Chapitre 51

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Une pointe saillante réveille ma jugulaire et j'ouvre brusquement les yeux face au roic des océans en personne.

Ma gorge prise en étau ne permet aucun mouvement.

- Qui es-tu? Qui t'aenvoyé ?

La peur même de déglutir au risque de provoquer une éruption sanguine ou de dire une bêtise qui conduirait au même résultat me cloue sur place. Une étincelle violette passe de ses yeux à la pointe de son trident et je sens tout mon fluide corporel s'ébullir, remonter par ma trachée pour se précipiter dans ma gorge menaçant de me noyer moi-même.

L'ébullition cesse mais pas la peur qu'il m'inspire.

- Je ne pose pas de question, j'exige et je ne me répète jamais, menace-t-il.

Ses yeux tempêtes ne lâchent pas leur cible.

- Je me nomme Thalya. Je ne suis rien de plus qu'un soldat qui...

À ces mots le trident raisonne d'un coup sec sur le sol et se charge d'une dangereuse flamme bleue.

- je vous jure que je n'ai rien à cacher, je ne suis personne et encore moins quelqu'un qui voudrait du mal à un autre humain.

Erreur qui ne passe pas inaperçue. Le roi des océans esquisse presque un sourire

- choix des mots intéressants. Une humaine qui plus est... Ma chère sachez que nous ne faisons pas dans l'humain depuis des siècles sur le Mont Olympe, une femme de plus et...parmi l'élite d'Arès, cela ne me convainc absolument pas.

- Arès n'était pas présent lors de mon intégration, c'est son ...

- Comment oses-tu t'adresser à ton dieu de cette façon ? Rugit-il, la flamme de plus en plus près de mon visage.

- Tu ne duperas personne ici, la citadelle n'a jamais enrôlé de femme jusqu'à présent et...

- Ah donc il n'y a que les hommes qui peuvent devenir des guerriers., je coupe.

À son froncement de sourcils je vois que ma remarque fait mouche. Je connais l'histoire des Amazones et il ne pourrait me rétorquer le contraire.

Je sens soudain unebrûlure intense percer mon abdomen. La douleur se propage jusqu'au centre de mes organes.

- Ne te fiche pas de moi. Le malin a plus d'un visage et les incidents ces derniers temps laissent suggérer qu'il en compte plusieurs dans ses rangs.

-Try...ton...je souffle, incapable d'articuler un mot sous la douleur.

J'ai l'impression qu'un feu intense fait bouillir tous mes organes internes ainsi que mes fluides.

Nouveau froncement de sourcils qui semble cette fois le ramener quelques secondes à l'instant présent. Il se détourne et se retourne vers moi, après ce qui semble-t-il plus de réflexions, mais le visage toujours glacial. Le feu qui me consume paraît faiblir mais les dégâts occasionnés menacent de me faire flancher de l'autre côté. Je ne sais pas d'où je puise mes dernières résistances.

- Si tu n'es pas avec eux, tu es quoi? Les dieux n'ont plus le droit d'engendrer de descendance avec les humains. Une erreur ? Un demi dieu? Mais de qui? Qui aurait osé défier le grand décret?

Alors que la noirceur commence à m'envahir il me semble voir vaciller sur la paroi une lueur qui grandit à mesure que des pas approchent.

- Mon roi, tousse ungarde pour attirer son attention.

Le dieu détourne leregard.

Je suis la direction deson regard pour tomber nez à nez avec la réplique conforme de lavieille femme aperçue plusieurs mois auparavant avec Zeus, à ceci près, que ce vieux visage ridé a des yeux bleus presque translucides.

- Votre grandeur, dit-elle d'une voix chevrotante.

- J'espère que la nouvelle justifie l'interruption vieille Sibylle .

- Le voile est épais sur cette jeune personne. Certainement que nous ne sommes pas autorisés encore à connaître son identité, si tenté qu'elle la connaisse elle-même. Parfois le chemin compte plus que ma destination, elle devra aller la découvrir elle-même. Tout ce que je peux vous dire mon roi, c'est que vous aurez besoin de cette personne pour ce qui se prépare, qui qu'elle puisse être, vous ne pourrez vous passer d'elle.

- En es-tu absolument sûre? Grogne-t-il entre ses dents.

- Me suis-je déjà trompée mon roi?

La pointe sous ma gorge me quitte et je tombe au même moment, retenue à peine par les mains fragiles de cette vieille prophétesse.

- Ramenez-la à ses quartiers. Je veux la voir demain soir au grand dîner. Nous éclaircirons la situation avec le principal concerné.

Je déglutis. Que veut-il dire par là ? Entend-il qu'Arès sera présent ? Je n'ose l'imaginer. Voilà des mois que je ne l'ai pas vu, qu'il m'a abandonné à mon sort et pourquoi ? Je n'ai même plus de force pour la colère, mon corps est tellement vidé, abîmé physiquement, mentalement. Les épaules de Sibylle soutiennent les miennes.

- Tenez bon mademoiselle,rien n'arrive par hasard. Vous êtes destinée à des grandes choses. Votre histoire est écrite depuis bien avant votre naissance. Reposez-vous, vous n'êtes encore qu'au début. 

Sa paume se pose sur mon front. Une douce chaleur se diffuse et je m'endors profondément.



ArèsOù les histoires vivent. Découvrez maintenant