chapitre 38

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Les jambes endolories de Léa avaient de plus en plus de mal à la porter. Elle chercha à s’asseoir mais elle n’en avait pas la place. Elle dût faire un effort pour se relever. Elle basculait son poids d’une jambe sur l’autre pour essayer de soulager ses douleurs. La chaleur du réduit devenait insupportable et elle manquait de plus en plus d’air. Mais tout ça n’était rien au regard des souffrances qu’elle ressentait au plus profond d’elle-même. Elle n’arrivait plus à fixer son attention. Tout semblait s’emballer et son esprit était pris dans un tourbillon de pensées qu’elle n’arrivait pas à contrôler. Une guerre sans merci, faite de contradictions, de critiques, d’objections faisait rage en elle et faisaient vaciller son fragile équilibre mental. Elle était persuadée que le Virus s’était emparé de son corps mais aussi de son esprit et qu’il lui imposait ses décisions. C’était lui qui l’avait forcée à s‘échapper du centre de recherches, c’était lui qui l’avait conduit à se venger, c’était lui qui lui interdisait de se livrer. Elle sentait une puissante force qu’elle n’arrivait pas à identifier, opérer en elle, mais elle savait qu’elle était là. Et elle se renforçait de jour en jour. Le virus la transformait, elle en était maintenant certaine ou bien alors elle basculait dans la folie. Elle se prit la tête entre les mains et la serra de toutes ses forces pensant qu’elle pourrait ainsi endiguer le flot de ses pensées. Rien n’y faisait, son esprit continuait à être bombardé par des sentiments aussi extrêmes que violents. Elle eut une nouvelle bouffée d’angoisse. Elle avait encore l’impression d’être écrasée par le corps d’un des garçons. Il y avait l’odeur fétide, les doigts qui la fouillaient, les grognements. Elle ressentit une vive douleur dans le bas ventre. Et réalisa qu’elle avait été violée. Violée, violée, violée, le mot cognait dans sa tête. Elle eut un soudain haut le cœur. Les muscles de sa paroi abdominale se contractèrent et expulsèrent de la bile. Sa gorge s’irrita et elle ne put réprimer une violente quinte de toux.  Elle mit sa main devant sa bouche pour essayer de masquer le bruit. Mais ce n’était pas suffisant, le râle roque raisonnait dans le réduit. Elle allait se faire repérer. Tout son corps se mit à trembler. Un bruit de pas se rapprochait, elle l’entendait. Un frisson glacial la transperça. La porte du placard allait être ouverte, les cartons allaient être retirés et elle serait là, acculée dans ce placard, prise au piège. C’était fini ! Elle serait envoyée en  prison, jugée et condamnée à mort pour meurtre. Dans sa tête, les mots s’entrechoquaient et explosaient, l’affaiblissant toujours un peu plus : virus, souffrance, mort, injustice, rage. Elle avait la rage. Il fallait qu’elle s’échappe avant qu’elle ne se fasse prendre. Ses muscles tendus n’attendaient qu’un signe pour tout renverser. Mais la porte ne s’ouvrit pas et les cartons ne furent pas retirés. Rien. Il ne se passait rien. Personne n’avait entendu sa toux. Elle ressentit un grand vide. « Tout ça, c’est de ma faute » pensa-t-elle. « Si j’étais restée à l’hôpital, tout ça ne serait pas arrivé. Je suis une meurtrière, un monstre, je ne mérite pas de vivre. » Une nouvelle bouffée d’angoisse la submergea.

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