Pour apprendre à surmonter la douleur, il faut la connaître. Voldemort avait été très clair là dessus. Bellatrix s'était pris le sortilège de torture de son Maître de plein fouet, et était restée inconsciente jusqu'à la tombée de la nuit. Elle s'était évadée dans les contrées lointaines de son esprit, comme si la mort l'avait accueilli dans ses bras et lui montrait ce qu'avait été la vie. Elle n'était ni dans son corps, ni dans un autre monde. Elle ne sentait ni la douleur de ses membres endoloris, ni la paix de l'être qui n'est plus. Elle se souvenait avoir ressentit une souffrance dont elle n'avait jusque là jamais soupçonné l'existence. Une souffrance qui faisait l'effet d'os qui se brisent, d'organes qui se déchirent, de chair qui brûle et fond comme la plus vulgaire des matières premières. Mais le pire, dans l'expérience d'un sortilège de doloris, c'était les images qui étaient projetées dans l'esprit de la victime.
Car il n'y de plus grande douleur que celle infligée par l'âme.
Bellatrix avait vu ses sœurs mourir sous ses yeux. Elle avait vu ses parents la renier, ses pairs la rejeter. Elle avait vu sa magie disparaître. Et pire, elle avait vu son Maître l'abandonner.
Voldemort lui avait fait subir la plus violente des tortures en s'assurant de lui faire prendre conscience de tout ce qu'elle avait à perdre. Il avait brisé son corps et son esprit.
Et pourtant, alors qu'elle ouvrait lentement les yeux, allongée sur son lit, la gratitude l'envahit. Il était là, la tenait dans ses bras comme si elle était la chose la plus délicate du monde, et ses yeux exprimaient toute la fierté qu'il lui portait. Alors, Bellatrix comprit.
Il lui avait en réalité fait prendre conscience de tout ce qu'elle avait à gagner.
- Maître, murmura-t-elle d'une voix rauque, sa gorge encore douloureuse des hurlements qu'elle avait poussés.
- Tu as été forte, Bella, dit Voldemort d'une voix douce. La plupart restent inconscients des jours durant après avoir reçu un doloris pour la première fois. Mais tu n'es pas n'importe qui, hmm ?
Il caressa doucement sa joue, et Bellatrix s'autorisa à fermer les yeux et à inspirer profondément, s'enivrant du parfum masculin de son tuteur.
- La prochaine fois, je te promets que ce sera toi qui lancera ce sortilège. Tu connais ses effets. Tu es assez puissante pour maîtriser les Impardonnables. Les ténèbres t'habitent, et ils ne demandent qu'à être relâchés.
Elle n'avait pas la force de lui répondre. Il ne sembla pas être dérangé par cela. Il savait ce qu'elle venait de surmonter, et il savait qu'elle avait besoin de repos.
- Ce que tu viens de vivre, dit-il en continuant de caresser son visage, n'est rien d'autre qu'un risque à prendre. Un jour, tu auras des ennemis à combattre. Merlin seul sait ce qu'il arrivera alors. Peut-être qu'ils utiliseront ce genre de sortilège sur toi, pour t'arracher des réponses ou simplement pour te briser. Mais lorsque ce jour arrivera, tu seras prête. La douleur ne signifiera rien pour toi. Elle ne t'effleurera même pas. Et alors, ils n'auront aucune chance. La souffrance est ton amie. Accueille-la comme telle, au lieu de lutter contre elle. Laisse-la t'apprendre tout ce qu'elle a à t'apprendre. Ce n'est qu'en la maitrisant que tu pourras l'utiliser correctement.
Bellatrix rouvrit les yeux, et rencontra le regard de Lord Voldemort. Celui-ci était étrangement froid. Le mage noir la déposa délicatement contre ses oreillers et se releva.
- Repose-toi. Dobby amènera ton dîner ici, il serait plus avisé que tu restes alitée jusqu'au matin.
Bellatrix acquiesça, et sentit son cœur se serrer lorsqu'elle vit son Maître s'éloigner et se diriger vers la sortie de sa suite. Puis, il s'arrêta et, sans se retourner, lui dit :
- Il n'y aura pas cours demain. Nous recevons ta famille pour le thé. Les Lestrange seront également présents. Bonne nuit, Bella.
