Chapitre quatorze

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Dans les infiniment longs couloirs du château, il courait. Il craignait que ses jambes s'emmêlent tant il courait vite. S'enfuyant fuyant, fuyant ; oui, mais quoi ? Qu'est-ce qu'il fuyait après tout ?

Draco le savait. Il fuyait les mots. Il fuyait les regards. Il fuyait les autres. Il fuyait Potter. Il se fuyait lui-même.

Sa respiration était entrecoupée, ses battements cardiaques frénétiques. Les corridors, vides. Le silence, si imposant. Ce n'était même pas un vrai silence, car la légère rumeur des voix provenant des tableaux lui parvenait. Et il y avait le bruit de ses pas claquant sur le sol. Où allait-il comme ça ? Les muscles de ses cuisses étaient douloureux, et il lui semblait qu'il pesait de plus en plus lourd. Il s'arrêta enfin, complètement essoufflé. Et perdu.

Poudlard, on avait beau le répéter, était un château immense, et bien qu'il ait l'impression d'en connaître chaque recoin, ce n'était visiblement pas le cas.

L'endroit où il se trouvait ressemblait à une petite place, comme celles qu'on voit dans les villages. Une fontaine se tenait au milieu du sol dallé, et de l'eau, trop bleue pour être réelle, en jaillissait avec un joli son de cristal. Où était-il donc arrivé, bordel ? A l'exception de la fontaine, la pièce était vide. Il n'y avait rien.

Draco s'approcha lentement, prenant de grandes bouffées d'air pour récupérer de sa course folle. Le liquide était effectivement d'une couleur bien trop vive pour être naturelle. L'eau était, de toute évidence, ensorcelée. Ce pouvait très bien être totalement inoffensif, et le Serpentard avait la gorge sèche comme le désert, mais il ne s'y risqua pas. Une bonne gorgée le tentait comme l'aurait tenté un lit douillet, mais on n'était jamais trop prudent. Une fontaine isolée de tout, dans une pièce perdue, dans un château vieux de mille ans, construits par des sorciers. Ça ne lui inspirait que très peu confiance.

Il se contenta de s'asseoir, dos au petit édifice en marbre. Que d'émotions ! Encore une fois. Il se sentait bombardé en ce moment. Comment tenait-il le choc ? Mystère. On lui avait appris toute sa vie durant à se détacher de tout cela, de tous sentiments. Le mot « sentiment » s'apparentait à « faiblesse ». Il était un Malfoy ; il ne pouvait être faible, c'était contre-nature. C'était contre son sang, contre sa famille, contre tout ce qu'il était censé être, tout ce qu'il était supposé représenter aux yeux des autres.

Draco aurait donné sa baguette magique en l'échange d'une gourde d'eau fraîche et d'un canapé confortable, ou mieux un matelas, comme ceux qu'ils possédaient au manoir, qui s'adaptait à votre corps. Un plat, encore chaud et sortant du four, n'aurait pas été de refus non plus. S'il avait été un Moldu, il aurait peut-être ajouté « et m'affaler devant la télé », mais étant un sorcier, le concept de cette boîte étrange où les gens étaient enfermés le dérangeait toujours. Il avait bien compris que ce n'était pas réellement le cas, mais ça ne le rassurait pas pour autant. Ça dépassait l'entendement, ces personnes miniaturisées qui parlaient et s'actionnaient ainsi derrière un écran ! Les Moldus et leur technologie. C'était à n'y rien comprendre. La pire de leurs inventions étant, bien-sûr, le félétone. Non, se corrigea-t-il, le téléphone. Il avait déjà entendu Hermione Granger en parler avec Weasmoche et Potter.

Et sans y faire plus attention, toutes ses pensées se dirigèrent de nouveau vers ce brun à lunettes.

Des lunettes rondes, en plus. Peut-on seulement faire plus ringard ? Draco ne mentionnait même pas les habits qu'il l'avait déjà vu portés. Potter était peut-être l'Elu et tout ce qu'on voulait, il n'avait pas le moindre goût vestimentaire. Le blond se mit à sourire comme un débile en penser à la superficialité de ses réflexions. Il en était à critiquer les vêtements de son ennemi juré. Et à débattre intérieurement sur les inventions moldues.

Un jourOù les histoires vivent. Découvrez maintenant