[TW cadavre]
« Antigone et Claire au fond de l'océan dans deux jolis cercueils côte à côte fleuris de coraux roses et blancs ; est-ce que c'est plus agréable qu'Antigone et son frère dans un cimetière hideux dans deux pauvres cercueils côte à côte fleuris de roses roses et blanches par une idiote appelée Claire. »
Je suis allongée sur mon lit. Je tourne parfois la tête pour regarder par la fenêtre. Un soleil lourd s'y traîne lentement. Les ombres imperceptiblement tournent avec lui. Antigone parfois s'adosse à mon bureau mais je n'ai qu'à cligner des yeux pour qu'elle disparaisse.
Mon téléphone se met à sonner dans le silence stagnant. J'avance une main fatiguée vers lui et décroche. Je le porte à mon oreille et attends que la personne qui m'appelle se mette à parler.
« Claire ? Tu vas bien ? Ça fait plusieurs jours qu'on ne s'est pas vus, je me demandais, qu'est-ce qu'on fait à propos de la clé ? »
La voix timide et pourtant déterminée d'Isidore crépite. Je soupire assez fort pour qu'il m'entende. Je me redresse et m'assois sur le bord de mon lit.
« Je ne sais pas. »
Mes draps se froissent sous mes cuisses.
« Le baccalauréat, c'est terminé ? » me demande l'adolescent sans savoir s'il doit aborder le sujet.
Je confirme vaguement.
« Est-ce que tu as encore la force de chercher ? »
Je secoue la tête. Les larmes me montent aux yeux. Je regarde la lumière se déposer sur le sol. La réalité ne se déforme pas sous cette chaleur morbide.
« Je ne sais pas. Et toi ? »
Je le sens résolu à l'autre bout du fil.
« Oui. J'ai besoin de savoir pourquoi elle m'a mêlé à tout ça. »
C'est compréhensible. Je me le demande aussi. Le fait qu'Antigone ait mis Isidore à égalité avec moi – pas de lettre d'adieu, mais une simple énigme, pour tous les deux – me pose question (me blesse aussi, terriblement, comment ose-t-elle me signifier ainsi que ce qui s'est passé entre nous ne voulait rien dire).
« Tu n'es vraiment pas lié à elle, d'une quelconque manière ? » l'interrogé-je pour le faire parler.
J'ai besoin de me distraire peut-être. Il hésite un peu, commence une phrase sans la terminer, puis parvient à me dire :
« Non. Enfin, juste, je l'admirais. Je voulais vraiment lui parler et je n'y arrivais jamais. C'est triste que je n'ai trouvé le courage de le faire que devant sa tombe. »
Je suis certaine qu'il sourit un peu tristement, à la manière de Boygirl quand elle me disait qu'elle n'était pas éternelle, pas nécessaire, deux semaines avant sa mort. La lumière est-elle aussi pesante chez lui que dans ma chambre ? Au cimetière que dans ma chambre ?
« Je la voyais se faire frapper et tout le temps je me disais qu'un jour j'interviendrais. J'ai dû croiser son regard quelques fois mais jamais longtemps. »
Il était tellement anodin dans la vie d'Antigone et elle le lie à moi. Après tout, elle m'a à peine moins parlé de lui que de son frère.
« Je prends son petit jeu comme une manière de me racheter. T'aider à trouver le mot qu'elle t'a laissé – parce qu'elle t'a laissé un mot, Claire, c'est sûr, dans son journal – ça me débarrasse de beaucoup de culpabilité. Adel aussi d'ailleurs. C'est peut-être pour ça qu'elle a préparé tout ça. Pour nous pardonner dans la mort. »
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Boygirl
Mistério / SuspenseBoygirl s'est suicidée en se jetant dans la Seine. Tout le monde savait qui elle était, mais personne ne la connaissait vraiment. Un ancien camarade de classe, sa petite amie, et sa mère, vont s'unir pour tenter de percer les mystères qui l'entourai...
