Chapitre 40

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Ce fut sur le dos de mon grand frère que je quittai sa chambre, mes yeux se posant aussitôt sur mon beau garde du corps, lui qui m'avait patiemment attendu dans le couloir, avec les bras croisés contre son ventre. Kyan me redéposa facilement sur le sol, me laissant le contourner avant d'ébouriffer mes cheveux. Je me mis aussitôt à rire, lui rendant furtivement la pareille, avant d'aller prêt de celui que j'aimais afin de lui voler un chaste baiser sans qu'il ne s'y attende.

- Jeon, espère que pour toi que tu ne briseras pas le cœur de ma petite sœur, lança Kyan en tapant amicalement sur l'épaule du nommé. Je tiens aussi à te présenter mes excuses pour ce que j'ai dit l'autre fois. Je n'ai pas vraiment réfléchi à ce que je disais et à qui je le disais. Je ne savais pas que tu étais son petit ami.

- Il n'y a aucun problème, assura Jungkook en essayant d'attraper directement ma main afin de ne pas être trop dépaysé.

- Très bien, lâcha mon frère avec le sourire. Maintenant, même si tu es mon aîné, je ne peux que te souhaiter bonne chance. Tu en auras grandement besoin avec Seth.

Un sourire plein de malice fit courber les lèvres de Kyan, quand tout à coup, la voix de Céthia qui appelait mon prénom attira notre attention. Je me retournai rapidement pour voir mon père monter les escaliers en glissant avec un air soucieux ses doigts dans ses cheveux grisonnants, avant que ses beaux yeux bleus ne se posent sur les miens lorsqu'il atteint enfin l'étage.

- Seth, viens voir, dit-il en faisant un léger mouvement de la main.

Je hochai immédiatement la tête, puis Jungkook et moi prîmes la direction opposée à celle de mon frère, suivant mon père jusqu'à son bureau. Je fus d'ailleurs surprise de voir que la pièce était nickel, rien ne laissant penser qu'un massacre s'était tenu en ce lieu. Je remarquai une fois plus que mon père avait lui aussi le sang et pour cause, je ne voyais d'autres raisons qui pourraient justifier le fait qu'il prenne place sur un siège où un cadavre avait été retiré par la police quelques heures plus tôt.

- Papa ! M'écriai-je avant même qu'il n'ait le temps de dire quoi que ce soit. Jeon est mon amoureux !

Incrédule, Céthia me regarda longuement avec un sourire arqué, essayant tant bien de mal de discerner le vrai du faux. Il me toisa pendant de longues secondes et je pus comprendre par là qu'il ne me trouvait pas crédible, quand soudain, j'eus l'idée de placer le bras de Jungkook, rigide par le stress, sur mes épaules, un soupir quittant alors instantanément la gorge de mon géniteur tandis qu'il levait les yeux au ciel.

- Tu ne me l'avais jamais fait celle-là, marmonna-t-il en frottant ses tempes. Es-tu amoureuse de lui ?

- Complètement !

- Et toi ! S'exclama mon père en posant un regard perçant sur le noiraud. Es-tu vraiment amoureux de ma fille ?

- Éperdument, monsieur DeLayne, confia mon petit ami en enlevant son bras de mes épaules pour joindre sa main à la mienne. Je l'aime de tout mon cœur.

- Bien... Habituellement, je n'aurais fait ni une ni deux pour te foutre dehors, mais Seth a besoin d'être heureuse, surtout en ce moment, et si tu es celui qui la rend heureuse, je ne m'y oppose pas. Mais ! Et ça tu dois me le promettre Jeon ! Tu dois être un homme, un partenaire et un gendre irréprochable. Entendu ?

- Oui, monsieur DeLayne.

La joie envahit aussitôt Jungkook, se faisant entendre dans sa voix mais se faisant aussi remarquer par sa main qui serra fermement la mienne. Nous allions enfin pouvoir nous aimer aux yeux du monde et cela me réjouissait, même si mon père n'avait pas pris mes sentiments aux sérieux, voyant dans un sens mon amour pour mon garde du corps comme un pansement à mes anciennes blessures.

Céthia croyait que mon petit béguin passerait sûrement lorsqu'il nous donna son approbation, cependant, je ne m'attardai pas vraiment là-dessus. Jungkook était heureux et c'était bien pour moi tout ce qui comptait car le regard qu'il posa peu après sur moi, plein d'amour et de bonheur, me donna l'impression de goûter à un petit morceau de paradis.

- Je suppose que tu as passé la nuit chez lui au vu de ce que tu portes. Bref... Souffla mon père dans le but de capter à nouveau mon attention. Je voulais juste te dire que cette ordure de Valentine s'est comme évaporé pendant la fête, mais ne t'en fais pas surtout pas, j'ai mis plusieurs détective sur le cou pour qu'il soit retrouvé.

- Dana s'est enfuie avec lui ? M'enquis-je, perplexe. Dalila m'a dit qu'elle ne l'a pas vu de toute la matinée.

- Non, elle ne s'est pas enfuie. Elle n'en a pas eu le temps. Moi je sais où elle est. Elle est partie en voyage... Ne me demande surtout pas où parce que c'est top secret, mais je peux t'assurer qu'elle regrette déjà tout le mal qu'elle t'a fait.

- Et Stephen ?

- Quoi 'Stephen' ? Demanda mon père, confus, en fronçant les sourcils.

- Je ne l'ai pas vu à la fête.

- Il n'y était pas. C'est pour ça que tu ne l'as pas vu, chérie, répliqua Céthia comme si cela était une évidence. Ses parents m'ont dit qu'il a envoyé un SMS pour leur dire qu'il ne viendrait pas parce qu'il était avec son petit ami. D'ailleurs, ils ne savaient même pas qu'il était gay. Tu te rends compte qu'il leur a annoncé ça par message ? Ah... Les jeunes.

Et ce fut à ce moment-là que la panique s'empara de moi, me donnant des frisson de la tête aux pieds tandis que tout mon être se mit à brûler. Je ressentais de la peur, tant et si bien que j'eus le sentiment que j'aurais pu m'effondrer à tout moment. Les mots de mon père me firent suffoquer et ce fut telle une voleuse que je quittai le manoir, m'asseyant sur le large perron qui se trouvait juste devant la porte d'entrée pour pleurer à chaudes larmes.

Certains diraient que ma réaction était forcément disproportionnée, cependant, je ne voyais pas j'aurais pu réagir autrement. Mon cœur me disait que mon meilleur ami n'était pas en sécurité et mon père venait de me le confirmer car, Stephen, d'aussi loin que je pouvais m'en souvenir, n'avait jamais été du genre à prévenir ses parents de quoi que ce soit. Là encore certains continueraient à penser que j'en faisais tout un plat, néanmoins, je n'étais pas le moins de monde rassurée.

Comment aurais-je pu ne pas me faire du soucis en sachant de mon meilleur ami aurait jamais annoncé à ses parents son homosexualité par message ? Comment aurais-je pu ne pas être ronger par la peur en sachant que mon meilleur ami n'avait pas de petit ami ? Comment aurais-je pu faire comme si de rien n'était lorsque l'un de mes amis s'était déjà fait tuer par la faute ?

𝐌𝐚𝐧𝐢𝐚𝐜 - 𝐉𝐄𝐎𝐍 𝐉𝐔𝐍𝐆𝐊𝐎𝐎𝐊 [𝐭𝐞𝐫𝐦𝐢𝐧𝐞́] Où les histoires vivent. Découvrez maintenant