Chapitre 8

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Avril 1945


Max Devereaux n'aura jamais l'occasion de proposer à Patton d'acquérir le journal de l'Ahnenerbe qu'il avait trouvé au Château de Wewelsburg. De plus, ce dernier sera victime d'un tragique accident de la route en Rhénanie-Palatinat en décembre 1945, sa berline heurtant violemment un camion militaire.

Quoi qu'il en soit, après avoir feuilleté le journal et observé attentivement les dessins qu'il contenait, Devereaux avait pris la décision de le garder pour lui. Sans attendre, il se procura un dictionnaire allemand-anglais et se lança dans la traduction du mystérieux carnet. Les résultats qui en ressortirent étaient tout simplement extraordinaires et offraient à Devereaux une vision nouvelle de l'avenir. La perspective de la richesse semblait désormais à portée de main, à condition qu'il parvienne à décrypter le charabia composé de symboles inconnus et de mots dont il ignorait la signification, et pour lesquels son dictionnaire n'était d'aucune aide. Malgré le manque d'études supérieures, Devereaux se vantait d'être suffisamment malin pour comprendre rapidement n'importe quel sujet. Son travail à la librairie, dans sa ville natale de Bâton-Rouge en Louisiane, lui avait permis de développer une appréciation fine de la valeur des livres et de leur contenu.

Très vite, il comprit que le journal faisait référence à des pièces d'argent. Pour Devereaux, cela était déjà bien suffisant pour attiser son intérêt. Connaissant les rumeurs qui circulaient sur les nazis, il s'imaginait déjà découvrir un coffre rempli d'or et d'argent. Cependant, pourquoi se contenter d'un seul coffre ? Non, il envisageait de mettre la main sur plusieurs coffres, de quoi vivre comme un millionnaire, entouré des plus belles femmes. Des actrices telles que Veronica Lake ou Maureen O'Hara se jetteraient à ses pieds, sans oublier Betty Grable et Rita Hayworth bien sûr. Il était convaincu qu'il deviendrait ainsi plus riche que l'homme le plus fortuné du monde. Ce carnet était, à ses yeux, la clé de sa fortune assurée. L'esprit bouillonnant de rêves de grandeur, il se mit à élaborer des plans audacieux pour l'avenir qui s'annonçait sous un jour radieux.

Patiemment, dès qu'il en avait l'occasion, Devereaux s'isolait pour traduire mot après mot avant de reconstruire les phrases du journal. L'écriture manuscrite lui compliquait énormément la tâche, rendant la traduction d'autant plus ardue. Cependant, malgré les difficultés, il était déterminé à percer le mystère du carnet.

La guerre qui touchait à sa fin ne facilitait pas les choses. Les troupes alliées avançaient rapidement, engagées dans une course pour atteindre Berlin avant les forces communistes. Les tensions se faisaient sentir au sein des troupes, et bien que les nazis soient quasiment vaincus, certains cherchaient déjà un nouvel ennemi à affronter, un adversaire à leur mesure, et qui d'autre que les communistes.

La conférence de Yalta, qui s'était tenue deux mois auparavant, préparait le partage de l'Europe d'après-guerre. Pour Roosevelt, dont l'état de santé déclinait, la priorité était de mettre fin à la guerre le plus rapidement possible. Il avait accepté de laisser à Staline une zone d'occupation plus étendue, et avait promis que les troupes américaines se retireraient entièrement d'ici deux ans après la fin de la guerre.

Dans ce contexte, Max Devereaux continuait son travail de traduction du journal, conscient que le temps jouait contre lui. Il espérait découvrir des indices sur la localisation de ces fameuses pièces d'argent, avant que l'effervescence post-guerre ne complique davantage ses recherches. Les événements mondiaux semblaient se précipiter, mais Devereaux était déterminé à saisir cette opportunité qui s'offrait à lui, quel qu'en soit le coût.

La situation de Max Devereaux devenait de plus en plus critique. Alors qu'il traduisait toujours le journal, il n'avait toujours aucune indication précise sur l'emplacement du trésor, seulement une mention vague d'un village russe. Les jours passaient, et son inquiétude grandissait. Comment pourrait-il mettre la main sur son précieux trésor s'il ne pouvait pas rester sur place pour le trouver ?

Le 30 avril 1945, un coup dur s'abattit sur lui. Max Devereaux avait réussi à survivre à la guerre, mais Adolf Hitler venait de se suicider. En accord avec les accords de la conférence de Yalta, les Alliés cessaient toute avancée en Allemagne. Les rêves de gloire et de richesse semblaient s'envoler. Il devenait impératif pour lui de trouver un moyen de rester sur place, coûte que coûte, afin de poursuivre ses recherches.

Malheureusement, la réalité le rattrapa rapidement. La 3e Division Blindée fut démantelée fin novembre 1945.

Son engagement ayant pris fin, Devereaux cherchait désespérément à rester en Allemagne. C'est à ce moment-là qu'un sourire niais éclaira son visage. L'Allemagne se retrouvait divisée en quatre zones d'occupation : la zone française, la zone britannique, la zone américaine et la zone soviétique. La zone américaine serait prise en charge par la VIIe armée avec la IIIe armée. Il avait une chance de rester en Allemagne ! Devant ses yeux, se dessinait une maison en Californie, sur Mulholland Drive, près de Hollywoodland, avec Betty Grable, toute en jambes, au bord de la piscine, n'ayant d'yeux que pour lui.

Malheureusement, en 1947, la IIIe armée rentrait aux États-Unis.

Pourtant, en deux ans, Devereaux avait eu le temps d'avancer dans sa traduction, de perfectionner sa connaissance de l'allemand et de se rendre compte que son petit journal contenait un secret qui allait au-delà de ce qu'il avait pu imaginer.

It ends with usOù les histoires vivent. Découvrez maintenant