- Je ne vais pas pouvoir l'aider à se calmer s'il y a deux aurors qui nous suivent baguettes à la main, dit froidement Voldemort aux deux sorciers qui s'apprêtaient à les rejoindre dehors.
Les aurors échangèrent un regard dubitatif, puis hochèrent la tête et laissèrent les deux s'éloigner. Il faisait froid dehors. Cela ne sembla nullement gêner le mage noir qui avança d'un pas rapide jusqu'à un coin à l'abri des regards, derrière un haut rosier couvert de gel. Bellatrix le suivit, tête baissée.
- Si tu continues à te comporter ainsi, tu vas te retrouver à Azkaban avant même d'avoir pu faire taire ta sœur, siffla Voldemort en braquant son regard sombre sur la brune. Je te croyais assez intelligente pour ignorer les remarques impertinentes d'une adolescente, Bellatrix.
- Je suis désolée, Maître, murmura la sorcière. Je n'aurais pas dû réagir aux propos d'Andromeda. Elle ne se rend pas compte de ce qu'elle dit. Elle s'inquiète pour moi, voilà tout. Mes sœurs aiment beaucoup Rodolphus et...
- Je n'ai que faire des affections que porte ta famille au fils Lestrange, hissa Voldemort. Ce qui m'importe, c'est que ma pupille apprenne à se taire en temps voulu. Si tu crois que les aurors ne vont pas reporter ce comportement au Ministère, tu te trompes lourdement. Ils sont là pour analyser tes moindres faits et gestes. Garde ça en tête. Je n'ai aucune envie que tout le temps passé à te former se révèle perdu parce que le Ministère aurait changé d'avis sur la situation et déciderait de t'enfermer derrière des barreaux. Me suis-je fait comprendre ?
- Oui, Maître, bredouilla Bellatrix. Je vais aller m'excuser auprès de ma sœur.
- L'entrainement au duel commencera demain, répondit Voldemort sans poser les yeux sur sa pupille. Profite de cette soirée pour te détendre, veux-tu ? Avant que tu ne sois couverte de bleus et que ta chair soit déchirée par mes sortilèges.
Bellatrix frissonna, et acquiesça. Lorsqu'elle alla retrouver le reste du groupe, la première chose qu'elle fit fut de s'excuser auprès de sa sœur pour son comportement. Le reste de la soirée se passa de façon plus légère, mais Bellatrix ne put s'empêcher de penser à ce qui l'attendait le lendemain. Voldemort comptait-il réellement engager de véritables duels avec elle ?
****
- Bombarda Maxima.
Bellatrix n'eut pas le temps de faire apparaître un bouclier. Le sortilège d'explosion la frappa de plein fouet, l'envoyant voler dans les airs et s'écrouler violemment quelques mètres plus loin. Sans prêter attention à la douleur lancinante qui se propageait dans chacun de ses membres, elle bondit sur ses pieds et lança une attaque que Voldemort para avec une facilité déconcertante. Cela faisait maintenant un quart d'heure que la jeune sorcière tentait en vain de prendre l'avantage sur son adversaire. Comme le mage noir l'avait prédit la veille, la jolie brune était maintenant couverte de bleu. Sa lèvre inférieure était déchirée, et du sang sec couvrait son menton. Ses cheveux partaient dans tous les sens, à moitié collé à son visage par la sueur et emportés par le vent d'hiver. Mais Bellatrix tenait bon. Elle savait qu'avec de la persévérance, elle finirait par être capable de tenir tête à son tuteur.
- Diffindo ! hurla-t-elle en braquant sa baguette en direction de Voldemort.
Le sorcier créa un bouclier juste avant que le sortilège de découpe ne l'atteigne, et celui-ci rebondit sur Bellatrix qui tomba une nouvelle fois à terre, épuisée. Elle tenta de se relever, mais cette fois, les blessures étaient trop graves. Ses jambes ployèrent sous son poids, et la plaie qui venait d'apparaître sur son torse lui arracha un gémissement de douleur.
- Debout.
L'ordre de Voldemort était glacial, dénué de toute compassion. Pourtant, lorsque Bellatrix leva les yeux vers lui, elle le vit lui tendre une main secourable. Avec hésitation, elle plaça sa paume contre la sienne, et le mage noir l'aida à se relever.
- Tu continueras à t'entrainer demain, et tous les jours qui suivront jusqu'à ce que tu sois capable de parer mes attaques.
