[TW deuil] [TW mention de mort/suicide]
Antigone est debout révoltée dans un coin du salon. Je suis assise dans le canapé. Hémon est dans sa chambre certainement, et pour la dernière fois. Il va mourir demain, mais nous ne sommes pas encore demain. Cette ultime soirée que je pourrais partager avec mon fils, je la passe à hurler contre ma fille et à l'écouter hurler en retour.
« J'ai simplement dit qu'il y avait beaucoup de choses que tu n'avais pas vécues et qui allaient te rendre heureuse. Je n'ai pas à m'excuser d'avoir dit ça ! »
Elle croise les bras sur sa poitrine, les yeux en feu.
« Je te demande quand même de le faire. Tu as tort. Admets-le, au moins. »
Je secoue négativement la tête, ne voulant pour une fois pas ployer.
« Je n'ai pas tort Antigone. Enfin, réfléchis ! Tu n'as que quinze ans. Tu n'as que quinze ans, il te reste tant de choses à faire. »
Elle rétorque avec une sorte de découragement amer :
« Non. Je ne veux rien faire. Je ne veux pas voyager. Je ne veux pas me marier. Je ne veux pas en faire plus. C'est terminé. »
Je réfléchis un instant à un argument à lui opposer qui ne la froissera pas trop. Je m'enquiers :
« Tu ne veux pas avoir d'enfant par exemple ? »
S'imaginer mère ne semble pas lui plaire, puisqu'elle réplique avec rancœur :
« Ça n'a pas l'air d'être si agréable, quand on nous voit. »
Je digère l'attaque piquante. Je reprends plus tard :
« Tu dois bien avoir certains buts ? »
Elle acquiesce brutalement.
« Mettre fin à mes jours. » déclare-t-elle avec un mélange atroce d'ironie et de certitude.
Je refuse de la prendre au sérieux.
« Ne sois pas ridicule. »
Je me rapproche un peu d'elle pour parler moins fort, pour faire de cette dispute une conversation plus intime.
« Et puis, je ne sais peut-être pas tout parce que je suis ta mère, mais l'amour ? C'est quelque chose qui mérite d'être vécu. Je te le jure. »
J'essaie de lui sourire. Je voudrais qu'elle me fasse confiance, qu'elle me croie, qu'elle réalise qu'elle a devant elle une vie brillante. (et quelle vie elle a eue)
« C'est pour ça que tu es seule aujourd'hui ? »
Je laisse planer un silence lourd de son insolence. Je reprends aussi calmement que possible après cette longue minute :
« Personne dans cette famille ne sera seul. Nous sommes là pour toi. Hémon et moi nous t'aimons. »
Son visage se décompose un instant, puis reprend son expression acérée.
« C'est faux. »
Antigone reste un instant à secouer la tête de gauche à droite comme pour marquer son refus.
« C'est faux, et tu le sais. Tu as tous les indices sous les yeux, toutes les preuves même. Tu ne vois rien pourtant. Tu restes aveugle. J'en viens à croire que c'est délibéré. Tu ne m'aimes pas. » affirme-t-elle.
Elle ne doute pas une seule seconde de ce qu'elle vient de m'asséner. Je proteste aussitôt, dans une supplication maternelle :
« Je t'aime Antigone. Je te le montre de toutes les manières possibles, mais tu les interprètes mal. »
VOUS LISEZ
Boygirl
Mystery / ThrillerBoygirl s'est suicidée en se jetant dans la Seine. Tout le monde savait qui elle était, mais personne ne la connaissait vraiment. Un ancien camarade de classe, sa petite amie, et sa mère, vont s'unir pour tenter de percer les mystères qui l'entourai...
