[TW envies suicidaires]
1er octobre
J'ai peu d'espoir. Sa mort remonte à deux mois maintenant, mais Hémon est encore affreusement présent. Je me dis qu'il faut que je patiente, que l'accident, que tout, va bien finir par s'effacer. J'oublierai un jour, j'aurai moins mal un jour, mais pour l'instant je ne perçois aucun changement. Je ne sais pas quoi faire de plus qu'arrêter la boxe, j'ai tout essayé. J'ai l'impression que ça ne finira jamais.
Peut-être que si j'ai et avais autant envie de mourir, c'est seulement parce que je suis moi. Peut-être que c'est de ma faute. Peut-être qu'il vaut mieux que je ne vive pas. Je souffre trop pour des choses ridicules, des choses aussi absurdes que la mort d'un frère.
Ma mère a demandé encore si la tombe de Hémon était fleurie de roses, et j'ai répondu oui avec l'envie de saccager des cimetières.
J'aime bien l'idée des hématomes qui font le lien entre les blessures visibles et invisibles, qui peuvent être et l'une et l'autre. Peut-être le bleu est-il la douleur ultime. Les ecchymoses c'est ce qui nous fait le plus souffrir. Elles se reflètent ou non dans le miroir. Si je levais ce carnet pour le montrer à la glace, je crois qu'elle le renverrait. Il apparaîtrait dans le reflet, parce que ce journal est faux. Je suis terriblement fausse. Je boxais à en brûler ma chair, et je ne fais qu'écrire. Je ne fais qu'écrire des mensonges, des vérités dissimulées parce que j'ai peur. Je ne peux rien dire. Tous les hématomes qui ont fleuri sur mes lèvres les ferment. Je ne me suis jamais confiée à quelqu'un ou à quelque chose. Je frappais, c'était plus facile.
Hémon et moi passions beaucoup de temps ensemble. Il me déposait au collège avant de se rendre lui au lycée. Le soir il revenait me chercher. À la maison on se parlait un peu avant d'aller travailler chacun de notre côté, ou bien nous faisions nos devoirs côte à côte. Au dîner je me taisais mais il m'incluait parfois dans la conversation. Chaque semaine le cours de boxe nous rassemblait, trajet aller-retour
(jusqu'à un certain jour)
. Hémon et moi passions beaucoup de temps ensemble et ça laisse forcément un vide. C'est un vide qui aurait été là de toute manière, puisqu'il serait parti faire ses études ailleurs. Il avait envisagé son absence, il m'avait dit : « Je reviendrai Antigone, ne t'inquiète pas. Je reviendrai aux vacances. Et puis tu me rendras visite dans mon appartement. Ça ira. » Il avait tout prévu mais pas son décès. Il ne peut pas revenir à la maison pendant les vacances.
Un soir nous en avions parlé, en juillet, quelques semaines avant sa mort. D'habitude je restais dans ma chambre, mais la canicule m'en avait fait sortir. J'étais descendue dans la cuisine pour boire parce qu'il faisait extrêmement chaud. Il était assis seul à la table, un peu abattu par la moiteur peut-être. Il a levé sur moi son regard perçant. Un sourire s'est tracé sur son visage. Il m'a désigné la chaise en face de lui.
« Assieds-toi. »
J'ai d'abord refusé en secouant la tête.
« Je suis vraiment fatiguée, je voulais dormir. »
Il a insisté alors j'ai accepté. Je me suis installée et ai bu mon verre d'eau d'une seule gorgée. Il a soupiré, puis s'est lancé :
« J'ai été pris dans l'université que je voulais. Ça veut dire que l'année prochaine, si j'ai mon baccalauréat, je ne serai plus là. »
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Boygirl
Mystery / ThrillerBoygirl s'est suicidée en se jetant dans la Seine. Tout le monde savait qui elle était, mais personne ne la connaissait vraiment. Un ancien camarade de classe, sa petite amie, et sa mère, vont s'unir pour tenter de percer les mystères qui l'entourai...
