Chapitre 15

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Les jours se suivaient et se ressemblaient. Ca faisait deux mois que Léa vivait recluse dans sa chambre stérile. Petit à petit, elle s'adaptait à sa nouvelle vie et l'organisait. Elle chassait l'ennui en multipliant les activités. Elle passait de longues heures à lire et à méditer des passages de la bible. Elle était convaincue que Dieu la mettait à l'épreuve. Si elle savait se montrer digne de toutes les épreuves qui lui étaient imposées, Dieu ne l'abandonnerait pas. Se morfondre ne servait à rien, elle avait défini un emploi du temps rigoureux pour occuper son temps. Cette discipline la rassurait. Mais la peur de la mort n'était jamais loin. Les poussées de fièvre étaient toujours présentes bien que de plus en plus espacées. Elles s'accompagnaient toujours de fortes toux et perte de sang. Léa plongeait dans un état comateux et restait exsangue un jour ou deux. La fièvre disparaissait aussi soudainement qu'elle était venue. Quand elle reprenait conscience, elle se sentait un peu différente. Son acuité sensorielle semblait plus aiguisée. Elle avait l'impression de mieux voir les choses, de mieux les entendre, de mieux les sentir. Elle percevait le monde qui l'entourait d'une façon plus fine et plus intense comme si son cerveau fonctionnait plus vite et mieux. Et surtout, elle regorgeait d'énergie. Elle la brûlait en augmentant les séances de sport. Elle sautait à la corde jusqu'à l'épuisement et enchaînait les exercices de musculation. Son corps, en deux mois, avait changé. Ses formes arrondies avaient laissé place à un corps svelte et musclé.

C'est le docteur Joseph qui lui rappelait qu'elle était toujours malade. Chaque jour, il lui faisait des tests et des analyses. Chaque jour, il lui présentait des rats. Léa devait souffler dans un embout relié à la cage. Joseph récupérait les rats, leur faisait des injections et les déposait dans une petite pièce à côté du labo. Léa ne supportait plus de voir les rats mourir devant elle. Quand elle lui demandait s'ils avaient survécu, Joseph se crispait et se contentait d'un signe de la tête. Chaque rat mort lui rappelait l'échec de ses travaux et ses échecs le rendaient encore plus nerveux et agressif. C'est à Léa qu'il s'en prenait alors. Il ne voyait plus en elle une jeune fille malade mais un dangereux virus qu'il fallait éliminer à tout prix. Ces comportements pouvaient être brutaux. Elle craignait en particulier les prises de sang. Joseph la piquait sans ménagement comme s'il avait voulu lui infliger une punition où comme s'il avait voulu se venger de ce virus qu'il n'arrivait pas à combattre. Elle ne posait plus de questions. Elle se contentait de l'observer. L'expression de son visage, lorsqu'il sortait de la pièce attenante au labo, lui suffisait pour comprendre qu'il avait encore échoué. Elle s'attendait alors à souffrir.

