𝟒𝟕.

324 22 15
                                        

Il ne répond rien, et alors qu'il s'apprête à ouvrir ma porte, je me mets à regretter mes paroles.

Qu'est-ce que j'avais en tête ?

Après tout, nous n'avons échangé qu'un baiser, poussés par la Promesse. Aucun de nous n'avait l'intention d'aller aussi loin. Ce n'était qu'un simple échange d'ADN, animé de frustration et de colère. Rien de plus, rien de moins.

Déterminée, je finis par hocher la tête, comme pour appuyer ces pensées, avant de m'engouffrer précipitamment à l'intérieur de ma chambre.

Je ne prends pas la peine d'allumer les lumières, et alors que je suis sur le point de refermer la porte derrière moi, une main ferme m'arrête net.

Ton invitation ne tient plus ? résonne une voix grave, saillante, frustrée.

La porte s'entrouvre un peu plus, laissant passer un faisceau de lumière qui éclaire son visage ensanglanté, avant de lui permettre de s'engouffrer à son tour, s'approchant dangereusement de moi tandis que je me mets à reculer contre le mur.

Son allure est hostile, comme à son habitude. Et pourtant, l'énergie qui réside entre nous semble différente. Elle n'est plus agressive ou fulminante, mais provocante et insidieuse.

Si tu n'es pas capable d'assumer tes propos, alors ne parle pas, tonne-t-il à nouveau, sans l'ombre d'un sourire, ses mains de part et d'autre de ma tête. J'ai horreur des gens qui se défilent.

La lune se reflète sur son visage, redoutablement proche du mien, et le spectacle que j'y trouve me coupe le souffle. Je demeure incapable de détourner le regard de ses iris écarlates.

Quand est-ce qu'elles sont devenues aussi rouges ?

Des flammes semblent danser tout autour de ses prunelles, et je suis persuadée que la chaleur qui émane d'elles est bien réelle. Elles me consument entièrement, et pourtant, en ce moment précis, je n'ai pas envie d'arrêter de brûler.

Tu as perdu ta langue ?

J'ignore sa question, et sans prévenir, je plonge une main aventureuse vers son cou, redoutant sa réaction, tandis que je caresse sa cicatrice du bout des doigts. Depuis le temps que j'en rêvais.

Surpris, il se fige, mais ne recule pas. Au contraire, après quelques secondes, il s'approche un peu plus, réduisant la distance qui sépare nos deux corps poisseux de sang, avant d'avancer une main hésitante vers mes lèvres. Probablement gonflées et ecchymosées.

Tu t'es pris un coup, ici ?

Je me contente de hocher la tête, sans ajouter plus de précision, tandis les muscles de sa mâchoire se mettent à tressauter.

Je les saignerai à blanc.

Sa voix peine à contenir la haine qui anime son corps, et avant même que je ne prenne le temps de réfléchir à mon geste, ma main qui retraçait sa cicatrice se cale entre sa joue et sa mâchoire ensanglantée.

Instantanément, ses iris retrouvent de leur intensité, et son doigt, qui caressait ma bouche violacée, s'arrête sur ma lèvre inférieure, comme s'il tentait d'y effacer le sang restant.

Ses prunelles vacillent, sans jamais trouver un point fixe. Ma bouche et mes yeux.

Et alors que son corps décide finalement de s'emparer de l'infime distance qui nous sépare, une voix étrangère nous fait brutalement sursauter :

Mère ?

Amara se tient là, en face de la porte à moitié ouverte, les cheveux ébouriffés et le visage inquiet.

𝐖𝐇𝐄𝐑𝐄 𝐖𝐄 𝐁𝐄𝐋𝐎𝐍𝐆.Des histoires addictives. Découvrez maintenant