Chapitre 9

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Fogelberg arrive au motel et parcourt les lieux avec une pointe de nostalgie. Encore une image du rêve américain, pensa-t-elle en souriant. La route 66 et ses motels avaient toujours eu une aura particulière. Cependant, celui-ci n'avait rien d'exceptionnel. C'était un motel basique, situé près des axes routiers, pratique pour les routiers fatigués et les clients en quête de discrétion. Elle observa brièvement la chambre avec miroir au plafond et haussa légèrement les épaules. Chacun avait ses fantasmes, après tout. Le seul avantage de ce motel était sa praticité pour les arrivées et les départs rapides.

En passant devant un agent en uniforme, elle remarqua son étonnement face à sa tenue décontractée : jean, tee-shirt et chaussures de sport, son badge à la ceinture et son arme dans son holster plaqué sur la hanche. Elle ne put s'empêcher de sourire devant son air interrogateur. "Elle se croit dans une série télé celle-là ?", se dit l'agent en la saluant poliment tout en se redressant et en saluant quand elle passe devant lui

Dehors, la pluie commença à tomber, d'abord doucement, puis de plus en plus fort. La pluie semblait créer un voile mouvant qui absorbait tous les bruits de la ville. Selon les prévisionnistes de la chaîne météo, l'été sera très chaud. Fogelberg esquissa un sourire ironique en se rappelant leurs prédictions hivernales erronées. Les mêmes experts avaient annoncé un hiver rigoureux, alors que la température n'était jamais descendue en dessous de moins 10 degrés. Et le 24 décembre, il faisait 20 degrés. Le fameux Noël blanc tant attendu n'était jamais venu. Elle secoua la tête, amusée par leur manque de précision.

En découvrant l'atmosphère qui régnait autour du lieu du crime, Fogelberg comprit immédiatement que cette affaire allait sortir de l'ordinaire. Les gyrophares des voitures de police illuminaient le motel, attirant l'attention des clients qui sortaient curieusement de leurs chambres ou étaient réveillés en sursaut par le bruit des agents en pleine action. Les discussions animées des policiers dans leurs walkies-talkies, les portières et les coffres qui claquaient, tout contribuait à un spectacle à la fois troublant et chaotique.

La nuit de sommeil avait été brutalement interrompue pour tout le monde, et il était évident que la chambre du crime ne serait pas libérée avant que les policiers n'aient pris les dépositions de tous les témoins présents. Cette situation mettait certains clients dans l'embarras, tant sur le plan professionnel que personnel. Ils étaient désormais pris au piège dans cette scène de crime inattendue, avec peu d'échappatoires.

Le légiste, fraîchement arrivé sur les lieux, posa sa mallette contre le mur près de la porte de la chambre. Il prit soin de revêtir des gants avant de remarquer l'approche de Fogelberg. D'un geste prévenant, il sortit une deuxième paire de gants de sa mallette et les lui tendit.

Avant d'entrer dans la chambre, Fogelberg observa la scène avec une émotion contenue. Une femme, allongée sur une civière, pleurait désespérément, tenant la main d'une autre femme dont le regard semblait se perdre dans le lointain. Un collègue en uniforme prenait la déposition d'un homme qui devait être le gérant du motel. La tension était palpable, et l'horreur de la situation marquait les esprits.

Avec précaution, Fogelberg ouvrit la porte et fut frappée par la mise en scène macabre qui s'offrait à elle. Un homme était crucifié au mur, nu, la gorge tranchée. Malgré la scène choquante, elle remarqua une absence troublante de sang, comme si le meurtre avait été commis ailleurs avant d'être mis en scène ici.

« Étonnamment, ce que l'on remarque en premier, c'est l'état du corps et celui de la chambre », nota à voix haute le médecin légiste, comme s'il avait lu les pensées de Fogelberg. Elle acquiesça silencieusement, incapable de détourner les yeux de la sinistre mise en scène.

« On pourrait croire que l'absence de sang rend la scène moins glauque, mais ce n'est absolument pas le cas. En fait, cela ne la rend que plus dérangeante », poursuivit le légiste.

It ends with usOù les histoires vivent. Découvrez maintenant