Chapitre huit

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On l'avait trainé de force à Prés-au-Lard. Par « on », il entendait Alya et El. Les trois autres garçons avaient déjà une tenue de soirée, et/ou n'en avait complètement rien à faire. Lui, au contraire, n'irait pas à un bal habillé comme un elfe de maison. Il avait beau avoir moins fait attention à son apparence ces derniers-temps, ça ne voulait en aucun cas dire qu'il devait ressembler à un gobelin. N'est-ce pas ? Son ancien lui-même refaisait quelque peu surface, mais, c'était pour la bonne cause.

Alya, de toute manière, lui aurait lancé un sort en pleine figure s'il avait osé se montrer mal habillé en sa compagnie. La jeune brune tenait fortement à sa réputation. Etre accompagné de Draco Malfoy lui causait déjà de grandes attentions, et elle comptait bien que ça dure. Le blond savait d'expérience que rien n'était pire que de vouloir garder sa réputation intacte. Les gens vous font toujours défaut, c'était une question de principe.

Cela faisait donc deux bonnes heures qu'ils trainaient dans les rues, passant de boutique en boutique, sans qu'aucun d'eux ne trouve quelque chose qui leur plaisait. Trois difficiles. Draco, ayant toujours eu les moyens, s'était habillé dans des boutiques de haute couture, avec des vêtements sur mesure. Maintenant que sa famille était ruinée, le budget n'était plus vraiment le même. Une tenue à 50 Gallions, prix qui lui aurait alors paru dérisoire, ne lui semblait à présent même pas envisageable. Ça changeait les choses. Ses deux amies n'étaient pas riches, mais pas pauvres non plus. Alya était prête à mettre le prix qu'il fallait, aussi fort soit-il, même si pour cela elle devait être à court d'argent pour les dix prochaines années. El s'en fichait pas mal ; elle était là pour trouver quelque chose hors du commun, original, et de toutes les couleurs. Le reste lui importait peu. Elle avait décidé, que comme la plupart des gens seraient habillés avec « classe », elle ne le serait pas. Elle avait au départ hésité à venir avec une chemise et un jean, mais Alya l'en avait dissuadé. Draco était impatient de voir qu'est-ce qu'elle allait donc porter.

Bien qu'il n'apprécie pas les bals plus que ça, il savait que ce serait une belle soirée. Les gens danseraient, riraient, seraient heureux, et il ne voulait pas qu'El gâche cette nuit-là à se cacher. Il voulait qu'elle puisse aller trouver la fille de ses rêves et la faire danser aux yeux de tout le monde. Dans ce monde post-guerre, ce n'était pas une broutille comme deux filles qui s'aimaient qui allait déranger. Du moins, il ne croyait pas.

Ils étaient rentrés dans une boutique, qui semblait plutôt atypique d'après la vitrine, depuis maintenant une quinzaine de minutes. Lui s'était affalé dans un fauteuil posé non loin des cabines. Il était crevé de cette longue marche inutile dans les rues du village, et tout ça dans le seul et unique but de trouver une tenue. Il s'apprétait à fermer les yeux pour quelques secondes quand...

- Drayyy ! s'écria une voix suraiguë.

Il allait, dans un premier temps, devoir remédier à ce surnom dégoûtant. Dray ? Beurk. Ça lui donnait envie de vomir.

- Alya ? Ne m'appelle plus jamais comme ça, s'il-te-plait, dit-il posément.

Elle lui lança un regard bizarre avant d'acquiescer en silence.

- Comme tu voudras. Juste, regarde ce que j'ai trouvé.

Elle avait dans ses mains une longue et moulante robe bleu turquoise, assortie à ses yeux. Il attendit deux minutes tandis qu'elle l'essayait, puis quand elle sortit de la cabine, il dut admettre qu'elle était vraiment superbe.

- Tu es magnifique, fit-il doucement.

Un immense sourire se forma instantanément sur ses lèvres.

- Je sais.

Pendant qu'elle repartait derrière le rideau, Eléanor déboula devant lui. Avec, sur elle, la tenue la plus étrange jamais créée sur Terre.

- C'est la plus belle robe du monde ! s'exclama-t-elle avec enthousiasme, les yeux pétillants.

- Je... Mais, oui, bien-sûr... dit-il en souriant.

