Partie de Claire - Chapitre 12

64 6 4
                                        

[TW cadavre]



« Antigone et Claire au fond de l'océan dans deux jolis cercueils côte à côte fleuris de coraux roses et blancs ; est-ce que c'est plus agréable qu'Antigone et son frère dans un cimetière hideux dans deux pauvres cercueils côte à côte fleuris de roses roses et blanches par une idiote appelée Claire. »


Je suis allongée sur mon lit. Je tourne parfois la tête pour regarder par la fenêtre. Un soleil lourd s'y traîne lentement. Les ombres imperceptiblement tournent avec lui. Antigone parfois s'adosse à mon bureau mais je n'ai qu'à cligner des yeux pour qu'elle disparaisse.

Mon téléphone se met à sonner dans le silence stagnant. J'avance une main fatiguée vers lui et décroche. Je le porte à mon oreille et attends que la personne qui m'appelle se mette à parler.

« Claire ? Tu vas bien ? Ça fait plusieurs jours qu'on ne s'est pas vus, je me demandais, qu'est-ce qu'on fait à propos de la clé ? »

La voix timide et pourtant déterminée d'Isidore crépite. Je soupire assez fort pour qu'il m'entende. Je me redresse et m'assois sur le bord de mon lit.

« Je ne sais pas. »

Mes draps se froissent sous mes cuisses.

« Le baccalauréat, c'est terminé ? » me demande l'adolescent sans savoir s'il doit aborder le sujet.

Je confirme vaguement.

« Est-ce que tu as encore la force de chercher ? »

Je secoue la tête. Les larmes me montent aux yeux. Je regarde la lumière se déposer sur le sol. La réalité ne se déforme pas sous cette chaleur morbide.

« Je ne sais pas. Et toi ? »

Je le sens résolu à l'autre bout du fil.

« Oui. J'ai besoin de savoir pourquoi elle m'a mêlé à tout ça. »

C'est compréhensible. Je me le demande aussi. Le fait qu'Antigone ait mis Isidore à égalité avec moi – pas de lettre d'adieu, mais une simple énigme, pour tous les deux – me pose question (me blesse aussi, terriblement, comment ose-t-elle me signifier ainsi que ce qui s'est passé entre nous ne voulait rien dire).

« Tu n'es vraiment pas lié à elle, d'une quelconque manière ? » l'interrogé-je pour le faire parler.

J'ai besoin de me distraire peut-être. Il hésite un peu, commence une phrase sans la terminer, puis parvient à me dire :

« Non. Enfin, juste, je l'admirais. Je voulais vraiment lui parler et je n'y arrivais jamais. C'est triste que je n'ai trouvé le courage de le faire que devant sa tombe. »

Je suis certaine qu'il sourit un peu tristement, à la manière de Boygirl quand elle me disait qu'elle n'était pas éternelle, pas nécessaire, deux semaines avant sa mort. La lumière est-elle aussi pesante chez lui que dans ma chambre ? Au cimetière que dans ma chambre ?

« Je la voyais se faire frapper et tout le temps je me disais qu'un jour j'interviendrais. J'ai dû croiser son regard quelques fois mais jamais longtemps. »

Il était tellement anodin dans la vie d'Antigone et elle le lie à moi. Après tout, elle m'a à peine moins parlé de lui que de son frère.

« Je prends son petit jeu comme une manière de me racheter. T'aider à trouver le mot qu'elle t'a laissé – parce qu'elle t'a laissé un mot, Claire, c'est sûr, dans son journal – ça me débarrasse de beaucoup de culpabilité. Adel aussi d'ailleurs. C'est peut-être pour ça qu'elle a préparé tout ça. Pour nous pardonner dans la mort. »

BoygirlDes histoires addictives. Découvrez maintenant