Chapitre 48.

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Londres, Angleterre.


Elle était forte.

Voldemort regarda Bellatrix se faufiler dans une allée sombre, suivant ses pas en silence. Elle était jeune, elle était puissante, et en bonne santé. Tout allait bien se passer.

Lorsqu'il avait créé ses horcruxes, Lord Voldemort avait été seul. Seul face à l'immense douleur de processus, seul face à la mort. Il n'avait pas su à quoi s'attendre. Il n'avait eu personne pour le guider. Ni pour le premier, qui avait été fait grâce au meutre d'une gamine de Poudlard, Myrtle Warren, ni pour ceux qui avaient suivi.

Il avait expliqué à Bellatrix ce qu'il fallait faire pour créer un horcruxe. En apparence, cela semblait simple. Un meutre, une incantation, et la consommation de la victime. Bellatrix avait fait une grimace de dégoût lorsqu'elle avait entendu la dernière étape, mais ne s'était pas rebellée.

En revanche, le mage noir ne lui avait pas dit ce par quoi elle allait passer.

Celui qui créait un horcruxe devait mourir.

Du moins...il devait ressentir les effets de la mort. Et la mort n'était pas une chose paisible, pas dans ce processus de magie noire. Ce n'était pas une douce lumière qui t'enveloppait, ce n'était pas comme si l'on fermait les yeux pour s'endormir. C'était pire qu'un millier de lames qui transperçait les muscles, pire que des poumons qui se remplissent d'eau, pire que les flammes qui désintègrent la chair. Créer un horcruxe, c'était connaître la douleur la plus atroce du monde. C'était mourir un million de fois en quelques secondes. Et même le sorcier le plus coriace ne pouvait pas en sortir indemne. Même le sorcier le plus puissant pouvait y laisser la vie.

Tel était le paradoxe de la vie éternelle. Mettre en danger sa vie, dans le but de vivre toujours.

Voldemort, dans toute son arrogance, n'avait jamais douté pouvoir survivre au processus. Mais désormais, alors que lui et Bellatrix s'approchaient de l'habitation de la future victime, il doutait.

Une fois le rituel entamé, une partie de l'âme de la sorcière serait enfermée dans un objet. Si elle mourrait durant le processus, elle serait toujours là.

Le seul problème, c'est que si cela arrivait, Voldemort ignorait comment la ramener. Il n'avait jamais envisagé l'éventualité qu'il doive un jour utiliser ses horcruxes.

Mais Bella était forte. Elle allait supporter le rituel. Voldemort prit une profonde inspiration, et Bellatrix s'arrêta devant la porte d'un immeuble avant de lui lancer un regard l'air de dire « on y va ? ».

Voldemort acquiesça, et ils entrèrent.


****


- « ...ce fut seulement lorsqu'il eut atteint un grand âge que le plus jeune des Trois Frères enleva sa Cape d'Invisibilité et la donna à son fils », fit une voix féminine qui provenait d'une pièce au fond du corridor le long duquel progressaient silencieusement Bellatrix et son Maître. « Puis il accueillit la Mort comme une vieille amie qu'il suivit avec joie et, tels des égaux, ils quittèrent ensemble cette vie ». Fin. C'est l'heure de dormir maintenant, Anne.
- Mais papa est pas encore rentré, protesta une petite voix fluette.
- Papa viendra t'embrasser dès qu'il arrivera, répondit la femme. Mais c'est l'heure du dodo. On a une grosse journée demain.

Bellatrix s'arrêta, tendant l'oreille, à l'affut du moindre bruit qui viendrait en sa direction. Elle se pressa dos au mur, tapie dans l'ombre, et attendit, les muscles tendus, que la lumière de la chambre s'éteigne et qu'une femme en sorte. Cette dernière ne remarqua pas la présence des deux intrus qui la guettaient, et se dirigea droit vers eux, trop plongée dans ses pensées, et pensant être en parfaite sécurité dans son petit appartement londonien.

Lorsque la femme arriva à sa hauteur, Bellatrix bondit et pointa le bout de sa baguette contre la gorge de sa proie. Toujours plongée dans l'obscurité, elle sentit l'euphorie la gagner lorsqu'elle imagina la peur se dessiner sur le visage de la femme qui venait de retenir un glapissement de terreur.

