Chapitre 57- Amaël.

23 2 12
                                        

Samedi 26 Octobre 2024.

Et sur votre droite, la salle de bains. Au bout du couloir, il y a un petit salon, je suppose que vous avez vu les photos ? La chambre est à gauche, juste ici. Le balcon est sécurisé pour les animaux, donc si vous avez un chien ou un chat, aucune chance pour qu'il puisse sortir.

C'est le troisième appartement que nous visitons depuis la semaine dernière. Les deux autres semblaient très bien sur les photos, mais lors des visites, ils l'étaient beaucoup moins. Alors que celui-là répond aux descriptions et photos publiées sur l'annonce. Les couleurs sont relativement sobres, il est grand sans l'être trop, sécuritaire pour Oups, le quartier est joli...

Je pose les yeux sur la nuque de Zaven qui marche devant moi pour aller regarder le balcon. Il inspecte consciencieusement la sécurité pour les animaux, puis hoche la tête, satisfait. La dame qui nous fait visiter explique qu'il y a un parc très vaste non loin, et que des lignes de bus se trouvent juste à côté.

Ce n'est pas loin de l'université, à peine dix minutes supplémentaires à pied. Je contemple un jardin fleuri que je peux apercevoir par la fenêtre, approuvant totalement cet appartement. Il est plus grand, comme on voulait, et il remplit une bonne partie de nos critères. Le salon est petit, mais la chambre me paraît immense comparée à celle de notre appartement actuel. Zaven aurait toute la place nécessaire pour danser à sa guise. Quant à moi, je m'imagine bien dessiner dans le salon.

Je vais vous laisser regarder quelques minutes, si vous voulez, propose la dame. Je serai dans le couloir.

Elle referme la porte derrière elle. Zaven s'approche de moi, un sourire joyeux prenant possession de ses lèvres. Je rougis, me rappelant de ces mêmes lèvres se promenant dans mon cou, ce matin.

T'en penses quoi ? C'est bien, non ? me demande-t-il, sans remarquer mon trouble.

J'aime beaucoup, je me reprends. C'est ce que j'espérais trouver.

Une joie intense s'affiche sur le visage de mon amoureux, les coins de sa bouche s'étirent un peu plus.

J'aime beaucoup. Le salon serait bien pour toi, pour dessiner, et Oups aurait plus de place pour faire sa princesse. On pourrait même avoir un autre animal ?

Oh. Ça serait bien, dis-je en hochant la tête.

On est d'accord pour celui-là, alors ?

Oui, ça serait parfait.

Zaven me sourit encore, avant de s'incliner de façon à pouvoir déposer un baiser sur mon front. Sa main se glisse quelques secondes dans mes cheveux, et c'est à mon tour de laisser apparaître un sourire. Après un autre baiser délicat sur ma peau, Zaven se détache de moi pour aller rechercher la dame qui attend devant la porte. Il lui fait part de notre décision.

***

Plusieurs heures plus tard, nous sommes de retour dans notre appartement originel. Il est maintenant décidé que nous déménagerons dans deux semaines, alors nous prévenons mes parents pour moi, sa mère et son beau-père pour Zaven, afin de tous les inviter une fois que nous serons installés. Pour le déménagement, il est déjà décidé que Sam, Joshua, Nora et Théo viendront nous aider, car ils ont tous suivi notre projet avec attention. Je prends mon courage à deux mains pour envoyer un message dans notre groupe.

Moi : On déménage dans deux semaines :))))

Nora : Omg mais non ?!? C'est trop chouette !!! Envoyez des photos de l'appart !

Sam : OMG J'AI HÂTE DE VOIIIIR

Moi : [6 photos envoyées]

Théo : C'est beau, j'approuveee

Joshua : Ce n'est pas loin de chez ma mamie, je crois.

Je rejoins Zaven qui est planté dans l'encadrement de la porte menant à la chambre. Je passe mes bras autour de sa taille et appuie ma joue sur le haut de son dos, en manque de son contact.

Je suis content, chuchote le brun. Mais cet appartement va me manquer.

