Décision

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August serait probablement un futur roi. Il ne pourrait en être autrement, puisque sa mère était la suivante à la succession du trône, après Wilhelm. Étant donné que le blond n'aurait jamais d'enfant, il ne pourrait jamais aimer assez une femme pour cela, il savait que la succession reviendrait un jour à son cousin. Ce dernier était fils unique, il n'y avait aucun doute que lui ou ses enfants deviendraient souverains.

C'est justement ce qui justifia la décision fatale que Wilhelm prit à la fin de sa discussion avec August. Ni lui, ni son cousin n'auraient d'enfants. Leur famille s'éteindrait avec leur génération. Il devait s'assurer que cela n'arriverait pas, mais comment faire quand chacun savait pertinemment qu'ils ne serait jamais père ?

Félice était le dernier espoir. Elle portait l'unique succession que cette famille aurait. Il lui était donc impossible d'envisager de détruire cette vie. Il devait à tout prix protéger ce petit être. Erik l'aurait fait, s'il avait été dans sa situation. Son frère n'aurait jamais permis qu'un prince ou une princesse soit délibérément effacé du monde par peur du lendemain.

Il laissa ses pas le guider jusqu'au lac, ne voyant décidément rien d'autre comme solution que d'épouser Félice. Il lui offrirait que l'enfant soit désigné comme son propre descendant. De cette manière, la jeune femme garderait la tête haute en mariant un futur roi et en donnant naissance à un prince ou une princesse, forcément souverain un jour. Sa famille serait fière d'elle et Wilhelm donnerait une descendance. Certes, il ne serait pas réellement son enfant, mais son destin aurait été le même, si August avait écouté son cœur et non ses démons intérieurs. Oui, un jour, l'enfant aurait été roi.

Sa décision était prise et cela lui brisa le cœur. Sa mère lui avait dit, il n'y a pas si longtemps, qu'il aurait à choisir toute sa vie entre deux situations tout aussi valables. Il ne croyait pas que cela se passerait aussi rapidement. Sa vie, qu'il espérait passer auprès d'un homme, autant que possible Simon, était révolue à tout jamais. Il aura au moins pu connaître ce que c'était d'être heureux pendant quelques mois.

En fait, cela dépendrait de la réponse que Félice lui donnerait. Il ne pouvait tout de même pas choisir à la place de la jeune héritière. Il respira profondément. Il se prit à espérer qu'elle refuserait sa demande, mais se reprit aussitôt. Il avait un devoir à accomplir et il s'y tiendrait.

Il tomba à genoux, dans la terre gelée qui bordait le lac, et releva la tête vers le ciel.

— Erik, s'il te plaît, tu dois m'aider. Comment vais-je faire, maintenant que je suis si amoureux ? Je ne peux même pas lui dire la vraie raison sans que le secret de Félice soit révélé.

La réalité prit tout son sens. Il devrait lui mentir; lui mentir sans flancher. Sinon, il n'aurait pas le courage d'aller jusqu'au bout. C'était la partie de cette décision qui le hanterait jusqu'à sa mort. Sa tête, qui était demeurée figée vers le ciel, dans l'espoir d'une révélation, finit pas retomber lourdement. Des larmes se déversèrent en flot continu pendant ce qui lui sembla une éternité. Il devait rester fort pour la famille. Malgré toutes ses bonnes intentions, sa rage l'emporta finalement et il hurla ses tourments à s'en arracher l'âme. Il savait qu'en se relevant, il ne serait plus jamais le jeune homme insouciant qu'il était. Dans les mois qui suivraient, si Félice l'acceptait, il deviendrait père.

Wilhelm regarda une dernière fois le lac où il se retrouvait si souvent en compagnie de Simon, à la dérobé de tous les regards. Il se vit, s'amusant avec son amoureux, lui volant quelques baisers alors que les gardes du corps étaient occupés dans une autre direction.

Prenant son courage à deux mains, il détourna définitivement le regard et se releva lourdement. Félice scellerait son destin, mais il savait qu'il ne la laisserait jamais refuser. Ce fut complètement gelé qu'il reprit le chemin des dortoirs où l'attendait sagement le vrai amour de sa vie.

— Qu'est-ce qu'August a encore fait ? Tu es encore plus dévasté qu'à l'habitude, bébé.

— Tu sais bien, min vackra, c'est son tempérament. J'aime mieux ne pas en parler. Ce que je veux, c'est profiter de toi autant que possible.

— Je vois bien qu'il est allé trop loin aujourd'hui. Pas besoin d'être intelligent pour voir que tu as pleuré.

— T'inquiète pas. Je pensais à mon frère. Il me manque tellement.

— Oh ! Bébé, je suis désolé d'avoir cru qu'August y était pour quelque chose. Viens ! On va prendre une douche et ensuite on va en parler. Tu ne peux pas garder tout ça à l'intérieur. Ce n'est pas bon pour toi. Tu vas finir par te ruiner la santé à force de revenir de l'extérieur avec cet air de déterré.

— Si tu savais comment j'ai besoin de toi, finit par exploser en pleurs le jeune prince qui était au prise avec ses souffrances.

Il avait beau avoir demandé à Erik de l'aider, il ne lui avait évidemment pas répondu. Sa détresse, qu'il croyait avoir laissée au bord du lac, avait refait surface. Comment faire du mal à son amoureux ? Il en était incapable. Pourtant, si Félice acceptait, il n'aurait pas d'autre choix. Il se surprit à se jeter dans les bras de Simon, s'effondrant carrément sous la douleur.

— Je ne suis pas capable ! Ça fait trop mal, avait-il dit entre deux reniflements.

— Calme-toi, bébé. Erik n'a pas souffert. Il est mort sur le coup. Tu as de la peine, en ce moment, mais je te promets qu'un jour tu penseras à lui sans pleurer. Sois patient. Il est décédé il y a à peine trois semaines. Tu finiras par sourire à son souvenir.

C'était impossible pour Simon de comprendre. Il était certain qu'il parlait d'Erik, et c'était normal. Il avait encore beaucoup d'épisodes comme celui-ci qui le submergeaient. Malheureusement, ce soir-là, toute cette souffrance ne venait pas du deuil de son frère, mais bien du deuil à venir qu'il devrait porter toute sa vie; le deuil de l'amour de sa vie.

— Allez bébé. Je vais te serrer dans mes bras, toute la nuit.

— C'est tout ce que je demande.

Le bouclé le déshabilla, voyant qu'il n'avait plus la force de rien faire. Il le tira jusqu'au lit et l'enlaça aussi fort qu'il le pouvait. Il détestait voir Wilhelm dans cet état. Simon chercha des mots réconfortants et se décida enfin à prononcer ce qu'il avait prévu lui dire après qu'il ait parler de son homosexualité à ses parents. Il sentait que le blond en avait besoin.

— Ton frère t'aimait, mais juste pour que tu comprennes qu'il n'était pas le seul, je tiens à te le dire maintenant. Je t'aime et je t'aimerai toujours.

Pour toute réponse, le prince cala sa tête dans le cou de Simon et redoubla ses sanglots. Il ne pouvait pas le lui dire en retour. Il était probablement à quelques heures de mettre fin à leur relation. Comment pouvait-il lui avouer qu'il l'aimait et le détruire le lendemain ?

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