Cela fait maintenant cinq jours que nous voguons. Le temps s'étire, lentement, sans autres repères que la nuit. Le soleil frappe sans relâche. Nos peaux brûlent, nos lèvres se fendent.
Le capitaine garde le cap, silencieux, le regard fixé sur un horizon qu'il semble seul à comprendre. Arès, lui, reste souvent à la proue, les bras croisés, sa colère comme un feu contenu sous la peau. Seuls lui et le capitaine connaissent notre destination, et ce secret pèse sur le pont comme un
orage qui n'éclate jamais.
Le jour est lent et monotone.
Arès m'a imposé une cabine, isolée du reste du navire. Il l'a fait d'un ton sans appel, sa voix claquant comme la foudre : « Personne ne la dérange. »
Je n'ai jamais aimé qu'on m'enferme. Encore moins quand cela vient d'un dieu.
Comme si j'allais docilement accepter. La porte n'est restée fermée qu'une nuit.
Depuis, je circule librement sur le pont, défi silencieux lancé au dieu de la guerre. Personne ne m'a arrêtée. Personne ne m'a dénoncée. Peut-être que ce mutisme général est ma meilleure alliée.
Depuis, aucun marin n'ose m'adresser ne serait-ce qu'un coup d'oeil. Heureusement que Léandre est là, avec sa joie de vivre et son innocence rafraîchissante. Ses anecdotes pleines d'entrain, parfois naïves, apportent un peu de vie au milieu de ce calme étouffant. ll a ce don de fissurer ce poids que je traîne dans la poitrine. Il s'émerveille d'un rien, comme si chaque détail du voyage valait la peine d'être célébré.
Rassan, lui, garde le regard fixé sur les filets de pêche dont il a la charge.
J'attends chaque nuit avec l'impatience d'une petite fille qui attend de voir un feu d'artifice. La nuit me réveille , me fascine.
Je reste éveillée longtemps après que les marins se soient allongés, dispersés sur le pont comme des ombres abandonnées. Le ciel s'ouvre alors, immense, et les deux lunes montent lentement, leurs reflets glissant sur l'eau noire. La mer, immobile le jour, s'anime dans l'obscurité.
Je retiens mon souffle à chaque fois. C'est là qu'une symphonie s'élève, d'abord discrète, puis envoûtante : des notes claires, liquides, venues du fond des abysses. Quand je me penche au-dessus du bastingage, la mer s'illumine - des myriades de poissons phosphorescents tissent des arabesques mouvantes. Parfois, d'immenses silhouettes glissent entre les vagues : des baleines aux flancs luminescents, offrent un balet symphonique époustouflant.
Assis un peu plus loin, Rassan veille lui aussi.
Il ne dit rien. Il ne dit jamais rien. Mais sa présence est constante, solide, comme un ancrage dans cette mer irréelle. Je sais qu'il est là sans avoir besoin de le regarder. Et quelque part, ça suffit.
Je pourrais m'approcher. Lui parler. Briser ce silence.
Mais je reste immobile.
Parce que, dans ce monde suspendu entre deux lunes, entre le murmure des créatures et le souffle discret du navire, il y a une étrange paix... fragile, presque douloureuse.
Ce soir, je me tourne et retourne dans mon lit, j'ai du mal à trouver le sommeil. Comme les nuits précédentes, l'air est asphyxiant, je cherche à calmer ma respiration. Chaque fibre de mon être le sens, là, de l'autre côté de la cloison.
Sa cabine est accolée à la mienne. Son idée... évidemment. Officiellement, pour éviter que je ne me jette à l'eau en pleine nuit. Ou que quelqu'un ait la mauvaise idée de venir me rejoindre.
Je pourrais en rire.
Je n'en ris pas.
Je n'arrive pas à rester enfermée. L'air manque, les murs se rapprochent, et la mer m'appelle.
J'ouvre la porte sans bruit.
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Arès
Paranormal« Laissez entrer le passé, ouvrez une parenthèse dans le présent, préparez-vous à écrire votre futur ». Or Thalya a tout oublié. Un traumatisme lui bloque l'accès à ses souvenirs. La nuit, d'étranges rêves ou souvenirs du passé viennent la hanter...