Le docteur Joseph finissait d'écrire une formule sur un « paper board ».
- En appliquant ce nouveau protocole, je suis convaincu que nous obtiendrons enfin des résultats !
Meade était septique .
- Bill, il faut se rendre à l'évidence, nous n'avançons pas ! Il sortit de sa sacoche une tablette numérique.
- Regardez ces courbes, il y a un mois, les rats mouraient en moyenne en 4 heures et aujourd'hui en moins d'une heure. Le virus se renforce et il est de plus en plus dangereux. Nous n'avons pas réussi à enrayer son développement.
- Alors décrochez-nous de nouveaux crédits pour engager de nouvelles équipes ! Fulmina Joseph
- Bill, tous les départements du centre de virologie d'Irvine travaillent déjà pour vous et vous le savez bien ! Beaucoup s'interrogent sur la provenance de vos échantillons. On s'étonne de ne plus vous voir. Des rumeurs courent.
- Quelles rumeurs ? Explosa Joseph.
- Des rumeurs qui disent que vous cachez des choses dans votre laboratoire.
- Foutaise ! Tout ça ce ne sont que des foutaises ! Et je me demande à quel point vous n'y êtes pas pour quelque chose. Après tout, depuis que vous vous êtes mis en tête de faire prendre l'air à votre petite protégée, vous n'êtes plus le même !
La remarque décontenança Meade. Il y avait une part de vrai dans les propos de Joseph et il avait l'impression d'être un enfant pris la main dans le sac. Il cherchait ses mots.
- Vous perdez votre sang froid, docteur Joseph. Vous êtes resté trop longtemps dans votre labo.
Joseph le coupa.
- Vous croyez que je n'ai pas vu votre petit jeu avec Léa. Qu'espérez-vous, docteur Meade ? Vous croyez que la petite vierge au visage d'ange va tomber amoureuse du gentil docteur Meade et qu'il la fera sortir de son affreuse prison. Pauvre docteur Meade ! Je vous rappelle que nous sommes ensemble sur ce bateau et que vous devrez assumer autant que moi les conséquences de ce kidnapping. Et je ne suis pas sûr qu'une fois en prison, Léa Greenberg vienne vous apporter des oranges. Je vous conseille de bien faire attention à ce que vous dites, docteur Meade. Je vous conseille aussi de faire taire au plus vite ces rumeurs et à me soutenir dans mes recherches. Est-ce bien clair ?
Meade ne trouva rien à redire, il fut tenté un instant de mettre son poing dans la figure de Joseph. Mais il se ravisa, prit sa sacoche et sortit. Il laissa sur ta table sa tablette numérique.
Joseph travailla tard encore ce soir-là. Il ferma les lumières du labo et salua rapidement Léa. Derrière sa vitre, elle n'entendait jamais les conversations des 2 scientifiques. Elle constatait seulement que leurs échanges étaient de plus en plus vifs. Elle avait été surprise que le docteur Meade ne partage pas un peu plus de temps avec elle cet après-midi là. En le voyant sortir aussi rapidement, elle avait compris qu'ils s'étaient querellés. La soirée avait été encore plus ennuyeuse qu'à l'accoutumée. Elle avait les bras endoloris à cause de toutes les prises de sang. Son petit plaisir de la fin de la journée était de se prélasser sous une longue douche chaude. Elle se laissait aller et oubliait tout l'espace d'un instant. En sortant du cabinet de toilette, elle fut attirée par une lumière qui éclairait faiblement le labo. Elles s'approcha de la vitre et vit la tablette numérique allumée. Une alerte de CNN venait de s'afficher. Le Président Johns annonçait officiellement la fin de la crise sanitaire. Elle n'en croyait pas ses yeux. Ce matin encore, Meade lui disait que le pays s'enfonçait dans la crise. D'autres messages s'affichaient sur la tablette. Fox, CBS et d'autres reprenaient les mots du Président. « La crise du virus X est officiellement terminée ». Si cette information était vraie et il ne pouvait pas en être autrement, Meade et Joseph lui mentaient. Mais pourquoi ? Elle n'arrivait pas à trouver une explication valable. La seule chose qu'elle savait, c'est qu'elle était leur prisonnière. Paradoxalement, cette idée lui donna un surcroit d'énergie. Si elle était prisonnière, elle devait s'évader. Pour la 1ère fois depuis qu'elle était enfermée dans cette chambre, elle avait un projet. Un projet qui la motivait et qui la réconfortait. Elle ne dormit pas de la nuit et échaffauda plusieurs plans pour s'échapper. Aucun n'était vraiment satisfaisant. Ce qui comptait le plus pour Léa était d'être sûre que Meade et Joseph mentaient.

Le lendemain matin, elle se réjouit de l'arrivée du docteur Joseph. A son habitude, Joseph la salua rapidement, glissa le plateau repas et se mit à sa table de travail. Il fut surpris d'entendre la voix de Léa qui l'interpellait.
- Bonjour Docteur Joseph. Est-ce que je peux vous poser une question ?
Joseph se rapprocha de la vitre et ouvrit son micro.
- Bonjour Léa. Qu-y-a-t-il ?
Léa ne passa pas par 4 chemins et posa sa question directement.
- Pensez-vous que cette crise va encore durer longtemps ?
Elle le fixa dans les yeux en attendant sa réponse. Joseph eut un temps d'arrêt.
- Oui, je le crains. Répondit-il. La situation à l'extérieur ne s'améliore pas et il faudra encore du temps avant de mettre au point un vaccin. Mais rassurez-vous Léa, nous sommes sur la bonne voie. Je sais que votre vie est difficile pour l'instant mais nous ne pouvons pas faire autrement. Nous devons avant tout vous protéger en vous isolant. Vous comprenez, Léa ? N'est-ce pas ?
- Oui, docteur Joseph. Maintenant, elle savait. Elle prit sa corde à sauter et malgré la douleur qu'elle ressentait à chaque mouvement au niveau des plis des coudes, elle sauta en allant jusqu'au bout de ses forces. Le docteur Meade arriva à l'heure du déjeuner. Il échangea quelques mots rapides avec Joseph. Derrière sa vitre, elle sentait qu'il y avait de la tension entre les 2 hommes. Meade avait apporté de nouveaux livres pour Léa. Il engagea la conversation sur l'un d'entre eux. Léa fit mine de ne pas l'entendre et l'interrogea sur la crise. Meade se renfrogna. Il n'avait pas envie de répondre mais Léa insista. Meade tint le même discours que Joseph. La situation ne s'améliorait pas, le nombre de victimes augmentait et le pays était totalement paralysé. Léa prit un malin plaisir à lui poser des questions précises qui l'embarrassaient. Meade lui mentait aussi. Elle était encore plus furieuse contre lui. Elle avait eu confiance en lui et elle se rendait compte qu'il n'était qu'un hypocrite. Toutes les petites attentions qu'il avait eues pour elle n'avaient pour but que de la tromper. Léa était amère et déçue mais elle ne le montra pas. Elle n'avait plus qu'une idée en tête : s'échapper.

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