Prologue

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Quatre ans plus tôt...

Alyssa


Assise sur le rebord d'un balcon, je respire à pleins poumons l'air froid du soir, les yeux clos. Un léger sourire se déploie lentement sur mes lèvres, accentuant la sensation de légèreté et de bien-être qui m'habite. J'ouvre les yeux et les pose avec béatitude sur le ciel étoilé qui me fait face, et je ne peux m'empêcher de penser, qu'en cet instant, ma vie est parfaite.

L'alcool sans doute...

Je hausse dédaigneusement les épaules à cette pensée, même si au fond je sais que mon état d'allégresse est dû à une consommation exagérée d'alcool. Je me sens légère, inatteignable dans ma bulle d'ivresse, et pour une fois, je me contrefous du « qu'en dira-t-on ». J'étais venue à cette soirée pour m'amuser et me lâcher. Et, depuis mon arrivée, je n'ai pas été déçue du résultat : de l'alcool à gogo, un son d'enfer à faire trembler les murs, un double salon aménagé en piste de danse, et des mecs sexy tous les deux mètres...

Cela fait maintenant trois mois que je vais en cours, passe des entretiens pour trouver un stage, et travaille mes cours à la bibliothèque sans m'arrêter, j'avais donc grandement besoin de lâcher prise avant de péter un câble définitivement. Heureusement, j'ai des amis formidables sur lesquels je peux compter afin de dénicher les meilleures soirées étudiantes données sur le campus et ses alentours. C'est grâce à Dylan si nous sommes dans cette immense baraque ce soir : notre hôte, Bryan, un gars de fraternité, est l'un de ses amis et coéquipiers de football. C'est un garçon adorable, qui partage le loyer de la maison avec trois autres colocataires – j'ignorais jusqu'alors qu'il était parfois possible pour des frères de quitter leur maison mère –, et tous les quatre ont décidé de faire une giga fête de fraternité dans cette demeure.

J'ai rencontré Bryan à notre arrivée, il y a de cela plusieurs heures, et il m'a tout de suite fait bonne impression. D'ailleurs, avec son sourire candide et son regard chaleureux et sincère, difficile de faire autrement.

En moins de dix minutes de conversation, j'ai appris qu'il était en master de sociologie, un département proche du nôtre à Dylan et moi, en couple depuis deux ans avec une jolie blonde – photo à l'appui – et que c'était un fan incontestable des Pink Floyd. Je secoue la tête en ricanant doucement en nous revoyant dans l'entrée, Dylan, Bryan et moi, à évoquer les théories de Durkheim et de Mead, puis à enchaîner, sans aucune transition, sur les quinze meilleurs groupes de rock de ces quarante dernières années. Une heure plus tard, je m'étais faite un nouvel ami avec qui écouter les vieux vinyles de mon père.

Curieuse, je laisse mon regard un peu embrumé vagabonder dans le grand salon, à la recherche de Dylan. Je le repère en quelques secondes, avachi sur l'un des canapés, un verre à la main, en grande conversation avec deux autres mecs. Je souris en le voyant gesticuler en tous sens afin de mimer ce que je suppose être une action au foot. J'éclate franchement de rire en observant son air passionné et ses yeux brillants. Il a l'air tellement obnubilé par ce qu'il raconte qu'il en oublie les personnes autour de lui, et ne voit pas que la moitié du contenu de son verre se répand sur les chaussures d'une fille installée sur le canapé à sa droite.

Le regard furibond qu'elle lui lance lui échappe tout autant. Hilare, je me dirige vers lui, présente des excuses à la jeune fille pour mon « copain complètement bourré », et lui tend mon propre verre plein en guise de calumet de la paix. Elle l'accepte, un demi-sourire aux lèvres, puis se détourne de moi en poursuivant sa discussion avec son groupe d'amies. Je m'effondre aux côtés de Dylan en poussant un soupir de soulagement.

Compulsion - Tome 2Où les histoires vivent. Découvrez maintenant