Partie de Hémon - Chapitre 6

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[TW idées suicidaires] [TW maltraitance]


26 février


Je me suis réveillé ce matin et j'avais encore envie de mourir Hémon est sorti de sa chambre en même temps que moi, il a balancé son poing en direction de mon visage, je l'ai évité. Je me suis réfugié en courant dans la salle de bain et ai poussé le verrou derrière moi. Hémon a frappé contre la porte avec violence sans parvenir à l'enfoncer. Cela lui prendrait dix minutes, mais ça me laissait suffisamment pour prendre ma douche. Dans le miroir je tremblais à chaque fois que Hémon faisait une nouvelle tentative, frissonnant à l'idée d'être rejoint par un reflet monstrueux. Il allait entrer. Il avait déjà réussi, un autre de ces jours où j'avais terriblement envie de mourir.


Ce soir j'ai un léger doute quant au suicide. Si je me tue en m'étant tue personne ne saura jamais qui était Hémon. Ils me plongeront dans sa tombe, ils me pousseront dans ses bras à ma mort. Je passerai l'éternité avec lui. Ça me terrorise. Ça me terrorise que chaque fleur sur le marbre soit pour lui et pour moi, que chaque rose nous lie. Ça me terrorise qu'il m'observe pourrir. Je ne réussirai jamais à dire à Agnès ce que Hémon m'a fait. Je partagerai alors, pour toujours, à jamais, sa sépulture immonde. C'est pire que tout.


Je pensais que la mort de Hémon arrangerait les choses mais finalement, sans les rendre pires car rien ne sera pire que Hémon vivant, elles ne se sont pas améliorées. Peut-être mon décès aura-t-il des conséquences identiques. Peut-être ne sauverai-je pas Claire de cette manière. Cependant quand j'imagine notre futur, sur quelques mois, je sais qu'il me faudrait partir d'une manière ou d'une autre. Je suis trop amoureuse pour être certaine de ne pas revenir vers elle un jour, je suis trop amoureuse pour décider de vivre sans elle. Claire est la seule personne au monde à m'avoir un jour rendue heureuse. Je ne le serai certainement jamais à nouveau sans elle. Je suis pleine d'ombres impénétrables et j'ai besoin de trop fortes lumières pour les dissiper. Je suis Antigone et je me hais et j'ai mal. C'est indiscutable. C'est intemporel.


Dans la salle de bain je fixe mon regard avec des yeux vides. Hémon s'est assis à côté de moi et a posé une main sur moi. Près de nous gît la porte à moitié arrachée de ses gonds. J'ai éteint la lumière pour moins nous voir dans le miroir. J'ai envie de vomir mais il ne me le permettrait pas. J'essaie de l'ignorer malgré ses ongles enfoncés dans ma cuisse.


Je pense à Claire qui s'exclame que l'odeur de roses roses et blanches est la meilleure qu'elle ait jamais sentie. Je me demande quelle fragrance je préfère. C'est certainement le parfum de Claire. Il dégage des effluves floraux sans que je puisse les déterminer. Finalement le meilleur parfum est associé à la meilleure personne ou au meilleur moment. J'ai passé plus de temps heureuse dans les bras de Claire avec les cheveux de Claire balayant ma joue et les doigts de Claire caressant mon dos qu'ailleurs. Le bonheur inspire mes sens.


La pire odeur en revanche me paraît plus difficile à choisir. Je voudrais qu'elle ne soit associée à rien, qu'elle me soit juste désagréable. Je voudrais simplement détester l'odeur de la cigarette mais d'autres fragrances me sont insupportables. D'abord me vient celle de l'essence, qui râpe la langue et la gorge et les bras cassés. Puis le parfum de ma mère, que je ne supporte plus parce qu'elle m'impose parfois des étreintes qui m'assassinent et pendant lesquelles j'étouffe dans son odeur sucrée. Je me souviens de Hémon m'enfonçant la tête dans l'eau de la piscine la veille, et enfin s'impose à moi alors que je voudrais mourir, l'odeur de de chlore.

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