27 novembre
Je suis au manège je tourne au manège. J'aime Claire plus que tout au monde et je me hais plus que tout au monde. Ça dénature mes sentiments, ça les transforme en simple affection. Notre relation n'est qu'un vertige, qu'un déséquilibre. Rien ne peut être sain alors que je ne me supporte que quand je suis dans ses bras. Je me déteste également pour cela : c'est un cercle vicieux, et plus je l'ancre en moi plus il devient réel. Je suis terrifiée à l'idée que ça ne fonctionne pas à cause de moi. Elle partira et ça sera de ma faute, parce que c'est impossible d'aimer quelqu'un qui se hait. C'est bien trop lourd.
Mais plus j'aime Claire plus je m'aime, elle m'apprend à ne plus me détester. La manière dont elle me regarde me rend plus bienveillante envers moi-même. J'ai un peu d'espoir. Je guérirai, mais je ne peux pas aller mieux en quelques jours. Il faut qu'elle soit patiente. C'est peut-être ce qui me terrifie le plus : qu'elle atteigne ses limites avant que je n'aille assez bien pour que notre relation ne soit pas trop toxique. Ça serait comme m'aider à sortir d'un gouffre et lâcher ma main alors que je ne suis pas encore en sécurité sur le rebord. Ça serait me faire chuter à nouveau. Ça serait une torture.
Je dois aller mieux le plus vite possible pour qu'elle ne s'épuise pas. C'est l'unique solution.
3 décembre
Je suis allée au lycée et j'ai abandonné mon rôle. Je ne me haïssais pas suffisamment pour supporter comme d'habitude les insultes et les coups, je me suis montrée peut-être arrogante. J'ai téléphoné à Claire pour le lui raconter et elle m'a dit qu'elle était heureuse que je l'ai fait. Je regrette moins. Je me pardonne puisqu'elle ne m'en veut pas.
Pendant toute la journée j'ai porté un tee-shirt de coton. Il faisait froid bien sûr, et j'avais froid bien sûr, mais je ne tremblais pas. Mon corps s'engourdissait avec lenteur. Peu à peu je ne sentais plus mes membres et c'était tout ce dont j'avais besoin. À dix-sept heures, j'avançais la tête haute et ça leur a déplu. Valentin s'est avancé vers moi alors que j'étais à mon casier. J'ai machinalement resserré ma veste. Il m'a parlé pendant que je remplissais mon sac de cahiers, mais cela n'a pas suffit à me déconcentrer. Une fois mon cartable fait j'ai délicatement écarté l'adolescent de mon chemin. C'est certainement ce qui l'a mis en colère. Il m'a frappée violemment à l'arrière du genou, mais j'ai réussi à maintenir mon équilibre. Nous étions près du tilleul à nouveau, et quelques-uns de ses amis se sont rapprochés pour m'encercler. J'ai levé les yeux au ciel. Valentin m'a toisée. Il a fait une remarque cinglante à propos de mes cheveux, en ajoutant « Boygirl » à la fin, et j'ai souri flattée. Ça l'a agacé, alors il a fait deux pas pour me surplomber de quelques centimètres.
« J'aimerais être rentrée rapidement chez moi, alors dépêche-toi. »
J'ai ajouté parce qu'un indicible courage m'envahissait :
« Ou peut-être as-tu peur. »
J'ai senti son poing s'enfoncer dans ma joue. Quelques acclamations ont suivi. J'ai à peine chancelé. Je me dressais, récalcitrante, face à Valentin. Il voyait qu'au fond de mes yeux une lueur inhabituelle flottait. Il a jeté :
« Qu'est-ce qui a changé, Boygirl ? Qu'est-ce qu'il se passe pour que tu sois aussi tenace aujourd'hui ? »
Je n'ai pas parlé de Claire parce que s'il l'avait insultée, je n'aurais pas pu contenir ma rage et je l'aurais tué. Je n'ai pas répondu. Mon fier silence l'a mis en colère. Il a voulu me frapper à nouveau, mais j'ai saisi son poignet avec facilité.
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Boygirl
Mystère / ThrillerBoygirl s'est suicidée en se jetant dans la Seine. Tout le monde savait qui elle était, mais personne ne la connaissait vraiment. Un ancien camarade de classe, sa petite amie, et sa mère, vont s'unir pour tenter de percer les mystères qui l'entourai...
