19. Anniversaire

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Chris souffla bruyamment puis attrapa mes mains pour les retirer de son visage. J'étais outrée par son impassibilité face à la gravité de la situation.

— Appelle ça comme tu veux, Isabella. Tout ce que je peux te dire, c'est que ma relation avec Alice était particulièrement compliquée. J'étais faible et pathétique. Tu crois que je n'ai pas ma part de responsabilité dans ce qui s'est passé ? Je suis coupable tout autant qu'elle ! Je n'étais pas un homme cette nuit-là. Je méritais ce qu'elle m'a fait, ça prouve surtout que ma vulnérabilité va causer ma perte. J'étais bizarre et coincé ! J'ai été dépucelé à dix-neuf ans, tu te rends compte ? Tu crois que c'est normal ? Que c'est viril ? Je suis beaucoup trop sensible... Et trop docile. Ayden m'a appris à devenir plus fort, à ne pas faiblir devant une femme, à dominer en toutes circonstances, mais tu sais mieux que personne que cette carapace n'est pas solide et que je peux me mettre à genoux, par amour.

Je repris ses mains dans les miennes, craignant qu'il cherche à échapper à cette conversation en ayant des pensées aussi lugubres.

— Tu es humain, Chris. Tu as des sentiments, des émotions, c'est de ça dont Ayden voulait te priver en t'initiant au sadomasochisme. Tes parents t'ont élevé dans la droiture, t'empêchant de tomber dans la vanité de ces jeunes qui se vantent de leurs conquêtes au lycée ! Ce que t'es arrivé avec ton ex est tout sauf de ta faute. Tu es une victime, mon amour. Tu as été victime d'abus sexuel, et con est celui qui prétends que seules les femmes se font violer. Ça n'ébranle en rien ta virilité. Tu es un homme robuste, assez fort et courageux pour aller de l'avant. Tu es resté dans le déni beaucoup trop longtemps, à t'accuser à tort. Tu l'aimais et tu avais confiance en elle, et ce n'est pas un crime... Et ne va pas croire que c'est ton inexpérience qui t'a mis dans une telle situation... non.

Ses larmes coulaient et il ne cherchait plus à les dissimuler. Il restait stoïque, incapable de formuler une quelconque réponse. Je décidais de poursuivre :

— Moi aussi, j'étais vierge et coincée. Pourtant, tu ne m'as jamais fait de mal ! Tu as attendu, tu m'as appris les préliminaires petit à petit, tu m'as mis en confiance et rassuré... Notre nuit de noces peut te sembler un désastre, mais pour moi, c'était un hymne à l'amour... Je suis consciente qu'il t'ait arrivé de piquer des crises, mais j'étais toujours consentante quand je me donnais à toi. Tu ne m'as jamais forcé à faire quoi que ce soit alors que je ne voulais pas...

Je caressai le dos de sa main avec mes pouces, priant pour une réaction de sa part, aussi minime soit-elle, mais il me fixait, tout simplement.

— Je m'en souviens, tu sais ? continuai-je. La veille de ta demande en mariage, après notre sortie en boîte, je t'ai fait des avances. Je voulais te branler, j'étais ivre et audacieuse, mais tu m'as repoussé. À chaque fois, tu t'assures de mon consentement, de mon bien-être. C'est ça l'amour, Christopher. C'est être à l'écoute et être patient. C'est chérir et protéger. C'est faire passer la sécurité de l'autre avant ses pulsions... Ça vaudra ce que ça vaut, mais ton anniversaire représente le plus beau jour de la vie de tes parents ; celui de ta venue au monde. Et moi aussi, je suis très reconnaissante que tu sois né, mon chéri, et que tu te tiens à mes côtés dans toute ta splendeur après trente-et-un an d'existence... C'est énorme, quand-même ! Bientôt, tu piqueras ta crise de la quarantaine et là, je ne sais pas si je trouverais les mots pour te rassurer...

Chris éclata de rire. Pas un rire amer, faux ou sarcastique, mais un rire sincère, pur et joyeux. Avec les larmes qui coulaient toujours sur ses jours, je n'étais pas sûre d'avoir déjà vu quelqu'un d'aussi beau.

Oui, cet homme était unique et j'étais reconnaissante qu'il soit mon homme.

— Qu'est-ce que je deviendrais sans toi, Isabella ? lâcha-t-un d'une voix rauque.

Engendrement [Tome 2]Des histoires addictives. Découvrez maintenant