C'était un enchevêtrement de bouts de tissu de toutes les couleurs, dont certains luisaient, d'autre brillaient, ou encore changeait de motifs ; le bustier semblait fait de peinture, comme si quelqu'un avait pris plusieurs tubes de gouache différents et les avait vidés tous ensemble dessus. La ceinture était noire, parsemée de paillettes, qui représentaient peut-être des étoiles, tournant, et tournant sur elles-mêmes. La jupe était bouffante, mais en même temps, pas vraiment, quelques dentelles, par-ci par-là. Il n'y avait pas de manche, mais une traine, faite dans une matière transparente et très fluide. Draco ne pouvait pas dire que c'était la plus belle robe du monde, mais c'était, pour sûr, original. Et c'était 100% Eléanor.

- Je l'adore !

La jeune fille poussait des petits cris de joie et sautait sur elle-même depuis presque cinq minutes quand il aperçut une certaine personne rentrer dans la boutique. Et, à ce moment-là, il se dit que le destin lui en voulait franchement.

Potter. Encore. Bordel. Vraiment ? Qu'avait-il fait à Merlin pour qu'on s'acharne autant sur lui ? Il ne pouvait pas échapper à ces yeux verts dix secondes ?

Le Gryffondor était accompagné de Granger et Weasmoche – toujours moche celui-ci – et avait l'air un peu perdu. Jusqu'à ce que son regard croise celui de Malfoy, et change du tout au tout. Il frissonna. Ça devenait habituel. Il vit vaguement Alya revenir des cabines, avec sa robe bleue en main, et El qui avait cessé de sautiller à côté de lui.

Le golden trio s'était maintenant avancé dans la boutique, mais étrangement, Potter était toujours tourné vers lui. Draco avait envie de lui hurler d'arrêter, arrête, arrête de me regarder comme ça, putain ! mais il ne pouvait pas, parce qu'il n'avait pas envie que ça s'arrête, il n'avait pas envie que ces deux émeraudes soient fixées autre part que sur lui. Mais... qu'est-ce qu'il pensait comme connerie, encore ? N'importe quoi ! Bordel. Il divaguait. C'est qu'il devenait fou.

Il s'éclaircit la gorge, devenue sèche entre temps.

- C'est... C'est bon, les filles ? On y va maintenant ? murmura-t-il, sans s'en rendre compte, avec une certaine angoisse et peur dans la voix.

Il avait besoin de sortir de là ; être dans la même pièce que Potter le troublait trop, quelqu'en soit la raison. Et il n'aimait pas ça, mais alors pas, pas, pas du tout.

Il se releva du fauteuil dans lequel il s'était avachi précédemment, et se dirigea vers la porte de sortie. Il prit alors plusieurs grandes bouffées d'air glacé, pour se remettre les idées en place. Tandis qu'ils s'éloignaient de la boutique, il ne put s'empêcher de jeter un coup d'œil en arrière. Et, à travers la vitrine, à travers les rangées de vêtements, il vit Potter, qui le regardait toujours, et ne semblait pas décidé à le lâcher des yeux.

Les filles, bien que ne faisant aucune remarque, n'étaient pas dupes. Draco craignait que tôt ou tard, on ne lui parle de l'étrange attitude qu'il avait envers Potty, et vice versa. Normalement, ce qu'il avait fait pendant la bataille de Poudlard aurait dû suffire comme bonne raison, mais tout le monde adorait jacasser et raconter de nouvelles rumeurs. Personne n'aimait ressasser les histoires tristes et horribles qui s'étaient passées pendant la guerre.

Le monde entier pouvait peut-être faire comme si rien ne s'était passé, mais ce n'était pas vrai. Ils pouvaient peut-être oublier ses actes. Mais lui, il n'oublierait pas. Il n'oublierait jamais. Ni son visage, ni ses yeux, ni ses derniers mots. Ça le hanterait, jusqu'à la fin de ses jours.

A jamais.

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je m'excuse encooore pour ce retard de fou, mais j'ai eu pas mal de chamboulements dans ma vie dernièrement donc bon j'espère que vous me pardonnerez.

ce chapitre n'est pas mon préféré, c'est sûr.

un grand merci à vous, pour vos votes, vos commentaires, et surtout votre lecture! merci merci merci

Un jourOù les histoires vivent. Découvrez maintenant