Au lendemain de l'entrevue de Suzie avec le chef d'antenne le plus important du pays, nos amoureux se levèrent aux aurores pour lire les journaux avec une certaine peur au ventre.
Et si cela les rendait encore plus vulnérables et qu'on ne comprenait réellement pas ce qui les unissait aussi fortement ?
— S'ils rejettent tout, je te jure que je quitte ce pays. Comment veux-tu faire évoluer les choses si le peuple ne nous appuie pas ? osa Wilhelm alors qu'il recevait les premières publications du majordome.
— Et moi, je fais une demande pour devenir citoyen américain, répondit sérieusement le chanteur en prenant le deuxième journal.
— Je ne suis pas certain qu'on ait fait le bon choix, répliqua le prince en voyant le gros titre à la une.
— Je t'aime malgré tout, bébé. On va se trouver une belle petite maison juste pour nous et vivre heureux dans la campagne américaine où jamais personne ne pourra nous atteindre.
Le blond s'était dépêché de se rendre à l'endroit indiqué sur son journal. On avait fait un cahier spécial juste pour ce sujet. Il lut avec avidité les premiers sous-titres et empoigna la main de Simon. Ce dernier, qui cherchait dans sa propre gazette prit machinalement la main tendue.
— Oh, Mon Dieu ! J'y crois pas !
L'intonation de Wilhelm eut raison de sa curiosité et le métis se décida à regarder son amoureux dont un sourire franc se dessinait sur son visage.
— Qu'est-ce qu'il y a ? Mais dis-moi, bon sang !
— Un sondage fait immédiatement après l'entrevue de Suzie indique à soixante-trois pourcents que le peuple est en accord depuis le début avec notre relation, mais que maintenant, c'est monté à quatre-vingt-cinq pourcent.
— Mais c'est super ! Est-ce qu'il y a autre chose ?
— Attends, je regarde. Il y a un cahier complet sur nous. Oh! On te voit entrain de dormir, ici. Tu es si mignon.
— Je sais déjà ton opinion, bébé. Ce que je veux savoir, c'est celle des autres, s'amusa le brun en plantant un baiser sonore sur la joue du prince.
— Ici, c'est écrit que les chefs de tous les partis politiques sont pour la loi que nous essayons de mettre en place depuis six ans.
— Pourquoi est-ce si long avant d'être adoptée, dans ce cas ?
— C'est pas vrai ! hurla le prince en se relevant et se prenant la tête.
— Quoi ? Qu'est-ce qui se passe ?
— Le sénateur qui stoppait toutes nos tentatives a donner sa démission. Il dit que ce n'est pas normal d'aimer une personne du même sexe et qu'il n'approuve pas notre couple. Ce n'est pas dans les habitudes des sénateurs de démissionner. Habituellement, ils sont nommés à vie.
— Il a dû se faire montrer la porte par d'autres qui ont finalement compris.
— Simon, tu te rends compte de ce que cela implique ? On va pouvoir se marier et avoir nos propres enfants, s'exclama avec émotion le prince en emprisonnant son amant dans ses bras.
— Tu veux... m'épouser ?
Wilhelm recula aussi vite qu'il s'était jeté dans les bras du chanteur. Le ton de Simon était indéchiffrable.
— C'est pas ce que tu veux ? demanda avec inquiétude le blond en se triturant les mains.
— Si, bien sûr, mais on vient de se retrouver. Tu crois qu'on s'aime assez pour ça ?
Incapable d'attendre plus longtemps, le prince s'agenouilla en pyjama devant son petit ami.
— Simon, je sais que je t'aimerai jusqu'à la fin de mes jours. Tu ne peux pas penser ce que tu dis.
Wilhelm attrapa la main chaude du métis et pencha la tête, pour prendre une bonne respiration. Il savait qu'ils venaient de se retrouver, mais dans son cœur, il savait aussi qu'il n'y en aurait jamais aucun autre. Relevant fièrement la tête, cette fois, il commença sa demande.
— Tu as toujours été le seul. Je t'ai aimé à un point que tu ne peux même pas t'imaginer. Ta perte a été la pire chose de ma vie, bien plus encore que la mort de mon frère. Alors, Simon, je te le demande officiellement. Veux-tu m'épouser et rester auprès de moi jusqu'à ce que la mort nous sépare ?
