Léa courait sans savoir où elle allait. Son seul but était de fuir. Elle savait qu’elle n’avait que quelques minutes d’avance sur la police. Quelques minutes dont dépendait sa survie. A chaque expiration, elle expulsait des centaines de virus mortels qui se mélangeaient à l’air chaud de cette fin d’été. Emportés par les courants d’air, ils se répandaient dans tout le quartier. Tête baissée, elle traversa une rue, sans faire attention à la circulation. Une voiture pila brutalement devant elle pour éviter de la renverser. Léa s’appuya sur son capot pour retrouver son équilibre. Elle vit dans le regard du conducteur qu’il l’avait reconnue. Elle l’entendit hurler, la sommant de s’arrêter. Léa se remit à courir. Le conducteur manœuvra pour la poursuivre. Léa se retourna. Il fonçait sur elle. La voiture était presque à sa hauteur, le conducteur donna un coup de volant et grimpa sur le trottoir pour la percuter. Léa bondit sur le côté et se précipita dans un parking de l’autre côté de la rue. Elle entendit le crissement des pneus qui dérapaient sur la chaussée. Le conducteur n’avait pas renoncé à la poursuivre. A grandes enjambées, Léa descendit dans les souterrains et se cacha derrière des voitures en stationnement pour reprendre son souffle. La voiture passa au ralenti devant elle. Elle vit le visage haineux du conducteur. Elle mesura, en le regardant, à quel point on pouvait la détester. Cette idée lui glaça le sang. Non seulement elle était seule au monde mais elle était aussi maintenant détestée de tous. Elle n’avait plus d’autre choix que de fuir et de disparaître. Elle se faufila entre les voitures et prit une sortie de secours. Un hélicoptère survolait le quartier. Elle resta à l’abri un instant pour le laisser passer. Elle baissa la visière de sa casquette sur son visage, remit ses lunettes de soleil et s’engagea sur le trottoir d’une rue commerçante. Les passants étaient arrêtés et regardaient les allers et venues de l’hélicoptère. Léa, pour éviter d’attirer leur attention, marcha le long du trottoir en regardant les vitrines des magasins. Un bus s’arrêta de l’autre côté de la rue, Léa traversa et se précipita dedans. Les virus qu’elle avait libérés s’attaquaient déjà aux passants.
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