Quand Léa se réveilla, la fièvre était tombée et ses douleurs avaient presque disparu. Elle se sentait différente, animée d’une énergie nouvelle. Elle avait faim et surtout soif. Elle s’alimenta avec tout ce qu’elle avait remonté la veille. Il faisait jour mais elle ne savait pas si c’était le matin ou l’après-midi. Elle ne savait pas non plus quel jour il était. Elle avait perdu la notion du temps. Ses draps étaient maculés d’un sang noirâtre. Elle le toucha du bout des doigts et l’examina. Ce sang était une partie d’elle-même. En le recrachant, elle avait l’impression de s’être débarrassée d’une partie d’elle-même, de ses souvenirs et de ses souffrances. Ses pensées étaient maintenant focalisées sur un seul objectif : sa propre survie. Il fallait qu’elle quitte cette maison. Elle se leva d’un bond et se dirigea vers la fenêtre. La voiture de police était partie. Elle avait le champ libre et pouvait partir dans la nuit. Elle retourna dans la chambre et regarda ses pieds et sa poitrine. Les plaies étaient cautérisées et presque toutes ses douleurs avaient disparu. Elle attribua cette guérison miraculeuse au virus. L’important était qu’elle puisse marcher sans difficulté. Elle passa dans la salle de bain, prit une paire de ciseaux et coupa ses cheveux. Les mèches tombaient par paquet dans l’évier. Le visage poupin de la jeune adolescente disparaissait pour laisser place au visage d’une femme. Elle passa un moment à se regarder. « Aide-toi Léa et le ciel t’aidera » pensa-t-elle. Elle savait qu’elle ne pouvait plus rien attendre des autres et qu’elle ne devait compter que sur elle-même. Elle fouilla dans les tiroirs et les placards de la maison pour trouver des vêtements d’homme : jean, blouson, casquette, lunettes de soleil. Elle passa devant un miroir. Elle était méconnaissable. C’était parfait !
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