- Oui, Maître, répondit Bellatrix d'une voix rauque.
La sorcière nota alors que Voldemort n'avait toujours pas lâché sa main. Elle le fixa avec de grands yeux ébahis, les lèvres entrouvertes, espérant de tout son cœur qu'il n'allait pas la laisser partir. Elle savoura la sensation du contact chaste et pourtant ô combien intime, fermant doucement les yeux. Son plaisir ne fut que plus grand lorsque Voldemort passa son pouce contre sa lèvre, là où elle avait été sévèrement coupée. Il appuya légèrement, faisant perler quelques gouttes de sang, et elle frissonna. Puis, sans utiliser sa baguette, il effaça les tâches de liquide écarlate qui s'étaient répandue sur sa peau et sur ses vêtements, et il lui lâcha la main, faisant un pas en arrière.
- Je te veux dans mon bureau demain matin à neuf heures tapantes. Je t'interrogerai sur l'implication des géants dans les guerres des sorciers. Je m'attends à ce que tu puisses répondre à chacune de mes questions, alors ne me déçois pas.
- Je ferai toujours tout ce qui est en mon possible pour ne jamais vous décevoir, Maître, répondit Bellatrix en le contemplant avec des yeux brillants d'émotions.
****
Bellatrix ne déçut pas son Maître. Comme il le lui avait demandé, elle avait su lui expliquer l'histoire des géants et la relation qu'ils entretenaient avec les sorciers dans les moindres détails. Quand il était passé au sujet suivant, à savoir les procès les plus célèbres du siècle dernier contre les sorcières et sorciers accusés de pratique de la magie noire, elle l'avait écouté attentivement, avait posé des questions toujours plus pertinentes, et l'avait regardé avec une gratitude infinie dans ses grands yeux noirs.
Voldemort, lui, avait fait de son mieux pour ne pas prêter attention à la façon dont ses cheveux tombaient cascades autour de ses épaules, à la façon dont ses lèvres roses étaient entrouvertes, à la façon dont son chemisier vert émeraude n'était pas boutonné entièrement, découvrant ainsi la naissance de sa poitrine. Pourquoi fallait-il qu'elle soit si attrayante ? Pourquoi fallait-il qu'elle soit si douée, si intelligente, si féroce et si loyale ? Cette gamine avait-elle le moindre défaut ?
Voldemort en était presque énervé. Il avait un but, un plan précis qu'il avait passé des années à monter. Il n'avait jamais prévu qu'il tomberait sur Bellatrix Black, et encore moins qu'il tomberait sous son charme. Lorsqu'il la regardait, il voyait les ténèbres immenses qui l'habitaient. Et il aimait cela. Il aimait le fait que cette jeune sorcière puisse être capable d'ôter une vie sans la moindre hésitation. Il aimait la pureté de son sang. Il aimait sa richesse. Il valorisait chez elle ce que le reste du monde méprisait. Sa violence, son sadisme, son mépris pour tous les êtres qui ne faisaient pas partie de sa classe.
À part Voldemort.
Bellatrix semblait avoir complètement oublié les origines de son Maître. Ou, du moins, elle refusait désormais d'y prêter la moindre importance. Elle avait compris qui il était exactement. Elle savait que, sang-mêlé ou pas, Lord Voldemort se situait en haut de l'échelle sociale. Et elle avait également réalisé que, ceux qui seraient fidèles au Seigneur des Ténèbres ne seraient jamais bien loin derrière. Le servir était tout à son avantage, Voldemort le lui avait bien fait comprendre.
Après des semaines de collaboration, Voldemort avait déjà constaté des changements majeurs chez Bellatrix. Elle était encore plus sûre d'elle qu'elle ne l'avait été autrefois. Pourtant, elle était plus soumise que jamais à celui qu'elle appelait « Maître ». Elle obéissait à n'importe lequel de ses ordres, sans jamais les questionner. Elle affirmait son désir ardent de le servir, de se battre pour sa cause, et ce à la moindre occasion. Elle le vénérait. Et Voldemort aimait cela. Il savait que la jeune fille tombait chaque jour un peu plus pour lui, et il n'avait aucune envie d'y mettre un terme. Ses serviteurs s'engageaient généralement à ses côtés pour la gloire, mais Bellatrix Black était là pour une toute autre raison. Sa loyauté était basée sur l'admiration, sur le respect... et sur le désir.
