas la force de te laisser si je réfléchissais trop. Je n'ai pas eu le choix, je te promets que c'était vital. Je sais que tu m'en as voulu de partir, peut-être même que tu m'en veux toujours, et je sais aussi, par Valentine, que tu as passé des semaines difficiles. Mais tu es un homme tellement fort, que je sais que tu as su surmonter tout ça.
Sache que, même si je suis en train de vivre des moments incroyables, pas un seul jour ne passe sans que tu habites mes pensées. Tu me manques tellement, Hakim, je ne pensais pas que c'était possible de ressentir ça pour quelqu'un. Les mois qui passent ne changent rien. J'ai toujours la sensation qu'on s'est quittés hier. Rien ne s'est apaisé de mon côté. J'aimerais partager tout ce que je vois avec toi, te montrer tout ce que je découvre, te raconter tout ce qu'apprends. Je repense souvent à nos projets, à nos nuits d'amour, à ton désir assumé de fonder une famille avec moi, à nos projets et nos rêves communs.
Mais je ne peux pas me trouver à plusieurs endroits à la fois, et c'est bien ça, le problème.
Plusieurs fois, j'ai failli quitter le bateau pour sauter dans le premier avion et venir te retrouver. Je ne l'ai pas fait. D'abord parce que j'aurais eu trop peur que tu me repousses, et ensuite parce que j'ai fait un choix, et que je ne peux pas me raviser. J'ai essayé de faire l'impasse sur tes derniers mots, mais je n'y arrive pas. C'est moi qui suis partie, mais c'est toi qui m'as quittée. J'aurais espéré ne jamais entendre ses mots de ta bouche, mais que pouvais-tu fais d'autre ? Je ne sais pas. On aurait pu en discuter, agir en adultes, mais je crois qu'on s'aimait trop pour ça, et je ne t'en voudrais jamais.
La vie sur le bateau est impossible à décrire. J'apprends à connaître ma mère, son mari et mes frères. Si tu voyais comme ils sont intelligents et débrouillards... Lydia est vraiment une femme hors du commun. Elle a une force mentale qui dépasse l'entendement. Je crois qu'elle voit ma présence comme un cadeau du ciel, et elle fait tout son possible pour me rendre la vie plus simple. Aujourd'hui, je sais ce que c'est d'avoir une maman à ses côtés. Elle me console quand je pleure de te savoir si loin de moi, elle m'explique tout un tas de choses sur le monde, elle m'enseigne la biologie marine aussi, entre autres. Je suis sûre que tu la trouverais fascinante, toi aussi. Tu te rends compte ? Elle parle 6 langues ! Elle connaît tellement de choses sur la culture et la spiritualité des gens que l'on croise, elle s'adapte à toutes les situations, elle aime profondément les gens. Elle t'aimerait beaucoup, j'en suis persuadée.
Nous avons longé durant de longues semaines l'Afrique occidentale. Je n'avais jamais mis un pied en Afrique, et je peux désormais dire que j'ai visité le Maroc, les Iles Canaries, la Mauritanie, le Sénégal, le Cap Vert, la Gambie, et la Guinée. On a passé pas mal de temps au Cap Vert, avant d'entamer la traversée jusqu'en Amérique du Sud. Moi qui était terrorisée par l'inconnu et l'imprévu, je peux te dire que des imprévus, on a dû en affronter un paquet. On n'aurait pas dû passer autant de temps proche des côtes africaines, mais on a eu quelques soucis. Au fond, ça ne fait rien. On vit au jour le jour. Nous sommes accueillis comme des rois, à chaque fois. Je crois que la vie en mer fascine et étonne toujours les personnes que l'on croise sur notre route.
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EQUILIBRE INSTABLE [MEKRA]
Fiksi Penggemar"Pour croire avec certitude, il faut commencer par douter." HAKIM x MAE
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