[TW mention de mort/suicide]
Je crois que la mort de Hémon a détruit Antigone. Elle m'a laissé trois semaines pour faire mon deuil, trois semaines où elle s'est efforcée de sourire et de me distraire. Puis elle s'est refermée sur elle-même comme elle savait le faire, mais avec une violence décuplée, une tristesse décuplée, une morbidité décuplée. Elle me disait qu'elle voulait mourir sans plus filtrer ce désir. Il me parvenait brut et funèbre. J'aurais préféré qu'elle se taise, qu'elle ne m'adresse plus un seul mot, plutôt qu'elle me confie cela. Cela me terrorisait. C'est la mort de son frère qui l'a achevée. Avant elle ne me parlait pas de mourir. Elle ne me parlait pas. Quand Hémon n'a plus été là pour l'écouter, elle est venue. Elle descendait chaque soir au salon pour chuchoter d'une voix d'outre-tombe qu'elle allait se suicider. Puis elle s'est calmée. Au fil des mois, elle a appris comme moi à vivre avec ce creux monstrueux dans le ventre. J'ai cru qu'elle allait mourir en août ou en septembre. Je suis allée la voir un soir, un peu après la rentrée. Le silence m'inquiétait. J'ai frappé à la porte de sa chambre. Antigone s'est exclamée :
« Quoi ? »
J'ai choisi de le prendre comme une invitation à entrer, et j'ai enfoncé la poignée. Antigone était étendue sur son lit, elle écrivait. Elle a aussitôt refermé le carnet qu'elle tenait appuyé contre ses cuisses à mon arrivée. Avec des yeux brûlés, elle m'a fusillée du regard. J'ai soupiré avant de me lancer :
« Antigone, tu sais, si tu as envie de mourir, il faut m'en parler. Je ne peux peut-être pas t'aider, mais il y a d'autres gens qui pourraient essayer. »
Elle m'a dévisagée un long moment. Face à face nous restions immobiles, c'est elle qui me tenait dans ses mains, elle qui contrôlait cet insoutenable mutisme. Quand elle a ouvert la bouche ç'a été un soulagement, qui s'est désintégré quand elle a déclaré très posément :
« Mais maman, je suis déjà morte. »
Vivement j'ai secoué la tête pour le refuser. Ça l'a mise en colère.
« Si. Si, tu ne veux simplement pas le voir. Ça fait des années que tu es aveugle de toutes manières, aujourd'hui je suis morte et me dire non ne suffira pas à me ressusciter. Le refuser sera inutile. »
Elle avait une voix implacable, que j'étais néanmoins capable de prendre aussi. J'ai déclaré avec force :
« Tu n'es pas morte dans cette voiture Antigone. »
Elle a haussé les épaules en détournant les yeux.
« Peut-être. Mais j'aurais dû. »
Cette réponse nous a ramenées toutes deux à des heures plus sombres. Antigone a brisé le silence de la pièce entière en se laissant tomber en arrière sur son matelas, avec un soupir spectral.
« Je ne peux pas être en vie, reprend-elle en fixant le plafond. J'ai tellement mal, je suis forcément morte. »
Elle secouait imperceptiblement la tête de droite à gauche. À défaut de la serrer dans mes bras je voulais me rapprocher d'elle, mais je savais qu'elle ne me l'autoriserait pas.
« Pourtant tu es vivante (et comme je la sentais plus faible et plus réceptive j'ai ajouté :) ma chérie. »
L'immobilité l'a regagnée. J'osais espérer que c'était grâce à mes derniers mots.
« Je ne suis pas en vie maman. Je suis en enfer. »
Je ne sais pas quelle force surnaturelle me maintenait debout. Je voulais pleurer. Elle était en train de nier son existence, de nier le fait que je lui avais donné naissance.
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Boygirl
Mystery / ThrillerBoygirl s'est suicidée en se jetant dans la Seine. Tout le monde savait qui elle était, mais personne ne la connaissait vraiment. Un ancien camarade de classe, sa petite amie, et sa mère, vont s'unir pour tenter de percer les mystères qui l'entourai...
