58. Drôle de famille

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Point de vue de Chris :

— Vous vous connaissez ?

Jason se détacha de sa fille qui courut vers moi. Je retirai mes lunettes de soleil pour m'assurer que je n'hallucinais pas, et la petite enlaça déjà ma taille. Son père resta coi, décontenancé.

— Mais qu'est-ce que...

— Selena ?

— Salut ! Je suis très contente de te voir, Chris ! s'écria-t-elle en sautillant.

Jason serra la mâchoire.

— Comment est-ce que vous vous connaissez ? insista-t-il.

Je posai les yeux sur la brune qui se dandinait sur place.

— Tu veux le dire à ton père ou préfères-tu que je m'en charge ?

Elle haussa les épaules. Je soupirai.

— Allons ailleurs, et je te raconterai tout.

***

Jason me regardait engloutir mon hamburger en deux bouchées, manifestement en attente d'explications. Sa fille picorait ses frites, très silencieuse. J'avais de la peine pour cette gosse. Vraiment. Sa mère semblait lui avoir enseigné l'art du mensonge et de la manipulation, tandis que son père semblait complètement ignorant de ce qui se passait chez lui. Quelle drôle de famille.

— Il y a deux mois, elle est venue à mon bureau en disant qu'elle avait trouvé l'adresse de ma société dans la veste de sa mère, et qu'elle avait pris un taxi pour s'y rendre...

Son visage se décomposa.

— J'ai aussi rencontré sa baby-sitter, et je les ai invitées chez moi un soir. Elles ont rencontré Isabella et mes bébés, mais à aucun moment Selena n'a voulu me dire qui sont ses parents... Elle m'a seulement raconté un peu de ce qui se passe chez vous.

Il fronça les sourcils, de plus en plus abasourdi.

— Comment ça ?

— Un père absent, une mère plus intéressée par le shopping que par passer du temps avec sa fille, et surtout, qui reste dans sa vie pour l'argent... Jason, ta fille a dix ans et elle est maline, elle comprend tout ce qui se passe.

— J'essaie de lui offrir la meilleure vie possible, et tu critiques ma façon d'élever ma fille ? se braqua-t-il.

— Ce n'est pas toi que je critique, je sais que ton travail ne doit pas rendre les choses faciles pour élever un enfant... mais sa mère...

— Je t'arrête tout de suite, tu ne sais pas de quoi tu parles.

— Tu n'es même pas en couple avec cette femme, vous ne vous aimez pas ! Elle a juste mis ta fille au monde, mais c'est son métier, non ? Une mère porteuse ?

La petite releva la tête, dans l'incompréhension du sens de cet échange. Jason me lança un regard réprobateur.

— Non, ce n'est pas son métier. Ma fille est la seule enfant qu'elle a portée et mis au monde.

— Mais...

— Je l'ai rencontré dans un bar pendant ma rémission après mon cancer. On a discuté, le courant a très bien passé, et... elle m'a avoué avoir besoin d'argent.

Il jeta une œillade furtive à sa fille, comme gêné de parler de ça devant elle.

— On a passé la nuit ensemble et le lendemain matin, elle avait disparu. Elle m'avait seulement laissé son numéro. J'ai pris le temps de réfléchir pendant toute une semaine à l'opportunité qui s'offrait à moi. Elle avait besoin de fric et moi, je voulais un bébé. C'était parfait. Je ne voulais pas de relation sérieuse avec elle, parce que clairement, ce n'était pas une femme pour moi. Mais elle était belle, en bonne santé, et j'avais les moyens de la payer. Je l'ai contacté, et elle a accepté. On s'est organisé pour qu'elle se fasse inséminée et elle est rapidement tombée enceinte.

Engendrement [Tome 2]Des histoires addictives. Découvrez maintenant