****
Voldemort porta son verre de whisky pur-feu à ses lèvres, le regard au loin, perdu dans la nuit qu'il observait à travers la fenêtre.
- ...toujours à faire ses aller-retours à travers tout le continent. Vingt ans que ça dure, et personne n'a jamais osé lui dire quoi que ce soit. Surtout pas moi. Vous connaissez Cerda, elle a de ces tempéraments. On ne s'est jamais aimés... c'était un mariage arrangé, elle et moi. La conception de Lucius était certainement la pire chose qui nous soit arrivée à tous les deux. Enfin... j'imagine que ses voyages sont un bon compromis. Elle profite des plaisirs que lui offrent ses diverses rencontres, et moi je profite de son absence. Elle n'a jamais été dérangée par mes écarts... à vrai dire, je suis certain qu'elle a eu plus d'amantes que moi. Je suis surpris qu'elle ne se soit toujours pas installée définitivement avec l'une d'entre elles. On ne pourrait pas divorcer, bien sûr, mais rien ne nous empêche de vivre séparément.
Le mage noir n'avait prêté aucune attention au bavardage de son hôte. Il connaissait Abraxas depuis leurs années à Poudlard, et ce dernier avait toujours été un solide allié. Il avait été le premier à l'accueillir à son retour en Angleterre, et avait immédiatement affirmé son support pour la cause. Abraxas était sûrement pour Voldemort ce qui s'approchait le plus d'un ami.
Mais Voldemort n'avait que faire de ses histoires de mariage. Tout le monde savait que Cerda et Abraxas Malefoy raffolaient tous deux de la compagnie de jeunes filles ; ce que racontait le maître de maison n'était pas une nouvelle fracassante.
- Arsenius et Cygnus ont signé un contrat de mariage, dit tout à coup Voldemort d'une voix plus froide que la glace. Rodolphus compte épouser Bellatrix d'ici la fin de l'année.
- Oh, oui, oui, grommela Abraxas. C'était prévu depuis des années.
Voldemort leva un sourcil interrogateur, et Abraxas devint écarlate.
- Je veux dire... tout le monde savait que les deux allaient finir ensemble. Miss Black et Lestrange ont toujours été collés l'un à l'autre. Je croyais même qu'ils étaient déjà fiancés.
- J'ai dit à Rodolphus que le mariage n'allait pas avoir lieu, répondit simplement Voldemort en prenant une longue gorgée de whisky.
Abraxas soupira, et bu à son tour du liquide ambré qui remplissait son verre.
- Je suis sûr que ce choix était tout à fait fondé, Maître, dit-il.
- Non, répondit sèchement Voldemort en regardant le fond de son verre. J'ai agi impulsivement. Je n'ai pas à me mêler de ce genre d'affaires. Bella... Bellatrix me servira correctement, mariée ou non. Je vais devoir les laisser.
- Maître...
Voldemort regarda Abraxas, rencontrant ses yeux gris polaires. Il put lire de la bienveillance sur le visage de Malefoy.
- Je vois comme elle vous regarde, dit Abraxas d'un ton sérieux. Elle vous regarde comme si vous étiez le plus somptueux des trésors. Comme si vous étiez l'air dont elle avait besoin pour respirer. Ce n'est plus le jeune Lestrange qu'elle veut.
Le mage noir ne répondit rien à cela, alors Abraxas continua.
- Alors bien sûr, miss Black fera ce que lui demande son père. Elle épousera Lestrange si c'est ce qui est attendu d'elle. Mais je suis certain qu'à votre moindre parole contestant ce devoir, elle renoncera à épouser le garçon. Miss Black est de votre côté. Nous le sommes tous. Votre volonté a plus de valeur que nos traditions.
- Je n'ai aucune raison légitime d'empêcher ce mariage, répondit froidement Voldemort.
- N'en avez-vous pas, mon Seigneur ? répondit l'homme blond en prenant une nouvelle gorgée de whisky.