Voldemort n'avait nul besoin d'user de ses talents de Legilimens pour cela. L'attitude corporelle de Bellatrix la trahissait toujours. Elle essayait tout le temps d'être le plus proche possible de lui. Elle le regardait comme s'il était un dessert dont elle avait longtemps été privée. Elle lui parlait avec une voix mielleuse, chargée d'émotion. Chaque mot qu'il lui adressait, elle le chérissait. La moindre attention qu'il lui accordait était pour elle le plus grand honneur. Chaque fois qu'il posait un doigt sur elle, même si le contact ne durait qu'une seconde, elle frémissait comme si une vague de plaisir intense la submergeait.
Bellatrix Black appartenait entièrement à Lord Voldemort. Elle ne le trahirait jamais.
Alors, pourquoi n'en profitait-il pas ? N'était-elle pas majeure, après tout ? Ne voulait-elle pas la même chose que lui ? Certainement, elle ne refuserait jamais ses avances. Au contraire, elle ne cessait de courir après le moindre contact physique. Il pourrait la prendre là, ici, sur son bureau. Il pourrait lui ordonner de retirer ses habits et de se mettre à genoux devant lui et elle le ferait sans la moindre hésitation. Alors, pourquoi n'en profitait-il pas ?
- Tes parents et tes sœurs viennent déjeuner ici dans une heure, dit soudain le mage noir d'une voix étranglée. J'ai convaincu madame Kirke de ne pas nous envoyer d'aurors cette fois mais je veux que ton comportement soit impeccable.
- Bien sûr, Maître.
Voldemort se retrouva à fixer sa pupille sans même s'en rendre vraiment compte. Celle-ci le regardait en retour, sa poitrine se soulevant rapidement au rythme de son souffle saccadé.
- Maître, j'avais pensé... hum... pour Rodolphus...
- Cela ne me concerne aucunement, coupa sèchement Voldemort en détournant le regard. Vos affaires de mariage sont le cadet de mes soucis.
- Mais je veux me battre pour vous ! Je veux vous servir de la façon la plus appropriée possible, et je ne veux appartenir qu'à vous, Maître ! Pas à Dolph, ni à qui que ce soit d'autre. Je ne pourrai jamais vous servir correctement si je...
- Es-tu sourde ?
Bellatrix resta bouche-bée, et la peur prit immédiatement le pas sur la révolte. Elle ferma les yeux, tentant de dissiper ses émotions. Bonne fille, pensa Voldemort. En chassant ses émotions, elle se séparait de tout ce qui faisait son humanité, exactement comme son cher Maître lui avait appris. Elle devenait peu à peu l'arme de destruction que Voldemort voulait qu'elle soit. Bientôt, plus rien ne pourrait l'atteindre à part les mots de son tuteur.
Voldemort se leva lentement et contourna son bureau pour rejoindre Bellatrix. Il passa une main sous son menton, relevant doucement sa tête pour qu'elle le regarde, et ses yeux plongèrent dans les siens. Ils étaient vides.
- Je ne ramènerai plus le sujet, Maître, dit la fille d'une voix blanche. Je vous prie d'excuser mon insolence. Je ferai toujours ce que vous me dites de faire. Je suis vôtre, qu'importe les circonstances.
- Bien, Bella.
Il caressa sa joue avec son pouce et, de sa main libre, la pressa à se lever. Elle se retrouva contre lui, immobile, sa respiration toujours rapide, comme si elle était essoufflée. Voldemort se rendit alors compte à quel point elle était petite face à lui. Il posa sa main au creux de son dos, la pressant un peu plus contre lui, et déposa délicatement un baiser sur son front. Son autre main quitta son visage pour aller s'enfuir dans ses boucles soyeuses, et il laissa ses lèvres posées contre sa peau d'ivoire de longues secondes. En dessous de lui, Bellatrix avait fermé les yeux. Il sentit qu'elle posait une main contre son torse, et il ne fit rien pour l'en empêcher.
Puis, tout à coup, il réalisa ce qui était en train de se passer. Si elle restait ici une seule seconde de plus, il allait faire quelque chose qu'il regretterait amèrement.
- Va te préparer, dit-il soudainement en se séparant d'elle brusquement. Nos invités ne vont pas tarder.
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All the wrong choices
Fanfiction1967. Bellatrix entame sa sixième année à l'école de sorcellerie Poudlard. Au même moment, un mystérieux mage noir fait campagne au sein des plus grandes familles de sang pur. Lorsque l'aînée de la famille Black fait la rencontre de celui qui se fai...