L'hôtel abandonné était une adresse bien connue des services de police. C'était un squat, un lieu de consommation de drogue, et même un lieu de tournage pour des films pornos amateurs un peu trash.
Fogelberg arriva sur les lieux aussi vite que le taxi put la conduire. Elle avait beau lui dire d'accélérer en expliquant qu'elle était de la police, sans sa plaque et son arme, qui la croirait ? Surtout qu'il l'avait embarquée à la sortie d'un club, les joues rouges, le maquillage ayant un peu coulé de ses yeux.
L'hôtel se dressait devant eux, un imposant bâtiment abandonné qui avait vu des jours meilleurs. Ses murs décrépis semblaient retenir des histoires sombres.
Devant le ruban jaune et noir, un jeune policier s'approcha du taxi. Fogelberg régla la course et se dirigea vers le ruban pour passer en dessous. Le jeune cadet essayait de l'interpeller, mais elle n'écoutait pas et se dirigea directement vers le groupe de policiers qui attendaient devant l'entrée de l'hôtel. Derrière elle, le jeune trottait en continuant de l'appeler, et il s'arrêta seulement lorsqu'il vit Fogelberg serrer la main du Capitaine Cordell, recevant au passage une petite tape dans le dos de la part d'autres policiers.
En marmonnant, il retourna prendre position derrière le ruban.
« Que se passe-t-il ? » demanda-t-elle, consciente que si sa mise à pied était annulée, ou du moins reportée, c'est qu'il y avait un sacré problème.
« Un nouveau cadavre, viens à la réception.
— Vous m'avez retiré l'affaire, non ?
— Prends des gants et suis-moi », lui dit simplement le Capitaine en lui tendant une boîte.
Fogelberg en empoigna deux et les enfila rapidement tout en suivant son Capitaine. Tous les policiers présents étaient alignés et formaient une sorte de haie d'honneur, mais leurs regards n'annonçaient rien de bon. Intérieurement, elle se demandait qui est la victime. Quelqu'un qu'elle connaît peut-être ? Elle fait rapidement le tour de ses connaissances proches, et la liste est courte. L'une est devant elle, l'autre... Non, pas Thomas, s'il vous plaît ! prie-t-elle au dieu de ses ancêtres. Une fois passées les portes, elle aperçoit le médecin légiste, ce qui la rassure. Il ne reste plus grand monde qu'elle considère comme étant proche. Cela doit donc concerner quelqu'un d'autre. Des cadets de l'Académie de Police et des étudiants en sciences médico-légales ont été réquisitionnés. Ils remuent le bâtiment de fond en comble, fouillant chaque recoin.
Un son familier lui fait tourner la tête. Un policier est plié en deux en train de vomir dans un coin. Elle le connaît, ce n'est pas une petite nature.
La scène est chaotique, une activité intense se déroule autour d'elle. Les lampes torches balayent les ombres des pièces sombres, les empreintes digitales sont relevées minutieusement, et les experts en sciences médico-légales prennent des photographies des lieux. Les policiers discutent à voix basse et tous se taisent et cessent de bouger à la seconde où elle s'avance vers le comptoir de la réception.
Que se passe-t-il ? se demande-t-elle à nouveau, de plus en plus inquiète.
« Quel salopard peut faire un truc aussi... monstrueux ? » l'entend-elle avant qu'il ne se plie à nouveau sous la remontée de bile, sa question mourant dans l'acidité expulsée.
Arrivée au comptoir de la réception, elle note enfin les odeurs en suspension dans l'air. Une odeur de moisissure et de décomposition flottait dans l'air, de poussière et d'urine. Les odeurs habituelles de locaux désaffectés.
« Le tueur s'est enregistré », annonce le Capitaine Cordell en lui montrant un registre trônant sur le comptoir.
Fogelberg s'approche et regarde le nom. Surprise, elle écarquille les yeux. "Lieut. Fogelberg."
« Ce salopard joue avec moi. Il en a fait une affaire personnelle.
— Ce n'est pas tout. De ce côté », lui dit le Capitaine en lui montrant le fond du lobby.
En s'approchant, elle voit le légiste reculer en l'apercevant, puis baisser et secouer la tête.
Merde. Ce n'est pas bon ça. Putain, qui est-ce...
Contournant la toile tendue masquant la victime, elle est violemment prise de dégoût. La victime n'est pas seule. Une femme enceinte se tient devant elle, accrochée à des patères. Son ventre a été ouvert. Le cadavre du fœtus repose à ses pieds, baignant dans un mélange de liquide amniotique, de sang et de déjections s'ajoutant à l'odeur ambiante.