Voldemort pensa à la façon dont il avait tenu le petit corps de sa pupille contre lui tout l'après-midi, alors qu'elle luttait contre les effets du sortilège de doloris. Il pensa à la fierté qu'il ressentait lorsqu'elle réussissait à faire ce qu'il lui demandait. Il pensa à la jalousie qui s'était emparée de lui lorsque Lestrange était venu l'informer du mariage à venir.
Il n'avait aucune envie que Bellatrix appartienne à quelqu'un d'autre.
Mais au fond de lui, il savait qu'en s'opposant au mariage, il se mettait dans une position délicate. Il ne pouvait pas risquer d'heurter les sentiments de ses soutiens les plus puissants. Il devait s'assurer de leur loyauté et, contrairement à Bellatrix, la loyauté de ces gens ne tenait pas à grand-chose. En allant contre leurs mœurs, Voldemort pouvait perdre leur confiance. Abraxas avait beau affirmer le contraire, le mage noir savait pertinemment que les sangs-purs ne tournaient pas le dos à leurs traditions aussi facilement que cela. La possessivité qu'il ressentait à l'égard de sa jeune élève était une menace pour sa cause.
Et sa cause était plus importante que Bellatrix.
- Miss Black épousera Rodolphus Lestrange, comme il l'a été décidé par leurs parents. Le couple recevra l'ordre de ne pas concevoir tant que nous aurons besoin de leurs services, et tout se passera selon mes plans.
Abraxas acquiesça en silence, les lèvres serrées comme s'il se retenait de répondre quelque chose. Il n'avait pas besoin d'en rajouter. Voldemort savait ce qu'il voulait exprimer, car cela pouvait se lire dans le regard de l'homme. Monsieur Malefoy était désolé pour son Maître.
****
- Oh, Bella, tu as une mine affreuse, dit Druella en tendant sa cape de voyage à l'elfe de maison. Cygnus, tu as pris la robe que je t'avais dit de prendre ? oh mais, par Morgane, je ne te demande pourtant pas grand-chose ! Bella, chérie, je suis vraiment désolée mais ton père a oublié la robe que nous voulions t'apporter. Il faudra t'en racheter une autre si tu en as vraiment besoin maintenant... Quoi ? Non, Cygnus, ce n'est pas inutile. Si ta fille veut cette robe, je ne vois aucune raison de lui dire non. Ce n'est pas ma faute si tu n'as pas plus de mémoire qu'un boursouffle.
Bellatrix n'eut pas le temps d'en placer une que ses parents lui passaient déjà devant pour aller saluer les Malefoy. Heureusement, Narcissa lui remonta le moral en se jetant dans ses bras et en la serrant contre elle.
- Nous avons la nouvelle la plus formidable du monde, Bella ! s'exclama-t-elle avec un enthousiasme non dissimulé.
- Oh ?
- Oh, oui ! Parfaitement splendide ! Génial !
La petite s'éloigna en dansant à moitié, un grand sourire aux lèvres, continuant de dire « absolument brillant, ravissant, très excellent ! ». Andromeda s'approcha à son tour de l'aînée de la fratrie, un sourire moins convainquant aux lèvres. Bellatrix soupira.
- Encore énervée ?
- Ce n'est pas contre toi que je suis énervée, Bella, murmura Andromeda en repoussant une mèche qui barrait le visage de sa sœur. Je suis juste inquiète. Maman a raison, tu sais. Tu as l'air malade.
- Merci, répondit Bellatrix en pinçant les lèvres. Ça fait toujours plaisir d'entendre de tels compliments.
Andromeda secoua la tête et leva les yeux au ciel. Les deux décidèrent de s'en arrêter là et rejoignirent les autres dans le salon.Les Lestrange arrivèrent peu de temps après. Quand Bellatrix vit Rodolphus, il lui sembla que son cœur manqua un battement. Cela faisait plus de deux mois qu'elle n'avait pas posé les yeux sur lui. Elle avait été bien trop occupée, et Voldemort n'avait permis aucune autre visite que celle de sa famille. Qu'avait-il fait durant tout ce temps ? Ils n'étaient jamais restés aussi longtemps séparés. Il travaillait au Ministère désormais, et elle savait aussi qu'il était entré au service du Seigneur des Ténèbres. Avait-il effectué des missions à son compte ? En quoi consistaient-elles ? Tant de questions auxquelles Bellatrix savait qu'elle n'aurait pas de réponses. La seule certitude qu'elle eut fut celle que Rodolphus l'aimait encore. Elle le comprit quand il posa les yeux sur elle. Des yeux pleins d'affection, de soulagement, de fierté.
