Je ne retire pas ma main de son bras.
Sous mes doigts, Arès est tendu comme s'il s'apprêtait à entrer en guerre.
La femme des flots sourit.
Pas un sourire humain.
Quelque chose de lent, ancien, presque cruel.
Des gouttes d'eau glissent le long de sa peau pâle pour venir mourir sur les planches du pont.
- Tu la gardes comme un trésor, murmura-t-elle. Ou comme un secret.
Je sens le souffle d'Arès se durcir.
- Un mot de plus, et je te renvoie aux abysses.
Elle incline la tête, amusée.
- Toujours aussi prompt à menacer.
Je contourne Arès avant qu'il ne puisse m'en empêcher.
- Qui êtes-vous ?
Ses yeux se posent sur moi, brillants comme des perles noyées.
- Une servante des profondeurs. Une mémoire que la mer refuse d'engloutir. Je suis venue voir si le dieu de la guerre tenait encore sa promesse.
Arès
Je tourne la tête vers lui.
Il ne bronche pas.
Évidemment.
- Quelle promesse ?
Cette fois, c'est Arès qui répond, la voix grave, sans détour.
Elle fait un pas vers moi.
Arès dégaine dans un éclair métallique.
- Ne l'approche pas.
Je lève une main sans quitter la créature des yeux.
- Laisse-la parler.
Il tourne vers moi un regard noir.
- il n'en est pas question.
Un rire m'échappe.
- Non en effet cela vaudrait mieux que de révéler tes petits secrets.
Le silence retombe entre nous, tranchant.
La créature rit froidement , me dévisage longuement l'eau ruisselant le long de ses épaules nues.
Puis son regard glisse vers Arès, et son sourire se fait plus tranchant.
- Il t'a donc retrouvée.
Je fronce les sourcils.
- Me retrouver ?
Arès fait un pas en avant.
- Cela suffit.
Sa voix claque comme une lame.
La femme des flots éclate d'un rire bas, presque musical.
- tant de temps dans la citadelle... et pas un souvenir.
Mon souffle se coupe. Mon coeur cesse de battre.
Je me tourne vers lui si brusquement que mes cheveux fouettent mon visage.
- De quoi parle-t-elle ?
Son silence.
Encore ce silence insupportable.
La colère monte en moi, vive, brûlante.
- Arès.
Il détourne les yeux, et ce simple geste me blesse plus qu'il ne l'aurait dû.
La créature fait un pas en arrière, déjà happée par l'ombre de la mer.
- Les frères muets ne pourront pas t'offrir ce que tu cherches.
Mon cœur se serre.
- Pourquoi ?
Son sourire s'élargit.
- Parce que tes souvenirs n'ont pas été perdus.
Elle posa deux doigts sur son propre front.
- Ils ont été enfermés.
Puis son regard se fait presque tendre.
- Mais la Terre se souvient toujours de ses enfants.
Gaïa
Avant que je puisse répondre, elle se laisse tomber en arrière.
La mer se referme sur elle dans un silence parfait.
Puis plus rien.
- Et ensuite ?
Il relève les yeux vers moi.
Pour la première fois, je n'y lis ni dureté, ni froideur.
Seulement une fatigue ancienne.
- Je t'ai emmenée dans ma citadelle.
Un vertige me prend. Mon corps frissonne et se prend la déferlante de tous ces flashs, rêves et impressions de déjà vu qui m'assaillent depuis que je l'ai vu dans cette boîte, jusqu' à mon arrivée à la Citadelle.
Je ne suis pas folle et pourtant malgré cette première certitude, je reste à cent lieues d'avoir toute la vérité.
Je reviens à moi pour me trouver seule sur ce pont. Comme c'est facile. Le dieu de la guerre est un lâche finalement. Comble de l'ironie!
Mon regard las se perd plus bas sur le pont avant du bateau pour tomber sur une main fermement agrippée à son fourreau. Rassan. Nos regards se croisent et je lis dans ses yeux, luisants dans la nuit, une farouche détermination à l'assaut à la seconde où la menace se serait transformée en danger.
Le temps d'une seconde je suis partagée entre l'idée de le rejoindre à l'avant, me coucher près de cette présence devenue une sorte de foyer silencieux rassurant mais bien vite je reprends mes esprits et l'idée de mettre de la distance après ce qui vient de se passer entre la mer et moi l'emporte, tout comme l'image qui s'impose d'un dieu furieux au réveil en me découvrant endormie près d'un autre homme. Je refuserai de le laisser lui faire du mal à lui ou à Léandre.
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Arès
Paranormal« Laissez entrer le passé, ouvrez une parenthèse dans le présent, préparez-vous à écrire votre futur ». Or Thalya a tout oublié. Un traumatisme lui bloque l'accès à ses souvenirs. La nuit, d'étranges rêves ou souvenirs du passé viennent la hanter...