- Bien... fit Bellatrix en inclinant légèrement la tête sur le côté, plissant les yeux pour tenter de distinguer les contours du visage de la femme. Pas un bruit, Misitie... on ne voudrait pas réveiller la petite...
- B... Bellatrix ? répondit Misitie d'une voix tremblante.
- Hmm mmh... fit la voix enfantine de la mangemort. Elle-même. Je t'ai manqué, Bell ?
- C'est McLaggen maintenant, siffla la sorcière. Qu'est-ce que tu veux ?
- Oh... tu as volé le copain de ton amie ? Tu es une vilaine fille, Mistie, très vilaine...qu'est ce que vous en pensez, Maître ?

Un ricanement sinistre se fit entendre derrière Bellatrix, et un frisson d'horreur ébranla le corps de Mistie lorsqu'elle réalisa que Bellatrix n'était pas venue seule. Il ne lui fallut que quelques secondes pour deviner l'identité du second visiteur.

- Be...Bellatrix, je sais que je n'aurais jamais dû t'insulter mais...nous...nous n'étions que des enfants et...
- Et ? murmura Bellatrix en caressant doucement la joue de la sorcière en face d'elle.
- Je...je suis une sang-mêlée, ma fille a deux parents sorciers, nous ne voulons pas d'ennuis... nous sommes innocents... par pitié, Bellatrix, laisse-nous en paix. Je ferai tout ce que tu voudras, implora Mistie qui peinait à garder un ton relativement bas afin de ne pas réveiller sa fille qui dormait quelques mètres plus loin.
- Oh... vous entendez, Maître ? Elle est innocente, répondit la voix enfantine de Bellatrix, suivie par un rire dénué d'humour.

Voldemort s'approcha de sa mangemort et se baissa assez pour murmurer au creux de son oreille « Assez joué, Bella... termine ce que tu as commencé. Maintenant ». L'adrénaline frappa Bellatrix comme une décharge électrique, et un sourire machiavélique se dessina sur ses lèvres lorsqu'elle s'adressa une dernière fois à sa victime :

- Tu transmettras mes amitiés à Anne Solway.


****


Château Lestrange, Oxfordshire.


Bellatrix observa avec un regard dénué d'émotion le corps de Mistie Bell qui gisait au sol, au centre d'un cercle formé par sept bougie. Elle ne l'avait pas choisie par esprit de revanche, ou par mépris, mais simplement parce qu'elle trouvait drôle de supprimer l'amie de sa première victime de la surface de la Terre.

Et puis, il fallait l'avouer, Bellatrix avait toujours pensé que Mistie Bell -McLaggen- était une véritable poufiasse.

Maintenant qu'elle était morte, elle était bien moins divertissante.

- Que dois-je faire, maintenant ? demanda la brune d'un ton las.
- La consommer.

Bellatrix réprima un haut-le-cœur. Elle était censée manger ça ? un être humain ? en entier ? Comme s'il avait lu dans ses pensées, Voldemort précisa :

- Tu n'es pas forcée de la dévorer, Bellatrix. Un verre de sang suffira, c'est le plus simple.

La mangemort prit une profonde inspiration et ferma les yeux, se demandant s'il y avait une seule chose qu'elle oserait un jour refuser à ce sorcier. Meurtre, cannibalisme, manipulation de l'âme... jusqu'où était-elle prête à aller ?

La sorcière conjura un calice en argent, et pointa sa baguette sur le corps encore chaud de son ancienne camarade d'école.

- Diffindo.

Un épais jet de sang écarlate jailli de la gorge de Mistie, et Bellatrix s'accroupie à son côté pour en récupérer la quantité nécessaire. Elle s'éloigna nonchalamment du cadavre, laissant le liquide s'étaler sur le parquet en chêne massif, et porta le calice à ses lèvres.

C'était chaud. Doux, amer et métallique.

Bellatrix finit son verre d'une seule traite, à mi-chemin entre l'écœurement et la curiosité, et lança un regard interrogateur à Voldemort.

- L'objet, Bella.

D'une main fébrile, la sorcière sortit de sa poche une jolie bague en argent sertie d'émeraudes -la bague que le Seigneur des Ténèbres lui avait offerte le jour de ses dix-huit ans. Sans savoir pourquoi, Bellatrix pensa qu'il était bon de justifier son choix.

- Je...vous m'aviez dit que ce serait plus efficace si l'objet avait une grande valeur...émotionnelle. Alors...
- Pose-la sur la poitrine de la victime.

