Chapitre 13

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Personne n'était autorisé à entrer dans le laboratoire de l'aile est du centre de recherche sur les virus et personne ne savait que Léa Greenberg y avait été transférée. Le docteur Joseph avait veillé toute la nuit. Tout en relisant les notes de ses derniers protocoles expérimentaux, il plaça son pouce dans la serrure biométrique qui avait été installée pour sécuriser le labo. En y entrant, il fut surpris de ne pas voir Léa dans son lit. Il s'approcha de la vitre et la vit étendue sur le sol. La première idée qui lui traversa l'esprit était que la maladie avait eu raison d'elle.
- C'est pas vrai ! Dit-il en lâchant son dossier. Il se précipita dans le vestibule où était pendues les combinaisons de protection, en enfila une précipitamment, fixa un casque tant bien que mal et entra dans le sas de décontamination. La première porte venait de se fermer et la deuxième tardait à s'ouvrir.
- Plus vite, plus vite ! S'impatientait Joseph.
La porte à peine ouverte, il se glissa dans la chambre. Léa était recroquevillée à demi nue. Il l'allongea sur le dos. Il fut surpris de voir son visage tuméfié. Sa poitrine et son ventre étaient couverts de contusions et d'ecchymoses. Le docteur Joseph l'examina. Son pouls était faible mais Léa était encore en vie. Il comprit qu'elle n'avait pas été emportée par la maladie mais qu'elle avait voulu mettre fin à ses jours. Il en était presque soulagé. Il la prit dans ses bras et la déposa sur le lit. Il sortit de la chambre et prit son portable.
- Docteur Meade, nous avons un problème !
Léa entendait une voix lointaine. Elle ne comprenait pas distinctement ce qu'elle lui disait. Ses paupières étaient lourdes et refusaient de s'ouvrir. Le docteur Joseph lui tapotait les joues.
- Léa, réveillez-vous !
Léa reprenait conscience en même temps que la douleur se réveillait. Chaque respiration lui brûlait la poitrine. Sa bouche était sèche et ses lèvres étaient collées. Elle replongea. Le docteur la secoua à nouveau. Elle ouvrit un œil, l'autre restait fermé, boursouflé par un hématome.
- Vous nous entendez, Léa ? Demanda le docteur Joseph en lui versant un peu d'eau dans la gorge. Pour toute réponse, Léa lui fit un signe de tête. Elle essaya de se retourner mais elle était bloquée. Des sangles lui retenaient les pieds et les mains. Elle s'agita pour marquer sa désapprobation. Le docteur Meade comprit ce qu'elle voulait dire.
- Ecoutez bien, Léa ! Nous voulons vous protéger contre vous-même. Vous représentez notre seul espoir pour lutter contre ce virus. Cette maladie est totalement nouvelle pour nous et nous ne savons pas du tout à quoi nous avons affaire. Le virus se transmet vite et facilement. Il tue en moins de 24H et disparaît avec ses victimes. Il est donc impossible pour nous de l'observer. Nous ne savons pas pourquoi, mais il fait corps avec vous. Ca fait de vous la personne la plus dangereuse au monde mais aussi la personne la plus importante au monde. Vous êtes notre seul espoir de pouvoir vaincre ce virus.
Léa n'arrivait toujours pas à articuler le moindre mot. Joseph lui donna à nouveau un peu d'eau.
- Buvez ça ! Léa, des milliers de personnes meurent chaque jour et des millions d'autres vont sans doute encore mourir. Nous avons besoin de vous. Vous êtes trop importante pour que nous vous laissions faire n'importe quoi. Nous vous détacherons que lorsque nous aurons l'assurance que nous pourrons vous faire confiance. Léa, vous comprenez ?
Des larmes coulaient sur les joues de Léa. Elle fit un nouveau signe de tête en signe d'approbation.
- Bien ! Reposez-vous maintenant.
Les deux médecins quittèrent la chambre.
Léa fixa longtemps la lumière blanche du néon.
- Pardon Seigneur ! Fut la première pensée cohérente qui lui vint à l'esprit. Pardon d'avoir voulu commettre l'irréparable.
Elle essaya de rassembler ses esprits. Tout restait confus et les visions terrifiantes des derniers jours l'empêchaient de se concentrer.
- Pourquoi Dieu m'inflige-t-il une telle épreuve, songea-t-elle. Mon monde est celui de dieu. Il n'y a que dieu, ma famille et la ferme dans ma vie. N'ai-je pas toujours fait ce qu'on me demandait de faire ? N'ai-je pas toujours obéi à l'Ordnung ? Qu'ai-je fait pour mériter ça ? Les réponses ne venaient pas et sans les réponses, il n'y avait pas d'espoir. Elle repensa au virus qui avait pris possession d'elle. Cette pensée la glaça. Elle se sentait impuissante. Il pouvait décider de la tuer à tout instant. La peur de la mort l'oppressa. Elle s'immobilisa, retint sa respiration comme si elle voulait éviter de le réveiller. Elle sursauta quand elle entendit la voix du docteur Meade.
- Comment vous sentez-vous, Léa ?
Léa ne savait pas quoi répondre. Elle avait le cœur serré et l'angoisse la tétanisait. Elle se contenta d'un geste de la tête. Le docteur Meade l'interpréta comme un signe positif. Il l'examina à nouveau, lui fit une prise de sang, l'aida à prendre son repas et l'accompagna jusqu'au cabinet de toilette. Elle eut un nouveau choc quand elle vit son visage dans le miroir. Le docteur Meade dut la soutenir pour la ramener à son lit.
- Est-ce que je dois vous rattacher ? Demanda-il en la regardant dans les yeux.
- Non ! Répondit-elle d'un ton suppliant.
Le docteur Meade lui caressa le visage de sa main gantée et lui donna un cachet pour qu'elle puisse se détendre. Léa l'avala et se rendormit.

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