Partie de Hémon - Chapitre 4

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14 février


Je vais raconter au présent, des choses laides ont été embellies aujourd'hui.

Après avoir dormi avec Claire, je me lève et dans le carreau de la fenêtre surprends mon reflet. Un instant étonnée parce que depuis hier, depuis les vestiaires, je croyais qu'il m'avait abandonnée. Je finis par sourire. Face à face nous nous dévisageons. Je retrouve Antigone, je retrouve le garçon et je retrouve la fille. La crise d'angoisse d'hier semble bien loin alors qu'une fenêtre m'offre mon reflet au hasard d'un angle. C'est comme une excuse qu'il me fait. Ça m'apaise. Dans les vestiaires peut-être est-ce trop dur, mais ici, chez Claire, les miroirs sont à nouveau un refuge. Du bout des doigts j'effleure le verre pour m'en convaincre. J'ai peur que Hémon s'invite dans la chambre comme il en a l'habitude. Je m'assois à demi dans le lit et surveille la pièce. Je protège Claire. J'espère au réveil, et ça faisait longtemps que ça ne m'était pas arrivé. Peut-être chaque terrible crise est-elle suivie d'un moment de calme et de vide. Si je dois parvenir à trouver comment apaiser mes douleurs, ça sera aujourd'hui. C'est un joli jour pour réapprendre.

Claire s'éveille paisiblement. La lumière du soleil se répand sur son sourire alors qu'elle s'étire. Elle se met debout en me prenant les mains et revêt sa chemise de nuit qui traînait sur le sol. Sa large silhouette se découpe à contre-jour sur l'aurore mourante.

« Et toi tu ne t'habilles pas Antigone ? Il vaudrait mieux que tu t'habilles. Ça serait moins vulgaire et ridicule. »

Je sursaute en entendant la voix de Hémon glisser dans mon dos. Je m'empresse d'obéir. Claire attrape à nouveau mes doigts et nous nous rendons dans la cuisine. Elle prépare le café et je sors deux tasses fleuries. Le bouquet que je lui ai offert il y a moins d'un mois trône à côté de l'évier. Les roses sont toutes fanées mais toutes belles encore. Elles n'exhalent plus le parfum préféré de Claire et je songe à lui offrir un bouquet plus frais, mais la manière dont elle effleure les pétales secs et ternis me fait penser qu'elle aime ces fleurs mortes. Elle place le vase au centre de la table quand ses parents ne sont pas là, me confie-t-elle en le saisissant. Une joie frêle me fait sourire. Cependant Hémon entre dans la cuisine comme si lui aussi venait de se réveiller. D'un geste ample il balaie le vase qui s'écrase au sol. Je pousse un cri soudain que seul lui entend. Il m'accorde un regard cruel.

« Elles étaient terriblement laides, ces roses, de toute manière. »

Je me précipite auprès des fleurs. Je m'agenouille dans l'eau sale qui se répand sur le carrelage, dans les débris de verre, dans les pétales arrachés. Mes mains tremblent tant que j'ai des difficultés à saisir une rose encore intacte et à la serrer contre mon cœur. Je me tourne vers Hémon avec un spasme de rage :

« Pourquoi est-ce que tu fais ça ? Pourquoi est-ce que tu me fais ça ? »

C'est certainement la question que j'ai toujours voulu lui poser. Il se contente de sourire. Il avance la main vers la fleur que je tiens encore et me la subtilise. Lentement sous mes yeux horrifiés et mon corps impuissant, il en arrache un à un les pétales. Ils volettent pour atterrir au sol avec une tristesse gracile. Une fois la rose assassinée, il brise la tige en deux et me la rend. Je suis en larmes et il passe une main grossière sur mes joues pour essuyer mes pleurs.

« Ce n'est qu'une rose. »

Il se rend alors à la fenêtre et observe le paysage, immobile. Je suis à bout de souffle. Claire ne s'est pas aperçue de la présence de Hémon et les voir tous deux dans cette cuisine me terrifie. Je marche vers elle et glisse mes mains autour de sa taille pour me convaincre qu'il n'y a qu'elle. J'ai peur malgré tous mes espoirs au réveil. Une fois le café près, je le verse dans nos deux tasses et en tends une à Claire. Nous nous asseyons pour manger et boire et profiter de ce temps qui paraît éternel alors que le soleil refuse de se lever complètement. Au centre de la table grésillent les roses fanées.
Hémon attrape une pomme dans la corbeille de fruits et en croque un morceau. Il pose une main sur mon épaule avant d'à nouveau s'éloigner à la fenêtre. Son insupportable présence transperce mes os. Mon cœur ne fait que frémir. Il n'est plus parcouru que d'un long et éprouvant battement. Claire me demande si j'ai bien dormi. Sa voix se mêle à celle de Hémon qui s'amuse à l'imiter :

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