Chapitre vingt-quatre

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Ses paupières étaient lourdes comme du plomb. Les muscles de son dos lui faisaient mal. Il ouvrit les yeux – enfin, il essaya. Lors de la première tentative, il les referma aussitôt tant la lumière l'aveuglait. Il recommença, prenant cette fois-ci des précautions en y allant très lentement. Il était assis – avachi – sur une chaise de bois. En face de lui, un grand bureau de chêne ancien. Draco se redressa, et prit conscience de là où il se trouvait. Cette pièce était le bureau de Dumbledore, tout du moins avant sa mort. Depuis, c'était donc l'antre de la directrice. Il n'y était venu que rarement, mais assez pour remarquer que peu de choses avaient changé. Des centaines de livres de magie poussiéreux encombraient des étagères, les tableaux des anciens directeurs et directrices étaient toujours accrochés sur les murs. Par contre, les objets magiques bizarres que le vieux sorcier entassaient dans tous les coins de la pièce avaient disparu. Draco jeta un coup d'œil angoissé à la peinture représentant l'ancien directeur – ce dernier semblait en pleine conversation avec le tableau à sa droite, ne prêtant aucune attention au Malfoy qui était seul dans son bureau. Mais le Serpentard ne s'y trompait pas, Dumbledore avait été quelqu'un qui ne laissait que rarement les choses lui échapper – il le savait de source sûre. Les souvenirs de sa sixième année au château – horrible – lui revenaient, mais il s'efforça de les repousser, d'autant plus qu'il entendait à présent des bruits venant de la porte. Des bruits de pas. Sa gorge se serra. Dans quel pétrin s'était-il encore fourré ?

Minerva McGonagall entra, ou plutôt déboula comme une furie. Elle le fusilla du regard tout en allant s'asseoir sur son fauteuil, de l'autre côté du meuble en bois. Son chignon était serré comme si elle s'était efforcée de capturer toutes les potentielles mèches rebelles, son chapeau de sorcière était impeccablement positionné. Néanmoins, son visage traduisait une lassitude propre à des années de travail intensif, la responsabilité d'être en charge d'une des écoles de sorcellerie les plus prisées, le poids d'un combat acharné contre les Forces des Ténèbres. Cette année était censée apporter un peu de tranquillité et de nouveauté dans sa vie, et cet après-midi avait sonné la fin du calme et le retour à des ennuis plus importants qu'un désaccord entre deux elfes de maison, des élèves qui s'envoyaient des Bombabouses, ou des chouettes qui déféquaient sur les fenêtres.

- Malfoy, débuta-t-elle d'un ton qui ne pouvait être plus autoritaire. Avez-vous une explication à me fournir ?

Draco fronça les sourcils durant une micro-seconde, ce qu'elle parut tout de même remarquer.

- Que faisiez-vous au beau milieu du terrain de Quidditich, alors que Potter tombait de son balai ?

L'idée que l'on puisse supposer qu'il y était pour quelque chose, qu'il était coupable de cet événement qu'il ne parvenait pas à s'expliquer, le frappa en pleine figure comme une claque.

- Vous pensez que..

- Je ne pense rien pour l'instant, je pose des questions, coupa-t-elle, sèchement.

Il poussa un soupir profond, se passa les mains dans les cheveux.

- Professeure, je peux vous assurer que je n'y suis pour rien. Je n'ai pas essayé de tuer Potter.

Celle-ci le fixait avec un air de marbre qui ne laissait rien transparaître. Le blond avait le souffle court. Il savait qu'il était difficile de le croire – il avait un certain passif qui n'était pas aisé à oublier.

- Malfoy, reprit-elle, pourriez-vous, de ce fait, me dire pourquoi vous vous êtes retrouvé sur le terrain, alors que l'ensemble des élèves ainsi que du corps enseignant semble avoir été... figé sur place ?

Il hésitait. Devait-il tout révéler ? Allait-on seulement faire confiance à sa parole ? Se mettait-il en danger s'il expliquait précisément ce dont il venait d'être témoin ? Allait-on le considérer, quoi qu'il fasse, comme un suspect, un ennemi, un possible danger ? Puis, il se dit qu'il avait assez menti. Il avait assez dissimulé. Et à quoi bon ? Qu'est-ce que cela lui rapporterait de ne pas dire la vérité ? De plus, cela pouvait contribuer à aider Potter. Sa tête lui faisait terriblement mal, ses yeux le brûlaient. Il en avait marre de se battre.

Un jourOù les histoires vivent. Découvrez maintenant