Revenons un peu sur les évènements.
Une année s'était écoulée. Maé était partie, mais la vie ne s'était pas figée pour autant. Ken et Valentine avaient donc accueilli leur fille, un bébé en parfaite santé, belle comme un cœur, et déjà si bien entourée. Tout se passait bien mais ils avaient peut-être un peu sous-estimé l'effet du manque de sommeil sur leur corps. Ils s'étaient figurés que Ken, souvent éveillé jusqu'à tard, n'aurait pas de mal à s'en occuper en cas de réveils nocturnes, et que Valentine, plutôt opérationnelle de jour, prendrait le relais dès le soleil levé. C'était réglé comme du papier à musique tant que Zoé était toujours dans le ventre de sa mère. Mais l'arrivée d'un enfant envoie valser beaucoup de certitudes. De jour comme de nuits, les deux jeunes parents rêvaient de dormir, épuisés par le rythme que leur imposait ce minuscule être humain. Mais elle était tellement plus que ça, cette petite fille. Elle n'était pas que cris et hurlements. Elle n'était pas que vomi intempestif et réveils nocturnes. Non, elle était leur amour personnifié. Les statistiques disent qu'un couple sur quatre ne supporte pas l'arrivée d'un bébé, et se sépare avant son premier anniversaire. Eux, n'avaient jamais été autant soudés. Ils aimaient leur fille de toute leur âme, et ils savaient que désormais, c'était eux contre le reste du monde. Ils étaient un couple, un binôme, une équipe. Une famille.
Zoé avait eu un autre rôle, dès sa venue au monde. Elle avait été très forte pour canaliser les émotions de son oncle Hakim. Ce grand gaillard que rien ne paraissait toucher était émerveillé devant ce bébé. Elle était un peu la lumière dans la noirceur qu'était devenu son monde depuis que Maé l'avait abandonné pour étudier le plancton et les poissons.
Hakim en avait chié, véritablement. Il avait dû déconstruire toutes ses habitudes, toutes ses projections pour l'avenir. Les premières semaines avaient été vraiment compliquées à gérer. Il l'avait cherchée le soir dans son appartement en rentrant du studio, il l'avait entendue l'appeler, il avait observé ses affaires restées chez lui. Chez eux. Chez lui. Il devait son salut à Valentine et ses frères, et surtout à son orgueil qui lui interdisait de se laisser aller. Il n'était plus un adolescent, il était assez grand pour pouvoir gérer une peine de cœur, mais certains soirs, il restait allongé à fixer le plafond, les mains derrières le crâne, et l'esprit vide. Il avait fait sauter toutes les barrières, il avait laissé cette fille s'immiscer dans sa vie comme de l'eau dans une fissure, et maintenant, il se sentait bien con. Ça allait mieux, quand il ne recevait pas de lettre de sa part. Vraiment, ça allait mieux. Il allait bosser, au studio, pour le label, il donnait un coup de main à Ken et Valou quand ils étaient trop morts à cause de la petite, et puis il voyait Estelle.
Elle était un rayon de soleil dans sa vie cette fille. Quittée par son ex futur mari à quelques semaines de son mariage, elle avait trouvé auprès d'Hakim un peu de réconfort. C'était très clair pour eux, il n'y avait pas d'amour. Même si parfois la frontière entre amour et affection est faible, ils savaient pertinemment qu'ils n'avaient rien à s'offrir à part un peu de réconfort. Elle était drôle, elle était vraiment désintéressée, elle était cultivée. Ils passaient des soirées entières à picoler et à jouer à la Play en dégustant de merveilleux tacos bien gras. C'était quand même agréable, alors ils continuaient. C'était une sorte d'amitié un brin améliorée quand l'alcool s'en mêlait ou qu'un d'eux s'amusait à tester son pouvoir de séduction. En réalité, ils se rassuraient mutuellement, il n'y avait absolument aucun avenir pour cette relation, mais ils n'avaient que ça.
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Après sa balade improvisée avec Valentine, Hakim était rentré chez lui, se morfondre un peu dans le silence écrasant de son appartement. La lettre de Maé trônait sur la table basse. Il la prenait dans ses mains, hésitait à la relire, mais s'attardait plutôt sur la photo qu'elle y avait jointe. Il ne pouvait même pas voir son visage. Elle n'avait trouvé qu'une photo de dos, sur laquelle il ne pouvait rien voir d'elle. Un morceau de visage, c'était trop demandé, après un an d'absence ? Il retombait un peu dans ses travers, mais se ressaisissait en repensant aux mots de Valou. Aveuglé par son chagrin et sa fierté, il n'avait effectivement rien fait pour préserver leur relation. Il n'avait pas essayé de l'écouter, il n'avait pas essayé de la retenir, il n'avait pas essayé de lui faire changer d'avis. Il était presqu'autant responsable qu'elle de la situation. C'était lui qui lui avait ordonné de partir de chez lui précipitamment, et qui lui avait hurlé dessus que c'était terminé entre eux. C'était lui, qui avait choisi la rupture à l'arrangement.
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EQUILIBRE INSTABLE [MEKRA]
Fanfiction"Pour croire avec certitude, il faut commencer par douter." HAKIM x MAE
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