L'attente fut interminable pour le prince qui commençait à se dire qu'il avait peut-être fait une erreur en demandant la main du bouclé sur un coup de tête. La tête de son amant se mit à bouger en de minuscules signes de négation, puis sont visage se décomposa pour finalement exploser en pleurs, dans les bras du blond.
— Je ne comprends pas comment tu as pu me pardonner avec tout le mal que je t'ai fait. Comment tu peux vouloir de moi après tout ça ? Je... je...
Les sanglots du chanteur avaient repris de plus belle. Il enfouit son visage humide dans l'épaule du prince qui lui frotta le dos avec douceur.
— Pardon, s'excusa Wilhelm tristement. J'espérais que tu comprennes combien je t'aime. Je ne voulais pas te rendre aussi malheureux. Oublie ma déclaration. C'était ridicule.
— NON ! Je veux t'épouser Wille ! Ne compte pas sur moi pour te défiler aussi facilement, répondit subitement le chanteur en s'essuyant les yeux. Je veux t'épouser ! C'est un OUI !
— Tu sais que tu m'as fait peur, gronda le blond en serrant Simon à lui faire mal. Ne me refais plus jamais un truc pareil.
— Je ne comprends toujours pas, mais tu es pris avec moi maintenant, s'amusa le brun en essayant de rire après ses grosses larmes.
— Quel sacrifice ce sera, d'être avec celui que j'aime pour le reste de ma vie, répondit le prince en soulevant Simon pour le faire tourbillonner autour de lui. Viens avec moi, on doit te trouver une bague de fiançailles.
Courant pieds nus dans tout le palais en riant aux éclats, les amoureux s'arrêtèrent devant une porte gardée par deux hommes en tenue officielle.
— Messieurs, vous pouvez nous laisser entrer.
Les gardes se décalèrent afin de laisser passer le couple. Ils pénétrèrent dans une salle feutrée où des lumières éclairaient des étagères entières, remplies de bijoux appartenant à la famille royale. On distinguait rapidement que la partie bleutée présentait les pièces de la collection pour hommes. Sifflant avec admiration, le chanteur s'approcha d'un meuble où s'étalaient des dizaines de bagues, toutes plus pompeuses les unes que les autres. Ne voulant pas faire de peine à Wilhelm, il les examina minutieusement tout en se disant qu'elles n'allaient pas du tout avec son style.
— Wille, je ne sais pas si c'est bien nécessaire. Tu sais, je me contenterais facilement de quelque chose de plus sobre.
— C'est clair ! Je voulais juste voir ce que tu dirais pour te sortir de là.
Le bouclé, en le voyant se foutre de lui, tenta de lui asséner un coup sur le bras, mais le blond l'esquiva et se dirigea vers d'autres meubles qui étaient masqués par les premiers.
— Je crois que tu vas beaucoup plus apprécier ces modèles-ci.
— Bah ! Fallait me les montrer en premier.
Une bague en or blanc attira l'œil du bouclé. Elle était travaillée de plusieurs sillons, mais ne contenait aucune pierre. Elle était parfaite pour lui.
— Celle-là est tout à fait splendide. Tu crois que je pourrais la porter ?
Wilhelm la sortit avec délicatesse de son écrin. Simon ne pouvait pas savoir à qui elle appartenait, mais cela lui faisait chaud au cœur qu'il l'ait choisi. Il la prit entre son pouce et son index et tendit son autre main en direction de la main gauche de Simon. Ce dernier la présenta en retour et c'est avec émotion que le prince la glissa au doigt de son fiancé.
— Bébé, ça va ? On dirait que ça te rend triste.
— Non, ce n'est rien. C'est que cette bague appartenait à Erik. Elle lui a été offerte a l'occasion de ses dix-huit ans. Elle te va merveilleusement bien, termina-t-il avec un trémolo.
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OB Royal
FanfictionWilhelm est le prince de Suède et second à la succession du trône, après son frère Erik. Obligé d'étudier dans un nouveau pensionnat, suite à un esclandre avec des camarades, le prince rencontrera Simon, issu du peuple et ouvertement gay. Lors d'un...
