Merde. Merde, merde, merde !
Je ne savais pas à quoi m'attendre lorsque j'essayais de me représenter ma première rencontre avec Neal. Bien sûr, j'avais accepté l'idée qu'il y avait un risque que je sois déçue en venant à Danbury. Au cours de nos nombreux échanges via Discord, Neal et moi n'avons jamais discuté de notre relation. Mois après mois, il en est venu à prendre beaucoup d'importance à mes yeux, mais j'étais tout à fait consciente que l'inverse n'était peut-être pas vrai.
Cependant, même s'il n'éprouvait rien de fort pour moi, j'imaginais que nous étions au moins amis. Jamais je n'aurais pensé qu'en me voyant, il me rejetterait d'une façon aussi violente.
Merde...
Je suis si ébranlée que je ne sais plus quoi faire. Immobile devant la piscine de l'université que j'ai passé le dernier quart d'heure à chercher sur le plan du campus, je n'arrive pas à arracher mes pieds du sol pour faire demi-tour – car que pourrais-je faire d'autre que de retourner dans ma toute nouvelle chambre, à présent ? Celle que je partage avec une colocataire que je ne connais pas, au sein d'une ville où la seule personne avec qui je pensais avoir une attache vient de me cracher à la figure qu'en réalité, nous ne sommes rien l'un pour l'autre.
Mais si je bouge, cela reviendra à admettre que ma discussion avec Neal a bien eu lieu. Je crois que je préfère encore affronter mes larmes. Elles m'étouffent, brouillent ma vision. Ça n'a pas d'importance. De toute façon, ce que je revois encore et encore, c'est son visage. Ses épais sourcils froncés, son regard semblable à un trou noir qui ne laissait filtrer qu'une seule émotion : l'incompréhension. J'avais longuement étudié les photos de lui qu'il m'avait envoyées, m'imprégnant de son sourire souvent timide, de sa peau mate – quoi qu'un peu moins sombre que la mienne –, de ses cheveux aux reflets de pétrole. Ma préférée datait du début de l'été : devant la Statue de la Liberté à New York, il regardait l'objectif de la caméra avec un regard pétillant, que j'imaginais qu'il pourrait poser sur moi lorsque nous nous rencontrerions.
Pourtant, il y a quelques instants, c'est face à une tout autre personne que j'ai eu l'impression de me trouver. Comme si le Neal qui m'était devenu si précieux en ligne avait disparu, barricadé derrière une muraille de dureté.
Si j'ai décidé de poursuivre mes études à Danbury, c'est pour y poursuivre mon chemin près d'un ami. Il m'apparaît désormais clairement qu'en réalité, je serai seule, désespérément seule.
Mes pleurs redoublent. Je me doute que je dois offrir un spectacle pitoyable pour les étudiants qui passent par là, debout, ma tête appuyée contre mes poings serrés. Tant pis. Je ne connais aucun d'entre eux de toute façon. Je suis juste une fille stupide de plus, convaincue qu'elle pouvait tout recommencer alors qu'ici ou ailleurs, le monde est toujours aussi cruel.
Je m'écarte de l'allée, me laisse tomber dans l'herbe. Allez, encore quelques minutes et je me redresserai. Je n'ai pas le choix. Quoi qu'il arrive, il faut continuer à avancer. La vie est trop sournoise pour nous autoriser à vraiment nous effondrer.
— Excuse-moi... Tout va bien ?
Je lève les yeux vers l'étudiante qui vient de m'adresser la parole. Elle est blonde, ses cheveux retenus en une seule tresse, et elle pose sur moi deux yeux vert menthe où je lis une inquiétude sincère. Non loin d'elle, quatre autres filles m'observent également, plus en retrait ; leurs sacs de sport et leurs mèches humides me laissent penser qu'elles font partie de l'équipe féminine de natation.
— Je...
Je voudrais prétendre que tout va bien, qu'elles peuvent s'éloigner l'esprit tranquille, mais ma voix se meurt. Ici, je n'ai personne d'autre vers qui me tourner pour obtenir un peu de réconfort. Celui d'inconnues, c'est déjà mieux que rien.
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My Crushing Wave
RomansaS'il y a bien une chose à laquelle Neal ne s'attendait pas en faisant sa rentrée en troisième année à l'université de Danbury, c'est à voir débarquer Cleo devant lui. Oui, passionnés de mots croisés tous les deux, cela fait des mois qu'ils se parlen...
