Chapitre 37

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Le trajet n'avait pas vraiment été gai. Ni l'un ni l'autre ne semblaient savoir vers quelle conversation s'engager. Maé était perdue dans ses pensées, Hakim avait le visage fermé comme souvent et ne trouvait rien de suffisamment pertinent à dire. Alors il se taisait.

D'ordinaire, elle prenait toujours quelques minutes à la Gare Marseille Saint Charles pour admirer le panorama que lui offrait la ville depuis le parvis. Mais ce jour-là, elle estimait qu'elle n'avait pas de temps à perdre.

Laurent les attendait à un arrêt-minute, adossé à sa portière, la boule au ventre et le cerveau embrumé par la nuit blanche qu'il venait de passer. Elle savait visiblement désormais beaucoup de choses, et il était terrorisé à l'idée qu'elle ne lui pardonne jamais de lui avoir caché la vérité.

Arrivée à sa hauteur, elle le prenait quand même dans ses bras, malgré tout heureuse de le voir. Une poignée de main adressée à Hakim plus tard, ils se retrouvaient tous les trois assis dans le véhicule, silencieux. Pour vaincre l'atmosphère pesante, Maé montait le son de la radio, et s'accommodait des bêtises déblatérées par des animateurs sans talent pour ne pas avoir à parler jusqu'à la maison de Mémé.

Elle était étonnée d'ailleurs de ne pas la trouver dans l'entrée, les bras déjà grands ouverts pour l'accueillir, mais elle pénétrait malgré tout dans la maison. Hakim les suivait à une distance raisonnable. Il était là, il savait que Maé avait conscience de sa présence, et c'était bien suffisant. S'il avait insisté pour l'accompagner, ce n'était pas pour envahir son espace, c'était pour la soutenir, même de loin. Et puis il était toujours rassuré d'avoir l'œil sur elle ces derniers temps, et de pouvoir la toucher quand bon lui semblait.

Assis sur le canapé, un verre d'eau fraîchement servi par Laurent dans les mains, ils paraissaient attendre un mystérieux évènement qui aurait pu lancer les hostilités. Quand Laurent prenait enfin place aux côtés de sa fille, les choses sérieuses commençaient, et Hakim, en bon spectateur, se contentait d'observer.

- Comment vous avez pu me faire ça... ? demandait Maé, des larmes se formant doucement dans le coin de ses yeux verts.

- Ton arrivée dans ma vie a été un cataclysme, Maé. Il commençait après avoir pris une grande inspiration. J'ai pris mon rôle très à cœur dès le départ tu sais. Je me suis juré que j'éliminerais tout ce qui pourrait te faire souffrir... Ta mère était une fille à problèmes, quand elle a voulu prendre contact avec toi, je me suis dit que c'était le pire qui pouvait t'arriver. Tu étais si petite et si fragile... sur le moment je me suis contenté de garder les enveloppes dans un coin, mais elle a commencé à parler de venir te chercher...

- Tu aurais dû m'expliquer, tu aurais dû me dire tout ça !

- Tu n'étais qu'une enfant... quand elle a écrit qu'elle voulait venir te récupérer, j'ai eu la peur de ma vie. C'est moi qui t'ai bercée, qui t'ai nourrie. C'est moi qui ai passé des nuits blanches quand tu faisais tes dents, quand tu étais malade, c'est moi qui ai dû me couper en quatre pour que tu grandisses bien. Elle savait pas, elle, ce que c'était de gérer un bébé avec une otite, ou une angine... moi oui. Je me suis battu pour que tu ne manques de rien. Je pouvais pas imaginer qu'on t'arrache à moi... Tu étais, et tu es toujours d'ailleurs, mon bébé, mon enfant.

- Vous auriez pu trouver une entente...

- Une entente ? La fille que j'ai connue était une toxico, j'ai appris plus tard qu'elle se prostituait, elle était recherchée par les mecs les plus dangereux de Marseille. Si elle revenait, elle te mettait en danger. Puis merde, elle a pas donné de nouvelles pendant des mois ! Maé j'ai fait de mon mieux, j'avais pas de mode d'emploi. J'ai fait ce que je jugeais être le mieux pour toi. Je me suis peut-être trompé, j'en sais rien, mais j'ai fait ça pour te protéger. C'était mon rôle.

EQUILIBRE INSTABLE [MEKRA]Où les histoires vivent. Découvrez maintenant