Léa restait allongée. Son dos était encore douloureux et elle avait des difficultés à se déplacer. Elle fixait le plafond et priait. Ces prières l'aidaient à lutter contre les visions terrifiantes qui ne cessaient de la hanter. Ces deux dernières nuits avaient été agitées par des cauchemars : Rachel l'attirait dans la cuisine de la ferme de Lime Valley où l'attendaient les visages ensanglantés et déformés de douleur de ses frères qui imploraient de l'aide. Elle se retournait vers Rachel et voyait son propre visage qui ruisselait de sang. Elle se réveillait épouvantée et criait encore et encore. C'était sa seule façon de chasser ses terreurs nocturnes. Les larmes s'ajoutaient aux cris. Elle pleurait jusqu'à ce qu'une nouvelle vague d'angoisse vienne à nouveau la submerger. La peur l'avait envahie et ne la quittait plus. C'est un militaire qui l'avait informée de la crise sanitaire. Léa avait refusé qu'on allume la télévision. Le couvre-feu était en vigueur. Cette nouvelle fut une nouvelle désillusion pour Léa. La seule pensée qui l'apaisait était de savoir qu'elle allait bientôt rentrer chez elle. Le couvre-feu allait retarder son départ. Elle attendait toujours des nouvelles de sa famille que le colonel Remington lui avait promises. C'était pour Léa une source d'inquiétude supplémentaire.
Le colonel Remington venait de recevoir un énième mail sur son Smartphone. « Léa Greenberg doit être transportée d'urgence pour des analyses approfondies. Un avion l'attend à 20h à l'aéroport de Lancaster. Le personnel qui l'accompagne doit être protégé ainsi que Léa Greenberg. Docteur Meade, Directeur du Centre de virologie d'Irvine ». Le colonel Remington regarda sa montre. Elle indiquait 19 heures. Ca ne lui laissait pas beaucoup de temps. Il étouffait dans sa combinaison qu'il portait depuis plus de 12 heures et la journée était loin d'être terminée. La situation empirait d'heure en heure. Une centaine de tentes militaires avaient été installées derrière l'hôpital pour accueillir les malades qui arrivaient toujours plus nombreux. On comptait 2 000 lits mais c'était loin être suffisant. Remington était maintenant le responsable opérationnel de l'hôpital de Lancaster et il était débordé. Sa préoccupation du moment n'était pas les vivants mais la gestion des morts. La demande du Centre de virologie d'Irvine était une demande de plus à gérer et le cas de Léa Greenberg, un cas parmi des milliers d'autres. Il donna des consignes pour que la demande soit satisfaite rapidement. Seule l'efficacité comptait pour lui et la fin justifiait toujours les moyens.
Meade et Joseph se présentèrent à l'hôpital à 19H30. Il y régnait une agitation fébrile. Un flot grossissant de malades cherchait à entrer dans l'hôpital et les militaires avaient de plus en plus de mal à le contenir. Meade et Joseph durent se frayer un chemin entre les malades pour arriver jusqu'à la chambre de Léa.
- Léa Greenberg, nous avons ordre de vous emmener. Pouvez-vous enfiler cette combinaison ?
Joseph déposa sur une chaise une combinaison de protection haute résistance et une paire de bottes.
- Où allons-nous ? Demanda Léa affolée.
- A Irvine, en Californie !
- A Irvine ! Mais pourquoi ? Insista Léa
- Nous devons vous protéger. Répondit Joseph d'une voix sibylline.
Léa se sentît à nouveau oppressée. Son cœur s'était remis à battre à toute allure dans sa poitrine. Elle voulait une explication mais elle ne savait pas comment s'y prendre. Elle voulait dire non mais elle obéit sans discuter. Les larmes lui montèrent aux yeux. Elle revêtit la combinaison par-dessus son pyjama. Joseph l'aida à fixer son casque et à chausser ses bottes. Meade la prit fermement par le bras et la fit sortir de la chambre. Les abords de l'hôpital étaient protégés par des barrières de sécurité derrière lesquelles se massait une foule toujours plus nombreuse. Des militaires distribuaient des masques et des fiches de renseignements. Les femmes et les enfants étaient regroupés pour être vacciné en priorité. On entendait des cris, des pleurs, des insultes. Un resquilleur qui essayait de passer avant son tour dans la file d'attente fut violemment pris à partie par la foule. Une bagarre générale éclata. Une vieille femme fut jetée à terre. Personne ne l'aida à se relever. Léa vit dans son regard un mélange de désespoir et de détresse. Avant de monter dans l'ambulance, Léa regarda une dernière fois tous ces visages déformés par la colère et la rage. Cette dernière vision la conforta dans l'idée que le mal ne venait pas seulement de l'extérieur mais qu'il était aussi dans le cœur des hommes.
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