Son cœur bat la chamade. Ses yeux ne cessent d'aller d'un corps à l'autre. Le sang afflue. La bile aussi. Elle recule rapidement, tourne la tête et essaye de contrôler le flot qui remonte.
Fogelberg est submergée par une vague de tristesse et de colère. Cette scène est insoutenable, d'une cruauté inimaginable. Elle sent ses mains trembler, incapable de les maîtriser.
Tentant de reprendre son calme, ce sont les larmes qui, les premières, se frayent un chemin.
« Qui l'a trouvé ? » demande-t-elle d'une voix chevrotante.
« Un appel anonyme » répond le Capitaine qui se tient derrière elle.
« Écoute Fogelberg, cette affaire devient prioritaire. Tu vas travailler avec deux équipes. Il faut arrêter cette ordure. Il t'implique personnellement dans son délire. Cela signifie que ça finira forcément par un face à face entre lui et toi. Il se croit invincible et s'en amuse. Il veut te faire la peau. Il va falloir repasser à travers toutes tes enquêtes, voir s'il y a des clients qui ont été libérés et qui t'en veulent au point d'être capable de faire... ça. Il serait préférable que tu déménage, dès aujourd'hui. Il connaît ton adresse, donc, au cas où, ne rentre pas chez toi. Tu as un endroit sûr où rester ? » explique le Capitaine, soucieux de sa sécurité.
« Chez moi, j'ai une chambre d'ami qui ne demande qu'à servir », se propose le légiste.
« Merci Docteur », approuve le Capitaine, « c'est apprécié. Fogelberg, donne-moi tes clés, j'enverrai un agent te chercher des affaires.
— Voyons, Capitaine, ce n'est pas...
— Si, ça l'est. Ce gars-là t'en veut. Et vu ce qu'il est prêt à faire, je n'ose imaginer ce qu'il pourrait te faire. Est-ce que tu vois la même chose que moi ? Car je peux te jurer que c'est la pire scène de crime que j'ai vue dans toute ma carrière. Je n'ai pas envie de te trouver dans un état pire que ce qui est derrière nous, compris ? »
Fogelberg hésite, mais elle sait que le Capitaine a raison aussi elle lui tend son trousseau de clés.
L'ambulance attendait. Le corps du bébé est enveloppé dans une housse, puis il est posé sur le brancard avec d'infinies précautions. Un respect bien tardif pour cette courte vie qui n'aura jamais réellement vécu, sauvagement arrachée du sein de sa mère.
La chape de silence qui accompagnait les ambulanciers fut brièvement rompue par un commentaire qui résumait ce que tous pensaient à cet instant.
« Bordel ! Il y a vraiment des salopards dans ce monde... C'est inhumain de faire ça ! »
Confortablement installé dans un appartement situé en face de l'hôtel, l'homme observait avec un sourire malsain le ballet qui se déroulait sous ses yeux. Les policiers en uniforme, en civil, la police scientifique avec leurs habits d'astronautes, et les gyrophares des ambulances, tout cela éclairait la rue comme des milliers de décorations de Noël.
Un bruit derrière lui l'agaça. Se retournant, il fusilla du regard le vieil homme qui occupait cet appartement. Celui-ci était bâillonné et ligoté sur une chaise de cuisine, et il ne cessait de marmonner en pleurant.
Se redressant vivement, l'homme s'approcha du vieil homme tout en sortant un couteau dissimulé derrière son dos.
« Je t'avais dit que tout se passerait bien si tu te tenais tranquille... mais non, il faut que tu me fasses une scène ! » lança-t-il d'une voix froide, avant de plonger la lame dans le ventre du vieil homme à plusieurs reprises. Puis, il essuya la lame ensanglantée sur le peignoir du cadavre avant de retourner s'asseoir près de la fenêtre, riant comme un dément.
Le meurtrier semblait prendre un malin plaisir à regarder la scène en contrebas, comme s'il savourait chaque moment de chaos et de terreur qu'il avait semé. Son visage exprimait une satisfaction macabre devant le spectacle qu'il avait orchestré.
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It ends with us
Misteri / ThrillerLe Lieutenant Fogelberg se retrouve confronté à des crimes aussi horribles qu'insaisissables : une femme pendue dans un parc, un homme crucifié dans un motel... Aucun indice ne permet de mettre la main sur les coupables, et l'enquête semble s'enlise...
