— J'ai quelque chose pour toi !
Je pivote pour faire face à Selena. Debout au milieu de la chambre que nous partageons, elle me tend un petit paquet cubique avec un sourire radieux.
— Ce n'est pas encore Noël, mais comme nous en sommes à faire nos valises, je me suis dit que le moment n'était pas trop mal choisi... ajoute-t-elle.
— Merci, je lui réponds en prenant son cadeau. Mais il ne fallait pas, je n'ai rien pour toi, moi...
— Eh, c'est juste un petit truc. Ça me faisait plaisir, je ne m'attendais à rien en retour.
Son sourire ne faiblit pas, dissipant le malaise que la situation aurait pu me causer. C'est pour cela que j'apprécie tant Selena : cette fille a un cœur en or. Puisque je m'en veux un peu de ne pas avoir pensé à lui trouver un cadeau de mon côté, je me fais une note mentale de lui ramener quelque chose à la rentrée. Elle a beau dire qu'elle ne s'attendait à rien, elle le mérite.
Sous son regard enthousiaste, j'ouvre le paquet. À l'intérieur, je trouve l'un des origamis dont elle a fait sa signature, représentant un panda. Ses petites oreilles noires sont absolument adorables... Je fonds.
— Je t'avais dit que ce n'était pas grand-chose, reprend Selena. J'ai vu le modèle sur Internet et j'ai tout de suite pensé à toi, alors je me suis dit que j'allais te faire la surprise.
— C'est super réussi, merci beaucoup.
Je m'approche d'elle pour la prendre dans mes bras. Comme toujours, son parfum floral a quelque chose d'apaisant.
— Tu décolles toujours demain matin ? me demande-t-elle lorsque nous nous détachons l'une de l'autre, en désignant ma valise.
— Yep, à onze heures.
— Pour Chicago, c'est ça ?
J'acquiesce. Mes partiels sont fraîchement terminés : j'ai bouclé ma dernière épreuve en début d'après-midi, et je pense m'en être plutôt correctement tirée. Maintenant, je m'apprête à rentrer dans ma famille pour les fêtes. Pas à Kearney, cependant. Je vais dans la famille de ma mère, dans le Michigan ; mes grands-parents sont décédés, mais j'ai encore deux oncles là-bas, que je n'ai pas revus depuis longtemps, pas plus que mes cousins.
Ma tante Mary m'avait proposé de venir dans le Nebraska, mais je ne m'en suis pas senti la force. Passer un Noël comme tous ceux d'avant, sans mes parents près de moi, m'a paru insurmontable. Je sais qu'un jour, je devrai me confronter à leur absence ; que j'ai fui en partant pour Danbury et qu'il viendra un moment où mon deuil me rattrapera. Il me faut encore un peu de temps, cependant. Peut-être que j'ai tort, que je cristallise ma douleur en l'évitant ainsi. Tant pis ; je serai lâche encore un peu plus longtemps.
— Désolée, je ne pourrai pas passer donner un coup de main au Noël solidaire de l'Association des Élèves... je soupire.
C'est Arabella, la petite amie de Caliban, qui est à l'origine de l'opération : elle a organisé une collecte de jouets qui s'apprêtent à être redistribués aux enfants des centres sociaux de Danbury. L'Association des Élèves avait besoin de bras pour gérer ça, alors une certaine Charlotte a envoyé un mail musclé à l'ensemble des étudiants de la WestConn pour recruter des bonnes volontés. Bon, évidemment, chez les Dolphins, beaucoup s'étaient déjà engagés à se mobiliser, et avec eux Selena, sans surprise.
Elle balaye ma remarque d'un revers de main.
— Ce n'est pas grave, ça. Que tu retrouves ta famille, c'est le plus important.
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My Crushing Wave
Roman d'amourS'il y a bien une chose à laquelle Neal ne s'attendait pas en faisant sa rentrée en troisième année à l'université de Danbury, c'est à voir débarquer Cleo devant lui. Oui, passionnés de mots croisés tous les deux, cela fait des mois qu'ils se parlen...
