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Deviens ce que tu voudrais être : Cristal

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«Rubis ?»

Pas de réponse. Je réessaie. Même résultat.

Bon. Ne pas rester là. Bouger. Esquiver. Combattre si nécessaire. Entrer. Trouver le coffre. Détruire la pierre. Vaincre Saphir. Facile. Non...Pas du tout, en fait.

J'inspire une grande goulée d'air avant de m'élancer dans un mélange d'entrechoquements de fer et de cris féroces. Pendant un instant, je me crois dans un rêve. Une musique douce au piano flotte en moi tandis que je me bats en virevoltant gracieusement dans un jais de lumière qui n'éblouie que moi. Mais tout ça n'est que reflet idéalisé de la réalité.

Deviens ce que tu es, disaient-ils. Mais qui suis-je réellement ? Je reformule à ma façon. Deviens ce que tu voudrais être. C'est plus encourageant, pour les perdus comme moi. Alors maintenant, je vais devenir forte. Juste en l'espace de quelques heures, le temps de réussir ma mission. Le temps de sauver mon peuple.

Je cours. Cours à n'en plus pouvoir. Sur mon chemin, j'abats des dizaines de soldats ennemis, avec une force incroyable. À chaque fois, je reçois un violent coup en plein dans le coeur. Tellement profond que je doute que la plaie cicatrise. Des sacrifices. C'était prévisible. Mais c'est pour mon peuple. Il me fait confiance. C'est pour cela que je dois à tout prix réussir. Me battre. Ne penser qu'à me battre. Avec l'âme d'une guerrière.

C'est un spectacle impressionnant. En fait, ce mélange de solidarité et de désir de vengeance crée une symphonie exaltante. C'est un si juste milieu que ça en devient presque parfait. En l'espace d'un instant, je crois voir les soldats danser. Mais après mûre (plutôt brève) réflexion, je retire ce que j'ai dit. Voir des têtes tranchées, et des bras arrachés et des litres de sang répandus sur le sol n'a rien d'une mélodie harmonieuse.

Des flèches acérées fendent l'air pour venir se planter dans les flancs des soldats tandis que sabres et épées se heurtent violemment et sans pitié.

Au bout d'un moment, alors que je me rends compte que je réfléchis au lieu de me battre et que je ne suis pas blessée, je me décide à avancer. L'horreur n'a jamais été mon fort, même si je m'avoue être passionnée par la seconde guerre mondiale, mais, on va tenter de se la jouer «cool», en prenant cela pour un «simple jeu». Que l'on ne doit en AUCUN cas perdre.

De mon arc, je tue un soldat à la tête défiguré par des brûlures, mais, alors que je m'apprête à avancer, un autre se plante devant moi et le plus rapide est de dégainer mon épée. Nous nous battons, son regard rempli de haine et le mien d'incompréhension. Je ne sais pas ce que je fais les trois quarts du temps. Je n'ai même pas le temps de réfléchir à mon mouvement que mon bras a déjà exécuté le suivant. Soudainement, sans l'accord de mon cerveau, mon poignard se plante dans le cou de l'homme. C'est une sensation étrange, la chair est si molle... J'arrive presque à sentir toutes les veines et artères que la lame tranche. C'est affreusement fascinant. Je ressens maintenant une douleur au cou. Un second soldat vient de m'attaquer par derrière, tandis que je lâche l'autre qui tombe lourdement sur le sol. Ma peau si claire se tache de rouge, mais je n'y prête pas attention. J'ai à peine le temps de me ressaisir que l'homme me pousse à terre, s'empare de mon arc et de mes flèches et les jette sur le côté. Je roule lorsqu'il me saute dessus et réussis à grimper sur son dos avant de l'étrangler. Malgré un manque d'air, il parvient à me re-plaquer au sol et me saisit la gorge à son tour. Tout remue dans mon estomac; j'ai envie de vomir.

Mais oui ! Dans tous les films, je me suis toujours demandée pourquoi personne ne se défendait de cette façon. C'est le moment d'opter pour ma ruse infaillible. Et je lui flanque un bon coup de genoux dans... Bah, dans les parties intimes, quoi. Il se tortille immédiatement de douleur et c'est sans aucun souci que je me dégage de son emprise, ré-attrape mon arc d'une main et de l'autre, lui plante un harpon dans le poitrail.

Me mettant à courir, je distingue qu'il ne reste environ plus qu'une trentaine de mètres avant de pouvoir pénétrer dans la plus proche entrée du repère. C'est un immense édifice hideusement blanc.

Sur-le-champ, une créature de feu se plante devant moi. Dépourvue de tout membres, elle ondule dans ma direction, ses flammes sifflant dans le vent comme un cri. Je lui projette des boules d'eau, mais cela ne semble pas l'affecter. Allons-y plus franchement. Je pétrifie la bête dans de la glace, mais celle-ci fond en quelques secondes à peine. Bon, ça m'énerve. Je ferme les yeux, m'imagine une grande étendue d'eau. Si immense qu'il n'y a rien autour. J'ouvre mes paupières. Un mur d'eau plus grand que le ciel se dresse derrière moi. La «foule» devient ahurie. Sans prévenir, je lâche tout et le mur s'effondre dans un fracas sonore. Tous les combattants sont balayés dans la vague, sauf mes alliés et moi qui sommes protégés par des bulles. Même le «monument» semble trembler face au poids de ma magie. Prise dans mon élan, je cris :

- Libérée ! Délivrée ! Plus de princesse parfaite !

Je tente d'ôter mon diadème comme dans le clip de la chanson en oubliant le lien magique qui le retient.

- Rhaa ! Ça m'saoule !

C'est prise d'un grand fou rire que j'atteins la porte de ma destinée¹. Grâce à mon tsunami, personne ne garde l'entrée mais celle-ci est fermée. Je scrute chaque poche des corps évanouis aux environs et fini par trouver une grosse clé à l'ancienne, correspondant parfaitement au profil de la serrure. En effet, cette dernière cède.

Et c'est ainsi que j'obtiens un aller simple pour les enfers.

1. Je suis décidément lunatique et me prends pour une héroïne.

Cristal et RubisDes histoires addictives. Découvrez maintenant