Chapitre 46 - Neal

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Objectivement, ma vie n'a pas vraiment changé depuis que Cleo est venue me rejoindre hier soir et que nous nous sommes avoué nos sentiments. Pourtant, le monde entier me semble différent. Même alors qu'elle n'est pas près de moi, le ciel me paraît plus bleu, le soleil plus brillant. Pendant toute ma journée de cours, j'ai eu l'impression qu'il y a désormais un fil invisible partant de mon cœur et relié au sien. Nous formons un tout désormais ; je sais qu'elle pense à moi autant que je pense à elle.

Ce matin, entre deux cours, j'ai sorti mon portable pour lui envoyer :


Je t'aime.


Juste comme ça, pour savourer le plaisir d'avoir le droit de le dire à présent. J'ai souri de manière incontrôlable quand sa réponse m'est parvenue, dans la minute :


Je t'aime aussi.


Je la tenais dans mes bras hier soir, je la retrouverai dans quelques heures, et pourtant, elle me manque déjà. Peut-être même encore plus que lorsque nous n'étions pas encore ensemble. Parce que maintenant, je sais que son amour me rend aussi euphorique que je le rêvais ; parce que j'ai des souvenirs de ses baisers, de ses larmes d'émotion, pour me donner envie d'en attendre davantage.

J'aurais peut-être dû avoir peur de lui livrer mon cœur sans retenue comme je l'ai fait. Peur qu'elle me rejette, comme moi-même je l'ai fait il y a des mois de ça. Et j'aurais souffert, c'est vrai. Mais pas autant qu'en gardant mes sentiments pour moi. Je n'en aurais pas été capable, pas après ce que nous avons partagé à Kearney. Ce n'est pas comme si j'avais encore le moindre doute sur ce qu'elle m'inspire. Elle avait peur de se laisser aller après les erreurs que j'ai commises ; il fallait bien que l'un d'entre nous trouve du courage pour nous deux.

J'en ai été récompensé, au-delà de toutes mes espérances.

Je suis en train de terminer mon sac pour me rendre à mon deuxième entraînement de natation du jour lorsqu'on toque à ma porte – bien plus doucement qu'hier soir. Cette fois, je ne présuppose pas que c'est mon colocataire que l'on vient voir : il y a quelqu'un que je croise les doigts pour voir apparaître sur mon palier... Et c'est bien Cleo que je découvre, son regard illuminé de paillettes d'or, chargé d'une douceur qui me frappe en pleine poitrine : je n'avais pas la moindre idée qu'une telle expression pouvait exister, et qu'elle pouvait m'être réservée.

— Salut, me souffle-t-elle.

— Salut, je réponds.

Je voudrais dire d'autres choses après ça, mais elle fait un pas en avant et m'embrasse, si bien que je perds le fil de mes pensées. C'est trop bon de sentir ses lèvres contre les miennes, sa main qui s'agrippe à la lanière de mon sac de sport...

Ah, oui, c'est ça qu'il fallait que je lui précise.

— J'allais partir pour mon entraînement. Je suis désolé, je n'ai pas beaucoup de temps.

— Je sais. Mais c'était trop long d'attendre pour te voir, alors je me suis dit que j'allais te rejoindre pour te croiser avant ça. Ça me fera une pause dans mes exercices de maths.

Ravi, je glisse ma main dans la sienne et sors ma clé pour verrouiller ma chambre derrière nous.

— Pas de grande nouvelle, alors ? je plaisante. Les deux dernières fois que tu es venue frapper à ma porte, c'était un peu intense.

My Crushing WaveOù les histoires vivent. Découvrez maintenant