Je le contourne pour me glisser dans ses bras, et je rejette la tête en arrière pour l'observer balayer la chambre du regard. Il remarque mon air interrogateur et il explique :

C'est ici qu'on a adopté Oups, c'est ici qu'on passé des heures collés à simplement se faire des câlins, c'est ici que tu t'installes pour dessiner pendant que je danse, c'est ici qu'on a cuisiné ensemble, c'est ici qu'on a fait l'amour pour la première fois, c'est ici que beaucoup de choses ont commencé.

Je t'aime, soufflé-je d'une petite voix.

Je t'aime, mon ange.

Je comprends ce qu'il veut dire. Notre vie à deux a commencé ici, on a appris à gérer énormément de choses ensemble, on a découvert ensemble, expérimenté ensemble...Mais nous allons apprendre dans un autre appartement, découvrir, vivre. Car le plus important, c'est que nous soyons ensemble.

Je pense qu'il va me manquer aussi. Mais ça restera toujours dans ma mémoire, et dans mon carnet.

Je me hisse sur la pointe des pieds pour embrasser Zaven.

Moi aussi, Amaëlou. Mes souvenirs sont si importants parce que tu es au centre de chacun d'eux. Damn, t'es magnifique, tout le temps.

Son émotion transparaît par l'utilisation de l'anglais, et par son accent qui ressort, alors qu'il parle tellement français maintenant que son accent disparaît. L'anglais et l'accent sont rares maintenant, ils annoncent toujours une émotion forte. Savoir que je lui provoque une émotion suffisante pour faire sortir cela me donne des papillons.

Mon courage déguerpit à la vitesse de la lumière, je me réfugie contre le torse réconfortant de Zaven. Il enroule les bras autour de mes épaules et enfonce son nez contre mon épaule. J'inspire son odeur. Oui, c'est certain. Tant que Zaven est à mes côtés, tout ira bien.

J'ai déjà été chez le psychologue de Joshua à plusieurs reprises. Je ne vois pas encore de vraie différence, mais je comprends peu à peu que je n'ai pas à culpabiliser pour mes cauchemars, car je n'y peux rien. Maintenant que l'accident de Zaven s'éloigne pour devenir un souvenir, mon sommeil s'améliore, et j'essaie différentes méthodes pour essayer de relativiser à propos de mes peurs la journée. Mon amoureux m'est d'un soutien immense, il m'encourage et fait tout ce qu'il peut pour m'aider.

Lui aussi, a vu le psychologue. Une seule fois, après l'une de mes séances, car le psychologue souhaitait lui parler. Il est ressorti les yeux rougis par les larmes mais un sourire soulagé sur le visage. Il m'a ensuite expliqué culpabiliser de ne pas pouvoir m'aider complètement, et être un peu perdu sur ce qu'il devait faire.

En rentrant chez nous, le soir-là, nous avons longuement parlé de tout cela. De mes cauchemars, de mon anxiété, de comment il se sentait, ce qu'il pouvait faire pour m'aider, sur ce qu'il devait faire pour ne pas s'en vouloir. Cela nous a fait énormément de bien, et je ne doute pas qu'avec le temps, tout ira vraiment mieux. Je fais tout mon possible pour cela, en tout cas.

Je pleure à chaque séance, et je pleure encore un peu dans les bras de Zaven après. J'ai trop gardé pour moi depuis trop longtemps. Le psychologue m'a expliqué que si tout ressortait depuis que je suis avec Zaven, c'est parce que je me sens enfin complètement bien et en confiance, donc mon inconscient laisse tout ressortir. Cela va s'arranger, maintenant que je comprends et que je peux expliquer à Zaven les raisons.

Notre nouvel appartement, je marmonne avec hésitation. C'est un peu un nouveau départ. Où j'irai mieux parce que je commence à me comprendre.

Je n'arrive pas à finir mon explication car les mots me manquent soudainement, mais mon amoureux termine mon paragraphe avant d'embrasser ma joue. Je souris, rassuré. Je vais aller mieux. 

Dernier acteOù les histoires vivent. Découvrez maintenant