- Bellatrix, murmura-t-il en portant le poignet de la jeune fille à ses lèvres pour y déposer un baiser. Je suis très heureux de te revoir.
- Dolph... soupira-t-elle en réponse, ses joues se teintant d'un rouge vif alors qu'elle sentait le regard de son Maître derrière peser sur elle.
Ils prirent tous place autour d'une table basse sur laquelle avait été disposé un service à thé. Rodolphus s'assit à côté de Bellatrix, tandis que Voldemort s'était installé en face d'eux, à la place la plus au centre possible du groupe. La jeune sorcière se sentait si mal qu'elle en avait la nausée. Le simple fait d'être en présence du jeune sorcier auquel elle avait le premier donné son affection la rendait malade. Elle avait l'impression de trahir Voldemort, simplement en se tenant aux côtés de Rodolphus. Bellatrix avala sa salive, tentant de réprimer le nœud qui s'était formé dans sa gorge. Elle n'était pas une Legilimens aussi douée que son Maître, mais quand elle vit la froideur intense dans son regard, elle comprit qu'il n'aimait pas plus la situation qu'elle. Elle voulait se lever, l'embrasser, lui assurer qu'il n'y avait que lui pour elle, qu'elle n'aimerait jamais aucun autre sorcier, que personne d'autre ne comptait à ses yeux.Mais Rodolphus passa ses doigts entre les siens, et elle ne trouva pas la force de le repousser. Elle baissa les yeux, Voldemort regarda ailleurs, et elle sentit des larmes se former sous ses paupières.
- C'est un réel plaisir de vous revoir, Bellatrix, dit Arsenius Lestrange. Nous avons entendu que vous faisiez de grands progrès grâce à votre tuteur.
- Merci, murmura Bellatrix, les yeux toujours fixés sur la pointe de ses bottines.
- Bella... chuchota sa mère en faisant les gros yeux et en lui faisant signe de se tenir droite.
La jeune sorcière obéit, et leva les yeux vers le patriarche de la maison Lestrange. Elle avait eu une demie seconde pour chasser ses émotions, mais elle avait réussi. Ses yeux étaient aussi vides que son esprit lorsqu'elle les posa sur son interlocuteur.
À sa droite, Narcissa jubilait, et Andromeda observait attentivement la scène. Tout le monde semblait attendre quelque chose de précis. Tout le monde semblait être au courant de quelque chose que Bellatrix ignorait.
- Mon Seigneur, fit la voix de Mérida Lestrange qui était assise à côté de Druella. Puis-je suggérer que vous soyez celui qui annonce la merveilleuse nouvelle ? Après tout, Bellatrix et Rodolphus sont tous deux vos humbles servants.
Bellatrix ferma les yeux, et il lui fallut toute la force du monde pour réprimer les sanglots qui s'étaient formés d'un coup dans sa poitrine. Tout était clair désormais. C'était évident. La grande nouvelle dont parlait Cissy, la réunion des deux familles, le sourire ravi de Dolph...
Elle rouvrit les yeux et supplia son Maître du regard. D'un coup, elle laissa tomber les barrages de son occlumencie et réunit toute son énergie pour diriger ses pensées vers Lord Voldemort.Maître...
Maître je vous en supplie. Ne faites pas cela.
Je vous en supplie.Voldemort resta impassible, mais lorsqu'il parla, il n'y avait aucune joie dans sa voix.
- Bellatrix... tu épouseras Rodolphus Lestrange l'été prochain.
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All the wrong choices
Fanfiction1967. Bellatrix entame sa sixième année à l'école de sorcellerie Poudlard. Au même moment, un mystérieux mage noir fait campagne au sein des plus grandes familles de sang pur. Lorsque l'aînée de la famille Black fait la rencontre de celui qui se fai...