[TW mention de mort/suicide]
3 septembre
Ça fait un mois que j'aurais dû mourir. C'est la rentrée aussi. Je commence à écrire ce journal parce qu'au lycée il y a une fille qui était belle et qui m'a souri. Ça m'a étonnée. J'ai été insultée. Ça ne m'a rien fait. On m'a appelée Antigone, et « toi ». J'aime bien « toi », c'est très neutre. Toi, c'est plus moi qu'Antigone.
4 septembre
J'ai arrêté la boxe définitivement, c'est aussi pour cette raison que j'ai commencé à écrire ici, il me faut un endroit où me déverser. Ça devrait être une libération mais ça n'est qu'un vide.
Ça devrait être une libération. Mais ça n'est qu'un vide.
Ma mère s'est étonnée de ce choix. Ça n'est pas un choix. C'est une nécessité. Si je n'ai pas arrêté quand on me l'a proposé, ou bien il y a un mois, si je me suis infligée cette période, c'est parce que j'ai osé espérer. Ça faisait longtemps que je ne me l'étais pas autorisé, pour la boxe je me suis laissée aller. J'ai cru que ça irait mieux. J'ai cru que ça pourrait s'arranger, comme si y croire suffirait. Ça ne devait pas être si douloureux, ça l'a été, j'ai dû arrêter, tant pis.
Ma mère s'est étonnée de ce choix. Je l'ai déjà dit peut-être. Je n'aime pas beaucoup ma mère.
Je ne sais pas comment écrire ce journal. Je ne sais pas comment me parler. Je ne sais pas. J'ai l'impression de me regarder dans un miroir et de me fixer et de me dire : « Antigone, pourquoi ne me brises-tu pas ? » Antigone pourquoi tu n'écris pas comme il faut. Je ne m'aime pas beaucoup non plus.
Il faut que j'arrête d'écrire pour ce soir, parce que ça me fait penser à
(des choses très mauvaises)
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5 septembre
J'ai revu la fille et elle m'a encore souri et ça m'a encore surprise. L'idée qu'on se croise du regard et qu'on ne baisse pas les yeux ensuite comme d'habitude, qu'on se suive, qu'on tourne la tête à s'en briser la nuque pour ne pas briser le lien, me séduit. D'habitude on ne soutient pas le regard d'une inconnue, on baisse tout de suite les yeux. Je ne l'ai pas fait parce que je pensais qu'elle était magnifique, et parce qu'elle me souriait sans nervosité, comme si alors que je la contemplais elle m'admirait en retour. Je ne sais pas si elle m'a trouvée aussi jolie que je l'ai trouvée belle.
6 septembre
J'ai coupé mes cheveux aujourd'hui. Ils sont très ras, quand je passe la main sur mon crâne c'est un peu rêche. J'aime bien. Ma mère n'a fait aucun commentaire. Je voulais changer de coiffure depuis longtemps parce que je détestais avoir les cheveux longs. Je me sens plus libre et moins désaccordée.
7 septembre
Boygirl. Ils ne savent pas la pertinence du surnom dont ils m'ont affublée. Il a fusé ce matin, pour la première fois. On ne m'avait jamais appelée comme ça avant. Boygirl. J'aime bien. C'était moqueur dans leurs bouches d'ignorants, mais qu'importe. Ce nom va rester parce qu'ils en sont fiers, autant que je l'apprécie. Boygirl. Mon androgynie les dérange autant qu'elle me plaît. Mon corps les dérange autant qu'il me répugne.
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Boygirl
Misteri / ThrillerBoygirl s'est suicidée en se jetant dans la Seine. Tout le monde savait qui elle était, mais personne ne la connaissait vraiment. Un ancien camarade de classe, sa petite amie, et sa mère, vont s'unir pour tenter de percer les mystères qui l'entourai...