Bellatrix s'empressa de faire comme il disait. Son cœur pulsait dans sa poitrine. Elle approchait du moment fatidique. Dans quelques instants, elle abandonnerait sa vie de mortelle pour entrer dans un monde nouveau, un monde maudit et inconnu de tous. Sauf de son Maître. Il serait là, toujours, pour la guider. Ils seraient ensemble pour l'éternité.

D'un hochement de tête encourageant, Lord Voldemort lui fit comprendre qu'il était temps.

Bellatrix leva lentement sa baguette, et traça sept fois un triangle dans les airs, repététant autant de fois la même incantation.

Anima Divida, Anima Eterna.

Puis, tout devint noir.


****


À la seconde où son corps heurta le sol, Bellatrix fut prise de violents spasmes. Voldemort lutta pour ne pas se précipiter vers elle et la prendre dans ses bras, trop bien conscient de ce que sa protégée endurait à présent. Les hurlements stridents de la sorcière emplissaient tout l'espace, se répercutaient contre les murs pour former une boucle infinie. Le spectacle qui s'offrait au Seigneur des Ténèbres n'avait rien à voir avec celui d'une séance de doloris.

Bellatrix était en train de mourir sous ses yeux, encore et encore, sans qu'il puisse intervenir.

Il ne savait pas combien de temps cela allait durer. Il savait simplement que, lorsqu'elle ouvrirait à nouveau les yeux, elle serait immortelle. Alors, à contrecœur, le mage noir s'assit sur un fauteuil, et attendit.

Au bout d'un certain temps, les cris s'atténuèrent. Les spasmes cessèrent. Les yeux de la belle mangemort se fermèrent. Son souffle s'apaisa. C'était comme si elle s'était endormie.

Ouvre les yeux, Bella.

Voldemort attendit. Il attendit si longtemps que les bras de Morphée finirent par l'accueillir, et son esprit se perdit dans les limbes étranges du monde des rêves. Là-bas, il vit une jeune Bellatrix, celle qu'il avait prise sous aile. Elle était toute vêtue de blanc, et ses yeux étaient encore pleins d'innocence. Et lui-même avait retrouvé ses jeunes années. Il était beau, dans la force de l'âge, et son avenir était plein de promesses. Et Bellatrix s'approchait de lui, ses lèvres pleines à quelques centimètres des siennes, le visage illuminé par un ravissant sourire. Mais, le sourire s'effaçait, pour laisser place à un rictus de douleur. Son regard se durcissait, pour devenir triste, et accusateur. Et elle se reculait, pour porter les mains à son ventre. Et une tâche de sang grossissait sous ses doigts, et aucun sortilège ne pouvait l'arrêter de grandir, de s'élargir, de tuer.

Voldemort se réveilla en sursaut.

Son premier réflexe fut de regarder en direction de Bellatrix, toujours allongée au sol, immobile. Il crut que son cœur allait s'arrêter lorsqu'il remarqua que sa poitrine ne se soulevait plus, et que sa peau était drainée de toute couleur.

Cette fois, il bondit de son siège pour la rejoindre. À genoux à côté d'elle, il la prit délicatement dans ses bras. L'avait-il perdue dans le processus ? Avait-il réellement sacrifié la seule chose qui comptait pour lui dans sa folie ?

Ses yeux clos ne voulaient pas s'ouvrir. Voldemort tenait sa plus fidèle alliée contre lui, son petit corps serré dans ses bras. Qu'allait-il faire si elle ne se réveillait pas ? Jamais il n'avait été dérangé par l'idée de gouverner seul. Pourtant, alors qu'il regardait le visage inanimé de Bellatrix, l'idée d'une vie éternelle sans la belle sorcière à ses côtés lui parut être la perspective la plus effroyable du monde.

- Bella, réveille-toi...

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Hello,

je vous retrouve en ce début de vacances pour un nouveau chapitre très important ! La première partie de cette histoire approche de la fin, et j'ai déjà hâte de commencer la seconde.
Mais est-ce que notre chère Bellatrix survivra pour assister à la suite des événements ? Alas, je ne puis rien vous promettre. Je crois bien que, si vous voulez la réponse, vous serez obligés de lire la suite de cette affreuse histoire...

En attendant le prochain chapitre, je vous souhaite à toutes et à tous de très joyeuses fêtes ! J'espère que vous êtes en bonne santé, et que vous êtes heureux.

À bientôt.

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