Chapitre 6

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Fogelberg se réveilla en sursaut, la bouche grande ouverte sur un cri muet, son corps couvert de sueur, une mèche de cheveux collée sur son front. Elle se redressa brusquement et s'assit sur son lit, cherchant à reprendre son souffle. Son oreiller, sa couette et son drap contour étaient moites et humides de son cauchemar. À mesure que le rythme des battements de son cœur ralentissait, des brides de son rêve s'accrochaient à sa mémoire.

Encore sous l'emprise de l'angoisse, elle se rappela des images troublantes qui avaient envahi son sommeil. Elle avait été témoin, impuissante, de la flagellation d'une personne, mais l'image était floue, rendant difficile de dire si c'était une femme ou un homme. Tout cela se déroulait sur un terrain de sport, sous les acclamations délirantes d'une foule en délire. Puis, dans un macabre dénouement, la personne était pendue à un arbre, tandis que les lumières du stade se teintaient de rouge. Le ciel s'obscurcit et une pluie rouge, épaisse, comme du sang, se mit à tomber sur les spectateurs.

Son esprit récupérait les détails sordides de son enquête, les mêlant à ses cauchemars et lui faisant vivre un véritable film d'horreur en plein sommeil. Essayant de se calmer, elle porta une main tremblante à son front, chassant les dernières images de son cauchemar. La pièce était plongée dans l'obscurité, seule la lueur faible de la lune filtrant à travers les rideaux rappelait la réalité du monde extérieur.

La météo semblait calme, pas de pluie rouge ici, juste une nuit silencieuse.

Se ressaisissant, elle se leva et prit une douche pour se débarrasser de la sueur toxique de son cauchemar. D'une main énervée, elle essuya la buée qui s'était formée sur le miroir au-dessus du lavabo. Elle n'aimait pas la femme qu'elle voyait dans le reflet. Dans la trentaine, elle avait des cheveux bruns avec des reflets roux, mais ce qui la rendait particulière, c'était son hétérochromie, une particularité génétique qui faisait qu'un de ses yeux était vert noisette tandis que l'autre tendait vers un marron plus foncé. Elle cachait cette particularité en laissant tomber une mèche sur le côté de son visage.

Certes, elle était jolie, mais ses traits durs la rendaient intimidante, et peu de courageux osaient tenter de la draguer, sauf ceux qui étaient prêts à tout, mais qui échouaient lamentablement.

Travaillant dans un milieu masculin et machiste comme la police, elle cumulait les surnoms, au gré des modes et de l'humour de ses collègues. Que ce soit "Miss Marple*," "Agatha Raisin**," ou "Lisbeth Salander***," cela démontrait quand même un certain niveau de culture littéraire qui allait au-delà des simples histoires drôles d'un journal gratuit ou des résultats sportifs en fin de journal.

Elle n'accordait que peu d'importance à ce que les autres, ses collègues ou ses connaissances - car on ne pouvait réellement appeler ses relations des amis selon le standard relationnel normal - pensaient d'elle ou de la gestion de sa vie.

Elle s'habilla à la hâte, attrapant les premiers vêtements à sa portée. Ses chaussettes étaient dépareillées tant par leurs motifs et leurs couleurs que par leur taille. Elle enfila un tee-shirt, une petite culotte et un jean, puis mit une veste tout en chaussant ses baskets. Elle prit ses clés et sortit de son appartement pour prendre une marche dans le quartier. L'air frais ne pouvait que lui faire du bien. Un petit crachin tombait encore, et la ville semblait luire sous la lumière du jour naissant.

La pluie lavait les odeurs de gaz d'échappement, de pollution et les relents des camions-poubelles venus récolter les restes de notre société de surconsommation. Dans une ruelle, elle observa un pauvre diable se dépêcher de placer des conteneurs sur un rail, actionnant un levier pour que les conteneurs déversent détritus et morceaux de vie dans la benne du camion, avant de rapidement les reposer et de courir jusqu'au prochain. Pas de temps à perdre, car même au plus bas de la misère, il fallait rationaliser les coûts.

It ends with usOù les histoires vivent. Découvrez maintenant