Chapitre 45- Amaël.

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Mercredi 25 Septembre 2024.

"Bip, bip...Je ne suis pas disponible, je rappellerai plus tard, ou pas...". Le rire de Zaven retentit, la proposition de laisser un message débute et je raccroche.

Comme Zaven ne m'attendait pas à l'université à la fin de ma journée, j'ai supposé qu'il s'était endormi à l'appartement, car il a terminé à midi et est rentré, ayant beaucoup de devoirs. Je suis alors rentré pour découvrir l'appartement vide, Oups miaulant devant sa gamelle presque vide, et le sac de Zaven n'étant pas là. Il n'est même pas rentré. J'ai commencé à paniquer, j'ai tenté de l'appeler plusieurs fois, sans aucun succès.

Il n'a pas vu mes messages, ceux que je lui ai envoyés juste avant de me décider à rentrer tout seul. J'ai peur, vraiment peur, une situation pareille ne s'est jamais produite. Conscient de mon anxiété, il a toujours fait très attention, sans que je ne lui demande. Il était censé être chez nous depuis plusieurs heures, et je n'ai aucune nouvelles de lui depuis qu'il m'a accompagné à mon cours.

Zaven a comme disparu. Je tente, trois fois encore, de l'appeler. Aucun résultat. L'angoisse monte en moi, s'insinue dans mon esprit et embrouille mes sens, me privant de la plupart de mes capacités. Ma vue se trouble, ma respiration devient laborieuse. Mon propre poids est lourd à supporter. Mon cœur résonne dans mes tempes. Je veux Zaven.

J'ai peur, j'ai peur, j'ai peur

Je m'assois, forçant mes pensées à redevenir claires. Il faut absolument que je reste calme si je veux retrouver Zaven. Je prends une longue inspiration, ravale les larmes qui menaçaient de jaillir de mes yeux. Si je pleure, je n'arriverai à rien. Je respire comme Zaven me forcerait à le faire. Je me lève, encore chancelant, et je m'occupe de mon chat. Je remplis sa gamelle, je lui remets de l'eau, je vérifie sa litière et son panier.

Je sors ensuite de l'appartement, et je refais le trajet jusqu'à l'université.

Une fois arrivé sans le moindre indice, je me décide à changer de stratégie. La peur enlevant ma timidité habituelle, j'appelle tour à tour Sam, Joshua et Nora. C'est seulement la dernière qui m'éclaire, me conseillant d'aller vérifier à l'hôpital, et d'appeler la police si je ne trouve rien a l'hôpital.

Une immense vague d'angoisse m'envahit, et je dois encore m'asseoir quelques secondes le temps de me ressaisir. Mais je suis bien forcé de reconnaître que c'est une bonne idée. Je m'y rends donc, précipitamment.

J'ai peur, j'ai peur, j'ai peur

Même si Google Maps mentionne vingt-cinq minutes de marche, j'y arrive en moins de quinze. A l'accueil, c'est tout tremblant que je demande si Zaven est ici. Et la réponse, qui me terrifie, est :

Oui, il est ici, il se fait opérer en ce moment même...Vous êtes de la famille ?

Pourquoi il se fait opérer ? paniqué-je.

On ne sait pas ce qui s'est passé, mais il était évanoui, il est opéré car sa clavicule est cassée.

Je pose mes mains sur le comptoir afin de pouvoir supporter mon poids. Zaven se fait opérer. Je prends une inspiration tremblante.

ll devrait être en salle de réveil dans une heure, m'explique la dame, compatissante. Il y a une salle d'attente au premier étage, avec des distributeurs. Vous pouvez y aller, vous serez prévenu lorsque vous pourrez le voir. Votre nom ?

Je lui donne tout ce qu'elle a besoin de savoir, et je me rends dans la salle d'attente, totalement abattu. Je me laisse tomber sur une chaise, et ne parviens plus à retenir mes larmes. Zaven se fait opérer. J'ai bien fait de remplir la gamelle de Oups, je pense que nous ne rentrerons pas de sitôt.

Je réussis à répondre à la mère de Zaven, qui a été prévenue par l'hôpital et qui vient seulement de voir. Je lui dit ce que je sais, et que je la tiendrai évidemment au courant.

Je lutte contre mon estomac qui aimerait bien rejeter son contenu, à cause de l'angoisse qui a totalement pris possession de moi. Mon cerveau imagine mon amoureux en sang, inanimé.

Je préviens les autres dans le groupe de discussion. Sam, se rappelant de Oups, me demande si je veux lui passer mes clés pour qu'il s'en occupe, ce que j'accepte. Il me dit qu'il vient à l'hôpital dès qu'il peut.

J'ai tellement peur. Zaven est mon univers, je ne sais pas ce que je deviendrais sans lui. Je l'aime tellement. Je ne veux pas le perdre, je ne peux pas le perdre.

Il est en salle de réveil, vous pouvez venir avec moi, m'annonce une infirmière de longues minutes plus tard.

Je la suis à travers les couloirs angoissants. Mon stress ne fait qu'augmenter, j'ai peur de comment je vais découvrir mon copain.

Il a pris un coup sur la tête, probablement en tombant. Je suis dans l'obligation de vous demander de vous préparer à ce qu'il ne vous reconnaisse peut-être pas immédiatement. Sa mémoire pourrait mettre un peu de temps à accepter le choc.

Mon sang se glace, mon monde s'écroule. Le peu de confiance que j'ai réussi à accumuler, mes angoisses qui ont appris à se taire, sont encore faibles et n'existent, pour le moment, qu'à travers les yeux de Zaven. C'est un travail si compliqué sur moi-même, cela met énormément de temps. Si Zaven ne me reconnaît plus, j'ai très peur de moi.

L'infirmière me laisse entrer seul dans la salle. Je m'assois près de mon amoureux, qui ne bouge pas. Il est endormi, le bras en écharpe, une bosse visible à travers ses cheveux marrons. Sa respiration est plutôt calme.

Je prends timidement sa main valide dans la mienne. Sa peau est chaude, j'espère que c'est normal. Une perfusion est branchée à son épaule abîmée. Je fonds en larmes, les yeux rivés sur mon copain. Je dois être fort. Pour lui. C'est à moi de l'aider, aujourd'hui. C'est à moi de faire attention à lui.

Même s'il ne me reconnaît pas. Je dois être fort, me montrer à la hauteur. Je peux le faire. Déterminé, j'essuie mes larmes. 

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