Il était indéniable pour Fogelberg qu'elle éprouvait des sentiments pour Joseph. Sa présence éveillait en elle des sensations dans son ventre, les fameux papillons dont parlent les livres et les comédies romantiques. Elle pensait être immunisée contre ces sentiments, ses papillons ayant été brûlés à l'acide avant qu'ils ne sortent de leur chrysalide. Jamais Fogelberg n'avait éprouvé les émotions qu'elle ressentait en sa présence, en discutant avec lui, en le regardant. Il ne fallait pas chercher bien loin pour comprendre. Elle était amoureuse, et cela survenait vraiment sur le tard, c'était la première fois. Elle avait mis ce sentiment de côté, le rayant complètement de sa vie, l'enfouissant et l'oubliant. Elle s'était toujours crue frigide, n'éprouvant aucun désir sexuel. Elle s'en moquait complètement. Du moins, jusqu'à aujourd'hui.
Aujourd'hui, elle subissait tout, intégralement, n'étant absolument pas préparée pour cela. Elle se sentait déboussolée face à ces sentiments, des sensations nouvelles qui la submergeaient par vagues. Tout ce qu'elle aurait dû apprendre et découvrir entre ses treize et seize ans lui tombait dessus en accéléré, et elle n'avait personne à qui en parler, aucune amie femme pour... Karine ! Elle a Karine.
Les joues de Fogelberg s'empourprent légèrement tandis qu'elle observait Joseph se préparer pour aller donner ses cours.
« Mettius, est-ce que je peux t'accompagner ?
— Bien sûr ! » répondit-il avec un sourire chaleureux.
« Je prendrais des douceurs à la boulangerie.
— Ce n'est pas nécessaire, Sarah. Sinon, tu vas les domestiquer et les habituer en les gâtant. Tu n'as pas envie d'avoir un professeur domestique dans les pattes », plaisanta-t-il.
« Cela me fait plaisir, Mettius.
— Je sais, je te taquine. Tu es prête ? »
D'un hochement de tête, elle récupéra sa plaque, son arme et le reste de ses affaires avant de sortir, attendant Joseph pour prendre l'ascenseur. Marcher dans la rue à ses côtés la rendait heureuse, et la conversation sur le trajet lui semblait fluide et naturelle. Sa main était à quelques centimètres de celle de Joseph, et il suffirait d'un rien pour qu'il la prenne, mais il semblait ne la voir qu'en tant qu'amie, une amie de passage. Qu'est-elle pour lui sinon une anecdote, une brindille emportée par le vent ?
Combien de vie a-t-il vécue ? Où et avec qui ? Il a connu le monde antique, le moyen âge, la renaissance, la révolution industrielle. Dans combien de guerres a-t-il combattu ? Dans quel camp combattait-il ? L'homme qu'elle côtoyait aujourd'hui était-il semblable à celui qu'il avait été il y a deux mille ans ? Son cerveau était ailleurs, cherchant à comprendre, à savoir qui est l'homme qu'elle commence à aimer.
Montant les marches conduisant à l'école, Fogelberg prit son courage à deux mains et glissa doucement sa main dans celle de Joseph, le faisant se retourner.
« Bonne journée, Joseph », dit-elle en souriant. « Je vais rester quelques minutes avec Karine. On se voit ce soir ?
— Bien sûr, bonne journée, Angie », répondit-il avec un sourire complice.
Leur échange les font sourire, leurs véritables identités sont restées à la maison.
« Bonjour Karine », salua Joseph en passant la tête dans le bureau du secrétariat. « Je t'ai amené quelqu'un. Bonne journée. »
« Bonjour Lieutenant », répondit Karine en souriant, en sortant la tête de son bureau.
« J'ai apporté des viennoiseries pour les enseignants », expliqua-t-il avec gentillesse.
« C'est gentil, mais entrez », l'invita-t-elle.
Fogelberg s'installa dans un fauteuil, se sentant soudainement un peu ridicule, mais Karine la mit rapidement à l'aise.
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It ends with us
Misterio / SuspensoLe Lieutenant Fogelberg se retrouve confronté à des crimes aussi horribles qu'insaisissables : une femme pendue dans un parc, un homme crucifié dans un motel... Aucun indice ne permet de mettre la main sur les coupables, et l'enquête semble s'enlise...
