Chapitre 68

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Les trois années qui s'étaient écoulées depuis mes retrouvailles avec les membres de ma famille avaient fini par refermer mes plaies et effacer mon mépris, me poussant à accepter leurs plus plates excuses sans pour autant que je ne puisse oublier ce qu'ils m'avaient fait. J'avais la rancune tenace, néanmoins, tel un conseiller bienveillant, mon mari ne cessait de me rappeler que les DeLayne restaient de mon sang et que tout le monde méritait une seconde chance.

Il était vrai de dire que j'avais pris du temps pour me décider d'aller vers ma mère et mon père, cependant, Jungkook et les jumeaux me furent d'une aide précieuse. Le premier anniversaire de mes enfants avait été synonyme de réconciliation entre moi et ma famille et cela nous mena jusqu'à ce dixième jour d'avril qui marquait leur quatrième anniversaire.

Le printemps était agréable, alors ce fut sans bien trop de réflexion que mon époux et moi décidâmes d'organiser un déjeuner dans notre jardin, sous ce quiosque d'une belle structure blanche que Jeon avait insisté pour bâtir de ses propres mains. Le son des rires et des voix qui provenaient de l'extérieur de la maison me faisait inconsciemment sourire alors que je préparais tranquillement la salade dans la cuisine, quand tout à coup, je sursautai lorsque je sentis des petits bras entourer l'une de mes cuisses.

- Eli chérie... Soufflai-je avec mes mains contre ma poitrine. Tu m'as fait peur mon amour.

- Désolée ! S'exclama-t-elle sur un ton joviale avant tendre ses petites mains vers moi. Tu peux me faire des bisous ?

Un sourire rayonnant se dessina sur mes lèvres, puis je m'accroupis face à la petite noiraude qui avait les yeux de son père, prenant directement ses joues entre mes paumes avant de recouvrir son visage de baisers. Le rire de ma fille me poussa à la rejoindre dans ses éclats avant que je ne la prenne dans mes bras, lui permettant de déposer longuement ses jolies lèvres rosées sur ma tempe.

- Maman, je peux attraper le verre préféré de Doni ? Tata Lila a oublié de le prendre quand elle a mis la table.

Un seul hochement de tête de ma part et Elijah se pencha légèrement en avant pour attraper ce goblet à l'effigie de Buzz l'Éclair que j'avais acheté l'année précédente, lorsque nous avions voyagé en famille pour la toute première fois. 'Je retournerais bien à Paris là maintenant.' pensai-je en saisissant le saladier dans ma main libre avant que ma fille et moi ne prenions la direction du jardin.

- Princesse, tu es là ! S'écria Jungkook en quittant le barbecue pour s'approcher.

- Oui ! dîmes ma fille et moi au même moment avant que mon mari ne se mette à rire.

- Je parlais à la vieille princesse, mon lapin, chuchota-t-il plus ou moins discrètement en ébouriffant les cheveux de notre fille. Seth, tu pourrais appeler ton père s'il te plaît ? Il est allé à l'étage pour prendre un appel. Dis-lui que le repas est prêt, OK ?

- Bien sûr. La vieille princesse y va tout de suite, marmonnai-je avant de lancer un regard sévère à mon époux.

- Tu sais que je t'aime ! Lâcha-t-il en prenant Eli dans ses bras et le bol de végétaux de mes mains.

Je me retournai en poussant un hoquettement pour faire mine que j'étais vexée, puis je ne pus m'empêcher de sourire lorsque Jeon me donna une petite fessée avant que je ne reparte dans la maison dans l'optique de rejoindre l'étage. J'étais à deux doigts de pousser la porte de la salle où jouaient habituellement mes enfants, lorsque par l'entrebaillement de la porte, je pus voir l'air soucieux qui ornait le visage de Céthia alors qu'il faisait les cent pas.

La curiosité qui s'empara alors de moi fut telle que je décidai d'écouter patiemment mon père lors de cette conversation téléphonique qu'il ne semblait pas vraiment être ravi d'avoir, tendant l'oreille presque malicieusement jusqu'à ce que je comprenne ce qui se disait.

- Je sais que Seth est la PDG de DeLayne Corp maintenant. Je suis celui qui lui ait donné la responsabilité de tout gérer, dit-il avant de mordre l'intérieur de sa joue. Non je ne veux pas qu'elle soit impliquée dans ce côté-là du business. Je garde la main là-dessus.

Ce que disait l'interlocuteur de mon père semblait l'angoisser, et de part ma nature très curieuse, cela me donna davantage envie entendre ce que la personne à l'autre bout du fil disait, après tout, j'étais le sujet de la discussion.

- Je sais ! Bien sûr que je sais, reprit mon géniteur en glissant nerveusement ses doigts dans ses cheveux grisonnants. C'était ce qui était prévu, mais elle est maman maintenant, elle a sa famille et je ne veux plus perturber son bonheur. Je ne veux pas qu'elle mette son nez là-dedans.

Un grognement quitta la gorge de mon père tandis que sa poingne ne se resserra sur son téléphone, me permettant de me rendre compte qu'il était on ne peut plus tendu.

- Elle t'a donné tes neuf-cents millions, non ? Pourquoi est-ce que tu reviens après tant de temps pour chercher les emmerdes ? Ma fille ne veut pas faire affaire avec toi. Elle ne veut même pas avoir à faire à toi. Tu la dégoute, Wayat, alors fais-toi une raison. Plus jamais tu n'auras un sou venant d'un ou une DeLayne.

Quelque chose de bien étrange était en train de se passer et malgré le fait que j'étais directement concernée, Céthia préféra parler en mon nom sans même me mettre au courant. Mon père avait une fois de plus décidé pour moi, néanmoins, sur le coup, son choix me convient. Jamais je n'aurais accepté travailler avec un homme tel que Wayat Carter, cependant, j'étais bien loin d'avoir une vision claire du problème.

J'étais quelque peu dépaysée par la conversation que je venais d'assimiler, tant et si bien que je finis par retourner au jardin en oubliant d'informer Céthia que le déjeuner était servi. Je ne voulais pas inquiéter mon époux par peur de gâcher l'ambiance de l'anniversaire de nos enfants, alors je pris note de lui raconter tout ce que j'avais entendu lorsque nous serions seuls, me contentant sur le moment de m'asseoir près de lui autour de la table.

- Tu en as mis du temps, dit-il avant de baiser un baiser sur ma joue. Oublie ce que j'ai dit tout à l'heure hein. Tu n'es pas une vieille princesse mais je ne voulais pas que Elijah soit fâchée. Tu sais aussi bien que moi qu'elle est très jalouse.

- Je ne t'en veux pas.

Je souris en regardant Jungkook dans les yeux, ces yeux qui étaient comme une fenêtre sur l'univers, puis mes paumettes prirent feu lorsque je me rendis compte que nos visages étaient excessivement proches. Mon propre mari, après toutes ses années, avait encore le pouvoir de me faire rougir et en apercevant cela, ce dernier s'empressa de déposer un chaste baiser sur mes lèvres, cela me poussant ensuite à rigoler faiblement. C'était ce genre de moments d'affection que je chérissais le plus, car oui, l'homme que j'aimais fut celui qui m'apprit que le bonheur résidait dans de petits instants précieux.

𝐌𝐚𝐧𝐢𝐚𝐜 - 𝐉𝐄𝐎𝐍 𝐉𝐔𝐍𝐆𝐊𝐎𝐎𝐊 [𝐭𝐞𝐫𝐦𝐢𝐧𝐞́] Où les histoires vivent. Découvrez maintenant