Potter était incapable de faire une entrée discrète. Il était revenu de Ste Mangouste accompagné d'une escouade de sorciers et sorcières à l'air hautain, et même de quelques personnes travaillant au Ministère de la Magie, vêtues de robes de velours très élégantes, et probablement très coûteuses. Le jeune homme en question avait une assez bonne mine, compte tenu de sa rencontre précipitée avec le sol une semaine auparavant – les soins des guérisseurs et guérisseuses avaient été tout bonnement miraculeux, si os cassés, hématomes, traumatisme crânien il y avait eus, il n'en restait plus rien.
La scène était presque spectaculaire : un comité d'accueil constitué des professeurs, une foule en liesse d'élèves, un orchestre qui jouait des rythmes entraînants, des feux d'artifices, bref, la totale. Draco avait observé tout cela de loin, se sentant très mal à l'aise au milieu de toute cette mascarade dont il discernait peu l'utilité. La directrice elle-même ne donnait pas l'impression d'apprécier particulièrement cette fanfare qui mettait le souk dans son école – le nez plissé, les lèvres serrées, elle foudroyait du regard les musiciens qui entamaient pour la cinquième fois d'affilée la même chanson entêtante. El et Luna s'étaient mêlées au public, mais lui avait choisi de rester à l'arrière, assis sur un muret qui surplombait le tout. Il avait souri vaguement en voyant tout ce qui avait été mis en place pour l'occasion, comme si c'était la fête nationale du pays. C'était le simple retour d'un garçon blessé, qui était certes le héros de ces temps, mais tout de même... Le Gryffondor allait encore prendre la grosse tête. Toutefois, cela n'était pas entièrement vrai ; depuis son perchoir, le Serpentard avait pu entrevoir la figure du brun à cicatrice, qui ne semblait pas non plus déborder d'enthousiasme face à ces centaines de gens qui l'attendaient et lui hurlaient dessus. Il avait vite été rejoint par Hermione Granger et Ron Weasley, puis totalement happé dans la masse.
Draco s'était éloigné. Il était parti, les mains dans les poches de son pantalon, les yeux perdus dans le vague.
Après la conversation nocturne avec El, après ses élucubrations multiples et vaines, il se sentait vidé de toute force. Ils avaient eu beau en plaisanter, il n'avait pas envie de mener ce combat, en fait. Il n'avait pas envie de voir de plus près son visage, de croiser son regard scintillant, pas envie de déceler une quelconque once de rancœur ou de colère en lui, pas envie de voir que tous ces films inconscients qu'il s'imaginait sans pouvoir sans empêcher n'étaient véritablement que de la fumée. On pourrait faire la paix. Il avait beau avoir retourné ce mot dans tous les sens, il ne savait pas bien ce que cela voulait dire, faire la paix. Se mettre tout à coup à trainer ensemble ? Après sept ans de coups foireux ? Se dire bonjour ? Se parler, sans se sauter à la gorge ? Etre amis ? Tout cela semblait, une fois de plus, relever de l'impossible. Potter était trop bien pour lui. Ils ne pouvaient être aussi semblables.
Draco n'était rien.
A l'extérieur, le temps était pourri depuis plusieurs jours : des nuages gris s'amoncelaient dans le ciel, il pleuvait déjà depuis plusieurs heures, et on prévoyait un probable orage.
Sans prendre de veste, ni prévenir personne, Draco sortit.
Il fut trempé en moins de dix minutes. Il ne s'en aperçu même pas. Il se mit à errer, sans savoir où il allait. Son cœur était rempli de brume. Il n'arrivait pas à se dépêtrer de ce qu'il savait, à présent, être de l'amour, cet amour insensé qu'il portait à un héros, un mec bien, aimé de tous et toutes, alors que lui n'était qu'une lamentable raclure. Et depuis combien de temps ? Il n'arrivait même pas à le déterminer. Il ne se rappelait pas comment cela faisait de ne pas penser à Potter. Comment était-ce, de le voir comme n'importe quel autre individu, comme un simple mec brun aux cheveux tordus dans tous les sens, aux yeux d'une couleur verte sans égale, un jeune homme qui rayonnait comme un putain de soleil parmi les autres ? Oui, clairement, il n'arrivait pas à savoir. Tous ses souvenirs étaient marqués par lui. Il n'y avait que les plus sombres où il n'y était pas, et malgré tout, même dans ces moments de terreur, songer à Potter était salvateur. Il avait songé au Gryffondor tant de fois l'année précédente, lorsqu'il essayait en vain de trouver le sommeil, ou alors de s'empêcher de dormir, justement, pour ne pas être confronté à ses cauchemars incessants. Il songeait au garçon qu'il avait aperçu la première fois sur le Chemin de Traverse, avec qui il avait parlé, sans même savoir qui il était. Sans même savoir qu'il était celui dont il entendait le nom depuis sa plus tendre enfance. Lucius avait toujours ressassé sa fureur devant eux. Quel con.
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Un jour
FanfictionDraco doit retourner à Poudlard pour faire une huitième année. Sera-t-il assez fort pour affronter le regard des survivants ? Réussira-t-il à enfin faire ses propres choix ? Mais surtout, pourra-t-il enfin découvrir qui il est réellement ? Les tén...
