Nevitha

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XX

Je regarde le professeur qui s'excite pour une explication. Je l'entends parler, mais ses mots n'atteignent pas mon cerveau.

-        Tu as quoi aujourd'hui ?

Je me tourne vers Veronica qui me fixe d'un air perturbé.

-        Je suis fatiguée j'ai dormi tard hier à cause d'une série.

Elle pouffe de rire et reporte son attention sur l'enseignant. Le mensonge est sorti d'une traite, avant même que j'y pense. Je me sens coupable d'être malhonnête, mais en réalité je ne vois aucune autres alternatives, Veronica n'est pas censée savoir que je fais des cauchemars et que je suis terriblement angoissée de dormir ensuite.

Je souffle bruyamment en essayant tant bien que mal de solliciter mon esprit pour me permettre, au moins, de noter l'important de ce qui est dit. Je suis épuisée, autant mentalement que physiquement, et même si j'ai envie d'y remédier et de retrouver mon énergie, je ne sais pas comment m'y prendre.

Mon téléphone vibre, ce qui me ramène sur terre.

Tata chérie d'amour : tu viens à midi ?

Ça ne me ferait que du bien de la voir, mais je prends également le risque de l'inquiéter et de faire face à un tas de questions, auxquelles je n'ai aucune envie de répondre.

Tu as besoin qu'on s'occupe de toi.

Des larmes menacent de me monter aux yeux. Oui j'ai besoin d'elle, j'ai besoin de sentir qu'elle est là avec moi, j'ai besoin de sa chaleur, j'ai besoin de savoir que je suis entourée, quitte à éviter ses questions.

Moi : oui.

Tata chérie d'amour : ok je fais du poulet.

J'ai l'impression qu'elle a senti que j'allais mal, je ne m'en étonne pas vraiment, c'est ma deuxième maman après tout, à force de s'occuper de moi elle a dû apprendre à voir ce que je ne disais pas. La connaissant elle n'insistera pas si je lui fais comprendre, parce qu'elle aura compris de quoi il s'agit. Je n'ai pas envie qu'elle s'inquiète pour moi, elle a d'autres problèmes à gérer.

Mes notifications ne font qu'apparaitre et je commence à m'irriter. Je n'ai envie de parler à personne, je n'ai aucune envie de passer mon temps sur les réseaux, la lumière me donne mal à la tête et il n'y a littéralement rien qui m'intéresse. Je réponds à tous les messages en attente, notant que ma mère ne m'a toujours pas répondu, puis j'enlève ma connexion pour avoir la paix.

Yerim : hey

Une vague de chaleur m'envahit en voyant son nom, mais je ne veux pas répondre, je n'ai pas envie de lui parler non plus, ça reviendrait à faire semblant d'aller bien et j'en suis incapable aujourd'hui.

J'entends les bruits de papier, de stylos et d'ordinateurs que l'on range dans les sacs, annonçant la fin du cours. Je fais de même et me dirige vers l'extérieur au milieu de la foule de mes camarades.

-        Vita ?

Je tourne la tête vers Veronica, qui adopte un air inquiet.

-        Qu'est-ce qui y'a ?

-        Tu as oublié ton manteau, fait-elle en me tendant le vêtement noir.

Je me sens ridicule, je risque d'avoir du mal à continuer à lui faire croire que je vais parfaitement bien. Je me contente de rire et de l'enfiler, dans l'espoir vain que cela détende la situation. Veronica ne rit pas, elle me fixe sans se défaire de son air inquiet.

TempêteOù les histoires vivent. Découvrez maintenant